STÉPHANE MALLARMÉ
Eteigne dans l'horreur de ses noires traînées Le soleil se mourant, jaunâtre, à Thorizon l
— Le ciel est mort. — Vers toi, j'accours 1 donne, ô Malien.
L'oubli (le ri(l«'al cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,
Car j'y veux, puisque outin ma cervelle, vidée Conjino le pot de fard gisant au pied d'un mur, N'a plus l'art d'attifer la sanglotante idée, Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...
Kn vain l'AzAir triomphe, et je l'entends qui chante Dans les cloches. Mon àme, il se fait voix pour plus Nous faire peur avec sa victoire méchante, Et du métal vivant sort en bleus angélus !
Il roule par la brume, ancien et traverse Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr ; Où fuir, dans la révolte inutile et perverse? Je suis hanté. L'Azur! l'Azur! l'Azur! l'Azur!
Sonnets
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre Ce lac dur oublié que hante sous le givre L-e transparent glacier des vols qui n'ont pas fuil
V>i\ cygne d'autrefois se souvient que c'est lui, Magnifique mais qui sans espoir se délivre Pour n'avoir pas chanté la région où vivre Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.
' Voici uu spécimen typique de poéflie symboliste; nous le donnons à titre do c'iriosité et comme un bel exemple à ne pas suivre. Il parait (jue ce log()gripho a nu «cns, daprès M. do Wyzewa ; !♦» voici : a Un cygne se lamente à la surf -».••! d'ua lac dont los eaux sont gobj.^s éternellemcat. Il aurait pu jadis, chanter, — créor — une autre région : là, il aurait vécu, abrité des hivers stériles ot ôo. reiinni. Hélas! il est aujourd'hui devenu l'esclave de ce monde glacé. Sdii aile est atta(;h«'e à la surface du lac éternellement. Eternellement? Ne peut-elle surracber en ce jour nouvel et vivace de la science regagnée ? Mais son col seoue vainement cette blancljo agonie; vainement il a nié l'espace qui le tient, et •pi'il sait avoir créé. L'habitude cruelle h? rive au sol : il peut mépriser cette vi- -î'.ihde mallieur : toujours, désormais, il devra la subir, n Quand on publiera ;••<: œuvres compl''tes de Mallarmé, il faudra évidemment charger Teodor d*» \V\/*^wa d'en faire une traduction ad usum pnpttU.
530 CflRKSTnMATHI»-: FRANÇAISE
Tout son col secoiiora celte blanche agonie
Par l'espace infligée à Toiseau qui le nie,
Mais non Thorreur du sol où le plumage est pris.
Fantôme qu*à ce lieu son pur éclat assigne, Il s'immobilise au songe froid de mépris Que vét parmi l'exil inutile le Cygne.
Œuvres à lire Je Mall;irm«} (Perriu et C'«. éditeurs, Paris; F. Rops, Bruxelles): Poésies complètes, 1" cahier; Vers el prose, morceanx choisis (180S); Poésies (ISOO). — ('ritiques à consulter : Catulle Meiulôs. La légende du Parnasse contemporain (ISSi) : Byvaiifk. Un Hollandais à Paris en 189 1; Teodor de WyzcTa, Sos maîtres (IS'.»')»; Juh;:^ IjOinaître, LesCnntcinporains (189C ; Gaston Deschamps, La rie et les livrr>s (li>98); Henri Je Rôtrnier. Rt'vue de Paris, l«r octobre l.S'.>8.