‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 99 sur 166 · MAURICE BOUCHOR · texte numérisé non relu

MAURICE BOUCHOR

-V^ à Parla tn 1855.

11 débuta très jeune, comme sou ami Richcpin, par le malérialisme tapageur que les naluralislea avaient mis à la mode. Heureusement pour nous, i! sortit bientôt de cette ornière boueuse. Son Tolunie L'Aurore, qui date de 1883, marqua son orimlation vers le apirilualisme. C'est après cela qu'il se plongea dans l'élude des religions et écrivit Ias Symboles, sorte de Légende des siècles mystique, d'un caractère très élevé. Quand se dessina le mouvement néo -chrétien, le poète fit jouer sur lo délicieux Théâtre des Marionnettex d'exquis mystères religieui où la plus grande Bincôrité artistique s'allie à un merveilleux talent- Maurice Bouchor est sans contredit le plas remarquable poète de l'heure actuelle. Il rappelle Lamartine par l'harmonie, la fluidité, l'idéaliame élevé, la sentimentalité serùne, la profondeur de la pensée poétique. Son àma exquise, comme la flaur mystique de l'Inde, a eu un superbe épanouissement. Mais il n'est pas de ceux qui s'enferment dans leur tour d'ivoire : il a récemment écrit plusieurs volumes pour te peuple auquel il voudrait inculquer un noble idéal.

Nature <.

Que la brise du ciel est légère cl joyeuse !

Comme en silence au loin glissent les Manches voiles !

Que la voix de la nier, grave et religieuse,

Monte tranquillement vers les tielles l'ioiles !

Oh I quand ta sombre [mit apparaît el déploie Ses ailes, lentement comme un oiseau sauvage. Moi, mon Ame s'éveille, — et ma plus grande joie Est d'écouler rouler les galets sur la plage.

■ Extrait <Ub Poimia de TAmour el de la Mer ilS7(ii.

* »»/ CHRE*rùMATHIE FRaN'AI^E

T-^/ut est 31 bean, mes yenx s'emplissent d'na tel rÔTc! L'Oc»''an monslru^ax me ilonne le vertige; La lune, «^ue le tU4 fait dans^^r et soulevé, SeiiiLle une fleur des eaux '{ui tourne sur sa tije.

Consolez-vous *.

Consolez- vous. c«jïis< •kz-vous.

Mon peuple : j*ai senti se fondre ma colère. C'est en vous que je veux encore me complaire.

Triste njnltilude à j^enoux.

11 faut rH>.>ii^citfr Siou. puis^juVIle est morte I

Le tffups d'«''iir^iive Psl accompli.

La ^'ràce, le repus, l'ouiili.

Voilà ce qui* le Dieu d'Israël vous apporte.

Je hrùle de compassion.

Je spn< pre^pie «^n mon àme une douleur humaine Huarid je tourne rues yeux vers le chemin qui mèae

A la montaiirne de Siun.

C'est moi qui vous chassai d'une sainte patrie, Moi qui vnus fis hroyer du sahle avec vos d^nts, Quand, ayant accompli ses actes impudents, J»*TUsalem devint une autre Samarie.

Voici Ioii;:l<'mps que sous le ciel de l'étranger M<»M Jsrai'l respire un air lourd qui l'oppresse. C'est je pain de l'angoisse et l'eau de la détresse Qu'un peuple sans merci lui fait hoire et manger.

Ah ! qu'ont-ils fait de toi, ma brehis (égarée ? Toi que je nourrissais dans mes prés les plus gras, Toi que j'ai si souvent portée entre mes bras, Le terrible lion d'Assour t'a dévorée !

