‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 128 sur 166 · PAUL VERLAINE · texte numérisé non relu

PAUL VERLAINE

Si paie à l'horizon lointain Luisait un faible espoir d'aurore ; Voire regard fut le matin.

Nul bruit, sinon sou pas sonore,

N'encourageait le voyageur ;

Votre voix me dit : « Marche encore 1 »

Mon cœur craintif, mon sombre cœur Pleurait, seul, sur la triste voie; L'amour, délicieux vainqueur,

Nous a réunis dans la joie.

n pleure dans mon cœur ^

Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville, Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur?

0 bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits!

Pour un cœur qui s'ennuie 0 le chant de la pluie !

II pleure sans raison Dans ce cœur qui s'écœure.

Quoil nulle trahison?

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine De ne savoir pourquoi.

Sans amour et sans haine, Mon cœur a tant de peine!

Les faux beaux jours ^.

Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme, Et les voici vibrer aux cuivres du couchant. *

• Extrait des Bomances sans paroles (1874). — Le malheur définitif n'a pas encore frappé le poète et pourtant il le sent venir, il a le pressentiment de sa profonde misère morale.

• Extrait de Sagesse (1880). Les années noires sont venues, le poète a été durement cLàtié ; il s'est repenti, il a prié Dieu, mais il a peur de retourner à ses vices ; la douleur, la foi et le repentir vont chanter un moment dans sou âme.

518 CHRRSTONfATHIE FRANÇAISE

Ferme les yeux, pauvre Ame, et rentre sur-le-champ : Une tentation des pires. Fuis l'inl'Aine.

Ils ont lui tout le jour en longs gréions de flamme, Battant toute vendange aux collines, couchant Toute moisson de la vallée, et ravageant Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.

Oh ! pâlis, et va-t-en, lent« et joignant les mains. Si ces hiers allaient manger nos beaux demains ? Si la vieille folie était encore en route ?

Ces souvenirs, va-t-il falloir les reluer ? Un assaut furieux, le suprême, sans doute! Oh l va prier contre Torage, va prier.

Ecoutez la chanson... ^

Ecoutez la chanson bien douce Qui ne pleure que pour vous plaire.

Elle est discrète, elle est légère :

Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère !) Mais à présent elle est voilée Comme une veuve désolée, Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile Qui palpite aux brises d'automne, Cache et montre au cœur qui s'étonne La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue.

Que la Ixjnté c'est notre vie, Que de la haine et de l'envie Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire D'être simple sans plus attendre,

* Extrait de Haijesse. — Cette pièce, si toucLaute comme sentiment, est an remarquable morceau do poésiy toute «'ii rimes fëmininex. Verlaine a tiré d« merveilleux «.^(Tets de cette forme de vers.

El de noces d'or el du lenilre Bonheur d'une \mx sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste Dans son naïf {ipitlialaioe.

Allez, rien n'est meilleur à l'dine Que de faire ujie ftnje moins Iriste I

F])Ig est eu [leinc et de pussage L'iliiie qui soulTre saus colère, Et comme Sd morale est cbirel...

Ecoutez la chanson bien sage.

Les mains'.

Les chËres mains qui furent mieunes.

Toutes polîtes, toutes belles, Après ces incprises mortelles El toutes ces choses païennes,

Après les rades el les grèves, Et les pays el les provinces, Royales mieux qu'au temps ties princes

Mains en songe, mains sur mon Ame, Sais-je, moi, ce que vons dalgnites, Parmi ces rumeurs scélérates, Dire à cette âme qui se pâtne ?

Meiil-elle, ma vision chaste D'aDinité spirituelle.

De complicité maleraelle, D'affection étroite el vaste î

Remords si cber, peine très bonne.

Rêves bénits, mains consacrées, 0 ces mains, ses mains vénérées.

Faites le geste qui pardonne 1

i)JHJ «jnnr..T»iu-u.-i I nin rnA.^t.i.-Mcir.

Aux pieds du Christs

0 mon Dieu, vous m'avez blessé d*amour

Et la blessure est encore vibrante,

0 mon Dieu, vous m*avez blessé d*amour.

0 mon Dieu, voire crainte m'a frappé Et la brûlure est encor là qui tonne, 0 mon Dieu, votre crainte m'a frappé.

0 mon Dieu, j'ai connu que tout est vil Et votre gloire en moi s'est installée, 0 mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.