Rien ne restait pour les oiseaux ; Mais celui qui remplit la terre d'épouvante,

' Kxtrnit (!»•« Si/mholes (iS88). Dans cet ouvrage remarquable, le poète a «'.ht.Tcliu h fniri.' revivre les itriucipales religions antiques pour en dégager ce ({u'rllf's ont ilc noble et de grand. C'est ce qu'ont fait les parnassiens pour quelques-unort ; nioi<< Bouclior procède autrement qu'eux et son lyrisme personnel transparait dans c«8 pit'-pes objectives en apparence. Celle qui suit estuneb^U.» a<lMptati<m biblique.

MAIHUIK BOL'CHOK 447

Le lion de Bahel, vint à l'aube suivante Et tÏToce, il rongea tes os.

Mais, ô Juda, tu vas revivre î Tous, je vous ferai boire aux sources du saint, 0 race d'Abraham, du juste qui me plut.

Il est temps que je te délivre I

Je rendrai leur parure à tes vignes en deuil ;

La terre, s*il le faut, enfantera ses ombres; Et Ton verra, de ses décombres, Surgir ma ville en un clin d'œiL

Oui, tu reparaîtras, Sion, la disparue!

Ce sera la joie et la paix.

Je guérirai, moi qui frappais; Je changerai l'épée en un soc de charrue.

Dans les prés de Sâron tes bœufs, comme jadis. Trouveront une ombreuse et fraîche reposée ; Je serai pour toi la rosée Et tu fleuriras comme un lis.

0 Seigneur, je le sais, notre malheur te touche;

Tu ne veux plus nous châtier.

Je le dis à ton peuple entier.

Tes paroles, tu les as mises dans ma bouche.

Tu nous replanteras, dis-tu, sous notre ciel

Ainsi qu'un rejeton vivace.

Tu ne voileras plus ta face Et nous vivrons tournés vers le Saint d'Israël.

Après les jours de deuil, d'angoisse, d'âpres luttes.

Seigneur, que ton jour est serein l

Nous voici comme un pèlerin Qui vers Jérusalem s'avance au chant des flûtes.

Mais, ô roi de Jacob, nos crimes furent grands ;

Ils oppriment notre mémoire.

Nous est-il bien permis de croire Que dans ton grand amour, mon Dieu, tu nous reprends ?

448 CURESTOMATHIE FRANr.AlSB

Les pécheurs de mon peuple ont ganié le silence ;

Eh bien ! je parlerai pour eux.

Autrefois, dans les jours heureux, Disent-ils, nous aimions à fausser la balance.

Nous vivions pour la coupe et le sang du raisin ;

Nous étions pleins jusqu'à la gorge.

Tels qu'un tHalon nourri d'orge, Nous hennissions après la femme du voisin.

Il est juste, aujourd'hui, que l'Eternel nous broie, Lui qui hait l'amour clandestin...

La veuve était notre butin ;

Chacun de nous faisait de l'orphelin sa proie.

Ne méritions-uous pas d'être abreuvés de pleurs

Et déchirés par le cil i ce ?

Le juge même était complice ; Le conseil des Anciens regorgeait de voleurs.

Tes prêtres nous donnaient le plus infâme exemple.

Gomment retenais-tu ton bras ?

Un repaire de scélérats, Voilà ce qu'ils faisaient, Seigneur, de ton saint temple

Dans nos lâches tribus il n'était demeuré Qu'un petit nombre de fidèles, Et ces justes, au milieu d'elles.

Formaient le pur Jacob et Tlsraél sacré.

Ah l ce reste, perdu dans notre multitude. Etait vraiment ton serviteur î Il nous reprenait sans hauteur ;

Il n'avait point de cris ; sa voix n'était point rude.

Il disait : « Le Seigneur est las de votre encens ;

n ne tient pas aux sacrifices.

Purifiez- vous de vos vices ; Ne faites point fléchir le droit des innocents.

» Ouvrez votre maison à l'homme sans asile ;

Soyez heureux de partager.

Ne maltraitez pas l'étranger Qui, rongé de chagrin, sur vos terres s'exile.

MAIRICK BOL'CHOR 449

X La débauche, le sang et la fureur du vin Douuent une bien courte gloire.