Noyez mon àme aux flots de votre Vin, Fondez ma vie au Pain de votre table, Noyez mon âme aux flots de votre Vin.

Voici mon sang que je n'ai pas versé, Voici ma chair indigne de souffrance, Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici mon front qui n'a pu que rougir, Pour rescal)eau de vos pieds adorables, Voici mon front qui n'a pu que rougir.

Voici mes mains (^ui n'ont pas travaillé, Pour les charbons anlents et l'encens rare, Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.

Voici mon cœur (jui n'a battu qu'en vain, Pour palpiter aux ronces du Calvaire, Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs, Pour accourir au cri de votre grâce.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs.

Voici ma voix, bruit maussade et menteur.

Pour les reproches de la Pénitence.

Voici ma voix, bruit maussade et menteur.

« Extrait de Sagesse. — Le malheureux poète est tombé terrassé par le repciilir. mais le Consolatour suprême lai est apparu et de son cœur blessé B'échap- [leiit. haletantes comme des sanglots, ces litauies douloureuses La pièce un f-as .1' ^j^re dans le recueil.

PAUL VKRLAINE 521

Voici mes yeux, luiuinaires d'erreur, Pour élre éteints aux pleurs de la prière, Voici mes yeux, lumiuaires d'erreur.

Hélas ! Vous, Dieu d'offrande et de pardon, Quel est le puits de mon ingratitude, Hélas ! Vous, Dieu d'offrande et de pardon,

Dieu de terreur et Dieu de sainteté.

Hélas ! ce noir abîme de mon crime.

Dieu de terreur et Dieu de sainteté,

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur, Toutes mes peurs, toutes mes ignorances, Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,

Vous connaissez tout cela, tout cela.

Et que je suis plus pauvre que personne, Vous connaissez tout cela, tout cela.

Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.

Dialogue mystique ^

Seigneur, j'ai peur, mon âme en moi tressaille toute. Je vois, je sens qu'il faut vous aimer. Mais comment ? Moi, ceci, me ferais-je, 6 mon Dieu, votre amant, 0 Justice que la vertu des bons redoute ?

Oui, comment ? Car voici que s'ébranle la voûte

Où mon cœur creusait son ensevelissement

Et que je sens fluer à moi le firmament

Et je vous dis : De vous à moi quelle est la roule ?

Tendez-moi votre main, que je puisse lever Cette chair accroupie et cet esprit malade. Mais recevoir jamais la céleste accolade,

Est-ce possible ? Un jour, pouvoir la retrouver Dans votre sein, sur votre cœur qui fut le nôtre, La place où reposa la tête de l'apôtre ?

' Ces vers, sans titre daus le recueil, sont aussi extraits de Sagesse. Ils sont duue sincérité et d'une élévation rares. — Jules Lemaitre, analysant les sentiments mystiques qui sont exprimés dans Sagesse, fait remarquer que Verlaine (••<t le seul pn»!tfi vraiment catholique de la France.

>2i CHkk>Tj}tATtilL rKANiAlSE

— <>rtes, si tu le veux ih^-ritt^r, ii.on fils, oui. El voici. Laisse aller rijri'iraiioe iOil»^:ise De ton cœur vers If-s bras ouverts de mon Ev'lise <]omme la tru^i^e vole au îi> ^pinoui.

Appr«Jche-toi de inori oreill'^. Epaii«:hes-y L'humiliation d'un»- brave fraii.;liise. Dis-iiioi tout sans un mot doru'ueil ou de reprise Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.

Puis franchenicnt et simplement viens à ma table, Et je t'y b'nirai d'un repas délectable Au'juf*! l'ange n'aura lui-même qu'assisté,

Et tu boiras le Vin de la vigne immuable Dont la force, dont la douceur, dont la bonté Feront germer ton sang à l'immortalité.

Puis, va ! Garde une foi modeste en ce mystère D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison. Et surtout reviens très souvent dans ma maison, Pour y parlici[)er au Vin qui désaltère.