Ou a de la vaillance à boire ;

Mais quel brusque réveil quand ceci prendra fini

» Un sombre châtiment plane sur votre tôte

Comme Touragan sur les mers.

L'injustice a des fruits amers Et qui sème le vent récolte la tempête. »

C'est ainsi que parlait le serviteur de Dieu.

Et nous disions : «Quel trouble-féte !

Ne prophétise pas, prophète; 0 voyant, ne vois pas : tu nous réjouis peu. »

La tempête aurait dû nous broyer d'un coup d'aile l Par nous, peuple inique et railleur, Il fut un homme de douleur,

Le serviteur de Dieu, le juste, le fidèle.

Nous bâtissions alors Sion avec du sang,

Jérusalem avec nos crimes.

Bien des fois, Seigneur, nous le prîmes Et les verges de fer labourèrent son flanc.

Mais il ne poussait point de clameurs indignées Lorsque nous l'accablions de coups ; Son visage était triste et doux

Lors([ue nous arrachions sa barbe par poignées.

Lui qui devait bientôt payer notre impudeur.

Pâtir pour notre violence.

Il ressemblait dans son silence A la brebis muette en face du tondeur.

Brusquement tu sifflas. Malheureux que nous sommes. D'où viennent toutes ces rumeurs?

Ecoulez 1 le fouet! les clameurs !

Le tonnerre des chars, des bétes et des hommes...

Fiers, sans délier leurs sandales ni s'asseoir, Des peuples traversaient la terre.

Avec les bonds de la panthère,

Avec le hurlement des maigres loups du soir.

\h*) CHÎ'.E^rjilATKIE FHAXilAlSE

bixiis la ville sacr»^, apr^rs Thorreur d'un siè^'e,

Lf^ flot t»rrrili!'? •^'^inla.

>i-'ii-iir! la lill-- «1^ Ju.ia Vit son voil'.' arrach»} par un roi saoril^^'e.

Ta pi«=*U5e maison, «jue la myrrhe et le nard

Efnijanmaient «l;in> un lernj»> pros|»ère, Pour i'ona;:r»' fut un refaire.

Ton saint Ufuqtle abrita les jK-tils du renard!

Nous, niis'Taljle e><aiin. nous «fuitlàrnes la rache.

Ce lut r^xil. Un autre ciel.

Loin de Juda, loin d'Isra»'*l, Nous entendit louj/tenips gémir comme l'aulruclio.

Mais lui, ton serviteur, nVlevait point la voix ;

V*)\\r nnus le juste fut sans hîàme.

11 ne souffrit «{u'au fond de l'âme. Nos péchais, sans rien dire, il en porta le poids.

A riiHure du sonuneil. sous les tristes saulaies, Humble, il IbVtiissait les genoux.

Sa d«''tresse parla pour nous

Kt nous fûmes guéris par le sang de ses plaies;

Car tu reviens à nous, Eternel, mais non plus

Enveloppé dans ta colère ;

C'est bien ton jour qui nous éclaire Et nous sommes toujours la race des élus !

Pourtant, tu nous fais peur à force de clémence ;

Et nous sentons nos cœurs troublés

Comme dans ces matins voilés, Lorsque la nuit s'acliève et que le jour commence.

Sei^'ueur, Seijrneur, que nous lan^ruissions dans ce lieu,

Mais qu'Israël s'y purilie !

Fais qu'il te (•on>acre sa vie ; Fais que nous soyons tous le serviteur de Dieu î...

MAURIGB BOUCUOR 431

Oui , répond l'Eternel^ c'est bien : courbe la tête, 0 Jacob ! tu seras mon peuple à tont jamais. Garde-loi d'oublier ce que tu me promets Par la bouche de mon prophète.

Moi, ton Seigneur, je me souviens !

J'aime, n'en doute pas, nue âme droite et sainte. Les maux que l'innocent avait soufferts sans plainte

M'apitoyèrent sur les tiens.

Mais j'aime aussi ta multitude !

Ah ! tu ne sais donc pas? tu ne comprends donc pas? Souviens-toi du dt'sert, lorsque tu t'échappas

De la terre de servitude !

Rien ne doit ébranler ta foi.

Ton Dieu, lorsqu'il le faut, t'ouvre un chemin sublime. Quand tu serais couvert par les eaux de l'abîme,

Je serais encore avec toi !

Mais je te veux, et sans partage.

Jamais je ne le céderai.

Toi, mon bien séculaire et mon champ consacré, Toi, mon iwimorlel héritage î

0 pécheurs, si vos pieds vous portaient vers le mal,

La faute en est aux dieux infâmes

Qui dans les plus paisibles âmes Déchaînent toutes les fureurs de l'animal.'

Vous m'offriez avec une feinte allégresse Des torrents de parfums et des fleuves de graisse; Mais ne rnonliez-vous pas ensuite sur les toits Pour mieux vous prosterner en face des étoiles, Pour prier, le visage enveloppé de voiles,

Un simple ouvrage de mes doigts?

M'ayant bien supplié de les rendre fécondes, Vos femmes pétrissaient la pâte avec le miel Pour offrir des gâteaux à la Reine du ciel : Puis elles s'enfonçaient dans ses cryptes profondes.

Ne condamniez-vous pas vos premiers-nés au feu ? Je n'aurais pas en, moi, cette pensée horrible !

4oi CHBËSTOMATHIE FRANÇAISE

Mais vous vous étiez fait une idole terrible ; Vous frissonniez devant un cadavre de dieu.

Ecoutez bien ! Avant que, par les solitudes, Je vous ramène en paix à vos chères cités. Je veux vous faire horreur de ces iniquités, Vous soulever le cœur devant c^s turpitudes.

Après, las de vous réprouver.

J'épancherai sur vous ma pitié la plus tendre. Mon oreille n'est pas trop dure pour entendre,

Ma main trop courte pour sauver î

L'étoile des Mages ^

Salut, rois^ salut !

Lo Seigneur voulut Pour vous seuls créer une étoile aimante.

Aux regards humains,

Par les longs chemins, J'ai guidé mes rois que l'amour tourmente.

Salut, rois, salut!

A Dieu même il plut De vous imposer une dure épreuve,

Mais loué soit Dieu !

Vous verrez dans peu La source d'amour où l'Amour s'abreuve.

Je vous guiderai

Vers le lieu sacré.

Vers l'étable où dort sur la paille fraîche,

L'enfant radieux.

Avant nos adieux, Je rayonnerai longtemps sur la crèche.

Salut, rois, salut 1

Dieu qui vous élut Ouvrira pour vous la maison charmante

Où je resplendis.

Dans le Paradis Vous retrouverez votre Etoile aimante.

* Extrait de yoél ou Le Mystère de la Nativité {18ÎK)), une des plus tondbaiite« œuvres nôo-chrétlennes, un vrai chef-d'œuvre de grâce et de douceur.

MAURICE 60UCH0R 4S3

Berceuse de la Vierge ^

Jésus, mon amour, dors bien, je t'en prie, Ne fais pas pleurer ta mère chérie ; Dors entre mes bras jusqu'au jour naissant. Dors pauvre innocent.

Bien que nous n'ayons, eu ce froid décembre, Ni de beau feu clair égayant la chambre, Ni linge embaumé, ni moelleux berceau.

Dors comme un oiseau.

Jésus^ mon mignon, les charmantes choses ! De beaux fruits, des fleurs fraîchement écloses, Des oiseaux du ciel, un doux agnelet Plus blanc que le lait.

Dors, petit oiseau du bon Dieu, sommeille, • Sommeille longtemps, ma rose merveille, Vers tes bons amis, demain tu tendras En riant tes bras.