Au Pain sans qui la vie est une Irabison. Pour y prier mon Père et supplier ma Mère Qu'il le soit accordé dans l'exil de la terre, D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,

D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence. D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence, Enfin, de devenir un peu semblable à moi,

Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate,

Et de Judas et de Pierre, pareil à toi

Pour soufi'rir et mourir d'une mort scélérate 1

Et pour réconqxînser ton zèle en ces devoirs

Si doux qu'ils sont encor d'ineffables délices,

Je te ferai goûter sur terre mes préraices,

Fja paix du co'ur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs

PAUL VBRLAL<(S

Mvstiqucs, quund l'esprit s'ouvre ans calmes espoirs

El croit boire, suivant ma promesse, au Calice

Elornel, et qu'au ciel pieux la luae glisse,

Et que sonnent les angélus roses et ooirs.

En attendant l'assomption dans ma lumière,

L'éveil sans fin dans ma cliarité cODtuinién,

La musique de mes louanges à jamais,

El l'exlaso perpi^iuelle et la science,

Et d'élrn en moi parmi l'aimable irradiance

De tes soulTrances, enfin miennes, que j'aimùsl

— Ah ! Seigneur, qu'ai.je î HÉlas ! me voici tout en larmes

D'une joie extraordinaire : votre voix

Me fait comme du bien et du mal & la fois,

Et le mal et le bien, tout a les mt%es charmes.

Je ris, je pleure, et c'est comme un appel aux armes

D'un clairon pour des champs de bataille où je vois

Des anges bleus et blancs portés sur des pavois.

Et ce clairon m'enlève en de fiiTcs alarmes.

J'ai l'extase et j'ai la terreur d'être choisi.

Je suis indigne, maïs je sais votre clémence.

Ah ! <iuel cITort, mais quelle ardeur I Et me voici

Plein d'une humble prière, encor qu'un (rouble immense

Brouille l'espoir que votre voii me révéla,

El j'aspire en tremblant.

— Pauvre 4me, c'est cela I

Art poétique <.

De la musiqne avanl toute chose, Et pour cela préfère l'Impair Plus vague et plus solnblc dans l'air.

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. 11 faut aussi que lu n'ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise ;

formulA qu'tsiei tarj m 'elte ieoie. LooglgmiiB

524 CHRESTOMATHIB FRANÇAISE

Rien de plus cher que la chanson grise Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles, C'est le grand jour tremblant de midi, C'est, par un ciel d'automne attiédi, Le bleu fouillis des claires étoiles 1

Car nous voulons la Nuance encor, Pas la Couleur, rien que la nuance !

Oh ! la nuance seule fiance Le rêve au rêve et la flûte au cor 1

Fuis du plus loin la Pointe assassine, L'Esprit cruel et le rire impur, Qui font pleurer les yeux de l'Azur, Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tonls-lui son cou 1 Tu feras bien, en train d'énergie.

De rendre un peu la Rime assagie.

Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

0 qui dira les torts de la Rime 1 Quel enfant sourd ou quel nègre fou iXous a forgé ce bijou d'un sou Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !

Que ton vers soit la chose envolée.

Qu'on sent qui fuit d'une âme en ail 'e Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure Eparse au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym... Et tout le reste est littérature.

L'ami perdu >.

Cette adoption de toi pour mon enfant Puisque l'on m'avait volé mon fils réel,

* Extrait -le : Amour (i6SS). — Dans cette pièce. Verlaine fait allnsion i Arthur Rimbaud et à l'amitié maladive qui fut l'une des causes de sa chuta. N<">us la donnons surtout parce qu^'lle t*st un curieux spécimen de vers impairs, un (les rythmes préférés du poète.

PAUL VKRLAINE

fi25

Elle u'étail pas daus les conseils du ciel, Je me le suis dit en pleurant bien souvent ;

Je me le suis dit toujours devant ta tombe Noire de fusains, blanche de marguerites, Elle fut sans doute un de ces démérites Cause de ces maux où voici que je tombe.

Ce fut, je le crains, un faux raisonnement. A bien réfléchir, je n'avais pas le droit. Pour me consoler dans mon chemin étroit De te choisir, même ô si naïvement,

Môme, 6 pour ce plan d'humble vertu cachée : *

Quelques champs autour d'une maison sans faste Que connaît le pauvre, et sur un bonheur chaste La grâce de Dieu com plaisamment penchée !

Fallait te laisser pauvre et gai dans ton nid, Ne pas te mêler à mes jeux orageux, Et souffrir l'exil en proscrit courageux. L'exil loin du fils né d'un amour bénit.