Jésus, mon Jésus, pauvre agneau si tendre. Ah ! les mots cruels que je viens d'entendre ! J'ai le cœur percé d'un glaive de feu, Mon Jésus, mon Dieu t

Si tu dois mounir pour sauver la terre, Que cela du moins te soit un mystère.

Sans même rêver que tu souffriras, Dors entre mes bras.

Le jugement de Zeus'.

Cinquième iableau.

ZEUS, LA JUSTICE, LA PITIÉ, DÈMÈTER, PERSÉPHONE, TELLIS, MYRTO, le chobur

La scène se passe dans une forêt de l'Epire qu'éclaire le soleil levant.

Le dieu des enfers, Hadès, a enlevé Perséphone, fille de Dèmèter, et l'a en* traînée dans le sombre royaume. D'abord, il veut brutalement la contraindre à l'épouser, mais la fière résistance de la vierge le touche ; sous l'empire de l'a-

1 Extrait de Noël ou Le Mystère de la Nativité.

* Extrait des Myatèree d'Bleueiê (1894) » place phUosophique dans laquelle l'auteur a repris le vieux mythe grec de Hadès (Pluton) et de Perséphone (Pro-

yt CHRESTOMArUIE FRANÇAISE

muur et de la douleur, soa àme se trai^aU^ure. 11 a hoate de ses violences vt devient profondém^ut respectueux. Pour ubteûir la main de Pers«jphone, il oonsent à laisser partir des eufers les âmes des justes et des repentants qui s'en iront Ters les Iles Fortunées de Voccident, jouir de la joie immortelle. Perséphone, pouBs4e par son frère Jaechos. «e laisse toucher, espérant sauver les hommes; quand Dèm>>ter, désol»^':-, vient la redemander à Hadës;elle est prête à céder. On décide de soumettre la question de son mariage au jugement de Zeus (Jupiter), la plus haute •livinité. C»rlui-ci va rendre la sentence de suprême amour qui consolera la m*-re aftli^r*:"! vu faisant le bonheur des hommes.

ZEUS, debout entre la Justice et la Pitié.

Démêler aux pio«ls d'or, salut, ô Vénérée î Uecon nais-tu, déesse, en cette ombre sacrée,. Les chênes qu'après tant de siècles tu revois? Dans cette âpre forêt, dont la confuse voix Murmure ma pensée à l'oreille du sage Qui, non sans lutte, a pu se frayer un passage, Tu me livras la lleur de ton âme, et lon^'lemps Se mêlèrent ici nos souffles haletants.

Gomme le vaste ciel enveloppe la terre, J'étrei^^nis la beauté dans la paix du mystère; Et, pareille au printemps, fleur divine des fleurs. Une vierge naquit de tes saintes douleurs. Or, mon cœur paternel l'aime autant que tu l'aimes J'ose te le jurer par le Styx aux flots blêmes l

DKMKTKR

Alors, que faisais-tu de l'éclair flamboyant?...

ZEUS

L'amour peut être aveugle, ô mère, ou clairvoyant.

DÈMÉTBR

Parole au son lugubre...

ZBUS

A ma droite, est assise Une vierge qui n'eut jamais l'âme indécise. Un casque rayonnant couvre ses beaux cheveux. Pour contraindre le crime à de cruels aveux, Il suffit que ses yeux l'observent en silence ; Rien ne saurait fausser son intègre balance ;

serpine) pour en faire le symbole de l'immortalité. Ce qu'il y a de plus élevé dans la croyance païenne se trouve exprimé ici magnifiquement par un lyrique moderne. C'est la mythologie hellénique vue à travers l'àme d'un néo-oUrétien profond et délicat.