Il me reviendrait, le fils des justes noces, A l'époque d'être au moment d'être homme, Quand il comprendrait, quand il sentirait comme Son père endura de sottises féroces !

Cette adoption fut le fruit défendu ; J'aurais dû passer dans l'odeur et le frais De l'arbre et du fruit sans m'arrêter auprès. Le ciel m'a puni... J'aurais dû, j'aurais dû !

Œuvres à lire de Paul Verlaine (Vanier, éditeur, Paris) : Poèmes taturniens (l8«'iG) ; La bonne chanson (1870) ; Romances sans paroles (1874) ; Sagesse (im)} ; Amour (1888; ; Bonheur (1891). — Critiques à consulter : Jules Tellier, yos poêles (1SS8) ; Byvanck, Un Hollandais à Paris en 1891 ; Jules Lemaltre, Les Contemporains (1895) ; Ch. Morice, Paul Verlaine, l'homme et l'œuvre (ISOOj ; Gaspard Vallette, Semaine littéraire de Genève, 18 janvier 1896; Ferii:tu:l Gregh, Revue de Paris, l»»" février 1896; Paterne Berrichon, Revue Blanche, 15 février 1890; Gaston Deschamps, La me et les livres (1896); Emile V»»rhœreii, Revue Blanche, T. XII (1897) : Victor Charbonnel, Les mystiques f^iins la Uliérature présent» (1898).

• iiC) (:iIKKST«niATIIIK FRANf:AlSK

STEPHANE MALLAIiME

yé à J'uris en ÏSi:f, inorl à Valcins en t808.

Quand Verlaine miMii'ut. les J<Mim'<. «fui ont la pn''tenHon do former lo Tont-Priri.^ rMh'''.Vu\[iVj proolaiinMi'iit St»'*phano >rîillarni«;pi'i/î(V des poètes. Voilà un prinoo (jui m- n'ornera jamais au pays de la Clarté, et parmi les f«".'aiix sujrts. ran^,'«''s snur; sa bannière symboliste, il y en a bien peu corlaim.'nipnt qui piuvr-nt se vanter de le comprendre. Cet écrivain émin-nnnent abs.'ons (!>t Tliomme des symboles; Li rôalité sensil>le n'est pour lui «ju'une sério di' sii^nes oxtêrit?urs qu'il transpose dans son art avec une inlassable patience. Platonicien convaincu, il pense que la naluri.' est un».* <:réalic»n de notre esprit. Parlant de cette idéo, la fonction de la poésie lui paraît être de créer une vie supérieure de rêve, accessible au.\ souh^s âmes éprises d id«'al et capa])U'S d«^ l'effort nrcessairo. Quand Mallarmé écrit, il poursuit son rêvo intérieur dont il note les phases vi\ de vagues traductions sans liaisons loj^'iques ; nous somines censt's suivre en nous ce qui se passe en sou âme. Au-dessus de la rétilit.'' vulîzairo, le prince des poètes crée uni) autre réalilé nieillrui-i- ; mallirurfUsement sa langue est d'une telle ol)s..uirité que la céidiahil^de nous jîm^hp A vouloir saisir le sens do c«'tte suprrme réalité iiirulKTente. I.e^; critiques de la jeuneécole louent vivement le p«»èt«'(lcei'ttf lirrmélieilé et s'ex1asi«'nt devant ses rébus symbolistes. D"aprês eux. pnur être vruimt?ntbelle, la poésie ne doit être ouverte qu';"» (juelques inili<'s qui recréent en eux les émotions n dt-riii cxprimét's du pnèli'. Quflquefois celui-ci se jdaît à donner j'Iusicurs sens superposés à ses \»'rs, de sorte qu'on n*(;st même fias sur d'arriver à att^-imln' la vraie créMlion symbolisti.* ; qu'importe? Pourquoi nttaeher tant d'importance à l'élément intellectuel do la poésie : il suflit que celle-ci soit une pure musi<fue, (ju'elle sujîjjèro de vaîj:ues émotinus, même sans rien exprimer du tout. Ces choses-là ont ét<' c^'ravement écrites par des ;,'ens qui ne sont pas les premiers venus... U Builcau, éminent apôtre de la Raison, «fu'eiU pensé votre grande Ame ?...