Et dans sa main, terrible à ceui qn'elle mandit, l/aut;uste nudi té du glaive resfjlendit. Elle ^arde les lois, ^ tont jamais fixêet, Dout la trouble origine Égare nos pensées. Car elles ne sont point d'hier ni d'aujourd'hui. Mais que le plus oliscur des hommes porte en loi. Je la conlciLiple, ému, dans la unit solitaire. Rien u'esl si radieux que celte vierge austiiire, L'étoile du matin ni l'étoile da soir... Toujours, à mon cdté, puisse-t-elle s'asseoir I

Que ta louange retentisse. Vierge qui près de Zeus, muette, viens l'a^coir. L'étoile du matin et l'étoile dn soir

Sont moins belles que la Justice.

J'alleuds son téraolguage.

ZKCS

0 reine, celle-ci, (Jui te regarde avec le plus lendre souci. Nuit et jour à tarir des larmes occupée. Voudrait que la Justice eût brisé son épée. C'est une vierge au cœur saijiternent maternel, Uni, pour plaindre et bénir même le criminel. Tient à garder toujours sa piense ignorance De toute chose au monde, excepté la souiîrance. l^lle est le pur amour, l'oubli profond de soi. Les hommes, ntmoter, pourraient vivre sans loi. S'ils pratiquaient enTin les choses qu'elle enseigne Par les pleurs Je ses yeux et par son cœur qui stûgne. Mais un peuple vivant dans la sUicte équité. Sans la vierge divine assise à mon cûté. Respirerait on air mortel de sécheresse. C'est pourquoi mon regard attendri la caresse.

LE CHIKl'R

L'homme, innocent ou châtié.

Veut qu'à ses maux cruels une âme compatisse. Sois bénie â l'égal de la pure Justice,

Vierge an grand cœur, sainte Pitié !

Vîif; CHRRSTOMATHIE FRA^NÇAISE

DÈMKTKK

Qui donc, si ce n*est moi dans mes âpres tortures, A droit à la pitié?

ZEUS

Toutes les crnatures.

L'angoisse élreint le monde ; et malheur à celui Pour qui la Vérité spleiidide n*a point lui l Pas un être, brisant d'une main téméraire L*étroit lien d'amour qui l'attache à son frère, N'a le droit de penser : « Mon bonheur est à moi » . Toujours le sacrifice est l'inflexible loi. Le fruit que tu portas dans une heure féconde, Sois prête à le donner pour le salut du monde.

DÈMÈTER

D'avance, je me suis soumise ; mais pourtant, Zeus, ne me brise pas...

ZEUS

Un soleil éclatant S'est levé sur la mer où la vague s*embrase ; Les hommes que le poids des ténèbres écrase, Délivrés de la nuit, le regardent monter ; On entend l'Espérance immortelle chanter. Quelque chose est vaincu de la matière hostile. J'ai dompté ma fureur, désormais inutile; Penché sur les Titans, moi, j'ai rompu leurs fers, Pour qu'un souille de gràc« embaume l'univers ; Et vous n'entendrez plus les cris de Prométhée, Car Héraclès, riant dans sa force indomptée, A percé de ses traits, funestes aux bourreaux. L'horrible chien ailé qui mangeait ce héros !

I)h:mkter Je défaille; mais parle, et grandis mon courage.

ZEUS

Toi seule, 6 Dômèter, parferas mon ouvrage î

Ainsi que j'ai dompté ma cruelle fureur,

Toi, reine aux tendres yeux, toi, dont la seule erreur

Fut de chérir avec une âpre jalousie

Celle que, dès longtemps, Hadès avait choisie,

Ah! renonça à l'aimer pour tôt senle, et consens, Non point farouche, avec des gestes frémissautSf Mais le C(cur élargi par un tel sacrifice, A ce que la Pitié veut comme la Justice 1

DKMÉTBR

e pas. Prononce ton arrêt.

Bncore une parole, et ton cœor sera prêt. Celle qni donne à tous des ordres sans répliques, La suave Aphrodite aai doux regards obliques, Désirease, elle aussi, de servir mon dessein. Devant le fier Hadàs a fait battre le sein De la vierge...

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