Apparition K

La luue s'attristait. Dos séraphins en pleurs Rêvant. rarch«'t aux doii'ts. «laiis le calme des tleurs Vap(>reuses. tiraient de mourantes violes De blancs san;:lols !:li>sanl sur l'azur des corolles.

* Ces vers et le.^ suivants sont . \fraits -Ui recueil i.ititnlé Verset prose, morceaitx choisis (ls:):iK — Avant d'ëJio le fiince des poètes sybillins, Mallarmé fut un parii:is>ieii remarqu'ilile. On iiomit.-i voir dans «jette pièce vraiment exquise rpiello porte Ut la lift-jinture française lo jour où il eut la loalencontrea^'e idée de créer pour nous un<? rea'ifé snyérie'.^re. a-i lieu de continuer à écrire il'»*i vers délicats et ••ompréhensibles.

STI^.PnAKB »AT.I,4RMÉ

— Celait le jour béni de toa premier bùser. Ma songerie ùmant à me martjrriser S'enivrait savamment du parfum de tristesse Que mâme sans regret et sans déboire laisse La cucillaison d'un ïtéve au c<eur qui l'a cueilli. J'errais donc, l'œii rivé sur le pavé vieilli, Quand, avec du soleil aux cheveux, dans la rue Et dans le soir, tu m'es en riant apparue. Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clart6 Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant glté Passât, laissant toujours de ses mains mal ferm^ Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

Les fenêtres.

I.as du triste hdpital et de l'encens fétide Qui monle en la blancheur banale des rideaux Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide, Le moribond, parfois, redresse son vieux dos, Se traîne et va, moins pour ctiautTer sa pourriture Que pour voir du soleil sur les pierres, coller Les poils blancs et tes os de sa maigre figure Aux fenêtres qu'un beau rayon clair veut hiler, Et sa bouche, fiévreuse et d'azur bleu vorace. Telle, jeune, elle alla respirer son trésor, ['ne peau virginale et de jadis! encrasse D'un long baiser amer les lièiles carreaux d'or. Ivre, il vit, oubliant l'horreur des saintes huiles. Les tisanes, l'horloge et le lit infligé, La toux ; et quand te soir saigne parmi les tuiles. Son Œil, à rtiorizon de lumière gorgé.

Voit des galères d'or, belles comme des cygnes, Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir En berçant l'i^clair fauve et riche de leurs lignes Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir I Ainsi, pris du dégoAt de l'homme à l'âme dure Vaulri' dans le boritieur, où ses seuls appétits Mangent, et qui s'entéle à chercher cette ordure Pour l'offrir à la femme allaitant ses petits,

•i2iJ CHRESTOMATHTE FRANÇAISE

Je fuis et je m'accroche à toulps les croisées D'où l'on tourne le dos à la vie, et, b»'*ni, Dans leur verre, lavé d'éternelles rosées, Qae dore la main chaste de Tlnfîni,

Je me mire et m" vois ange î et je meurs, et j*aime

— Que la vitre soit l'art, soit la mysticité — A renaître, portant mon rêve en «iiadème. Au ciel antiTlear où fleurit la Ik'auté !

Mais, hélas! Ici-bas est maître : sa hantise Vient m'écœurer parfois jusiju'en cet abri sûr, Et le vomissement impur de la Bêtise Me force à me l)0ucher le nez devant Taznr.

Est-il moyen, 6 Moi qui connais l'amertume, D'enfoncer le cristal par le monstre insulté, Et de m'enfuir, avec mes deux ailes sans plume

— Au risf|ue de tomber pendant l'éternité?

L'Azur*.

\hi l'éternel Azur la sereine ironie Accable, belle imiolemment comme les fleurs, Le poète impuissant qui maudit ^(.m génie A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je la sens qui regarde Avec rintensité d'un remords atterrant Mon âme vide. Où fuir ? et quelle nuit hagarde Jeter. lainl)eaux, jeter sur ce mépris navrant?

Brouillards, montez, versez vos cemlres monotones Avec de longs haillons de brume dans les cieux Que noiera le marais livide des automnes Et l)j\tissez un grand plafond silpucieux !

Et toi, sors des étangs létliéens et ramasse

Fiii t'en venant la vase et les pâles roseaux.

Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse

Ijes grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées Fument, et que de suie uup errante prison

■ ('•>tl>' |)i>!;i?o étrange peut d<>iiii«*r uue iil'*c de la secoude manière de l'auteur.

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