FRANCIS JAMMES
Disviple de Vii'-W-Griffln, il a, comme ce dernipr, une ftme ilrlicalc >■) ilourti : la Hi.'Ur de la prime jeunesse s'épanouit dans ses vits d'un. riiiiïi'ir» clwrmarile. C'isl le poêle di-s choses simple* ''t rtiw aenlimi'nloiuriinls. Il lus exprime avec une sponta[iL'ilé,uiic^rÛci] primeaBulii.-r qui donnent A. ses vers Lbres un grand charme masical.
Le TÎeui village '.
[>! vieux village i^lait rempli de roses et je marchais dans la jjraiidc chaleur et pui» onsuile «Lins la iininde froiileur ite vieux ulu'inius oQ les feuilles s'endorment.
' F.vlrîiit ilu rfoueil -■ D« fannilta de taubi h l-angé'ua d'< snir (IWSi
bGO CHH£STOMATUI£ FilANQAISB
puis je longeai un mur lonji^ et usé ;
estait un parc où étaient de grands arbres,
et je sentis une odeur du passé,
dans les grands arbres et dans les roses blanches.
Personne ne devait l'habiter plus...
Dans ce grand parc, sans doute, on avait lu...
Et maintenant, comme s*il avait plu,
les ébéniers luisaient au soleil cru.
Ah! des enfants des autrefois, sans doute, s'amusèrent dans ce parc si ombreux...
On avait fait venir des plantes rouges des pays loin, aux fruits très dangereux.
Et les parents, en leur montrant les {liantes leur expliquaient : celle-ci n'est pas lx»nne-. c'est du poison... elle arrive de l'Inde... et celle-là est de la belladone.
Et ils disaient encore : cet arbre-ci vient du Japon où fut votre vieil oncle... 11 l'apporta tout petit, tout petit, avec des feuilles grandes comme l'ongle.
ils disaient encore : nous nous souvenons
du jour où l'oncle revint d'un voyage aux Indes ;
il arriva à cheval, par le fond
du village, avec un manteau et des armes...
C'était un soir d'été. Des jeunes filles couraient au parc où étaient de grands arbres, des novers noirs avec des roses blanches, et des rires sous les noires charmilles.
Et les enfants couraient, criant : c'est l'oncle l Lui descendait avec son grand chapeau, du grand cheval, avec son grand manteau... Sa mère pleurait : 6 mon fils. . . Dieu est boii...
Lui répondait : nous avons eu tempête... L'eau douce a bien failli manquer à bord. Et la vieille mère le baisait sur la tête en lai disant : mon fils, tu n'es pas mort...
Ha!» à présent ota est cPlle (uruille?
A-l-elIe enisléî A-t-elle exiilé t
Il n'y a plus (jne ries feuilles qui laisent,
ani arbres drôles, comme empoisonnés...
Et tout s'endfH't dans la grande chalpor...
Les noyers noirs pleins do grande froidenr...
Personne lii n'habite plus,..
Les êbéniera luisent au soleil cru.
Le village à midi.
Le village à midi. La. moache d'or bourdonne
entre les cornes des bœuf».
NouB irons, si lu le vens, si tu te veux, dans la campagne monotone.
Entends le coq... Entends la cloche... Entends le paon...
entends là-bas, là-bas, l'^e...
L'hirondelle uoire plane.
I^es peupliers au loin s'en vont comme ou ruban. Le pniU ronge de nionssel Ecoule sa poulie
qui grince, qui prince eucor,
c^r la fille au cheveux d'or tient le vieux seau tout aoir d'oti l'argent tombe en pluie. La fillette s'en va d'an pas qui fait pencher
sur sa talc d'or la craclie,
sa tête comme une racbe, qui se mêle an soleil sous les Qeurg du pécher. Et dans le bourg voici que les toits noircis lancent
au ciel bleu des flocons biens;
et les arbres paresseux '■1 l'horizon qni vibre à peine se lalancent.
Œuvres à lire da Francis Jammea (SooiéU rin Ueroare d» PMnw, <dil.. Paris) : Verf (1893, 139.1, 189t); Dt tAngilus dt Canbé i fAngilM» d» toir (1S38|; Lêt quaiorst prlirm (lUOO); La deuil dri prlmrvirai (1901). — Catlquu t eoamlhr : Kaiti Buanuier. Journal dts Dfbalt du 7 octobre IIIOO.
562 CIIRKSTOMATHIE FRAMIAISB
Les poètes belges.
Malgré la merveilleuse renaissance du flamand, la langae française est encore l'idiome prépondérant de la Belgique, Parlée par plus de deux millions quatre cent mille habitants, elle reste la langue officielle. Plus nombreux que les Wallons, les Flamands voudraient chasser le français de leur pays; ils n'y ont pas réussi jusqu'ici : notre idiome est toujours, en Belgique, la langue supérieure, la langue de la haute culture et de la civilisation.
La littérature belge d'expression française compte dans ce siècle-ci de fort belles œuvres. Ses poètes, qui sont nombreux (et plusieurs même sont des Flamands francisés) peuvent rivaliser, sinon avec les grands génies, du moins avec les plus grands talents de la France littéraire. IS'ous n'avons pu faire place ici qu'à quelques-uns d'entre eux ; bieu que réduite, cette brillante pleîadc soutiendra pourtant la rcpiitation de la Belgique qui compte de si nobles artistes.
Pour étudier ce ^Toupe, coustilter : E<liiioQd Picard, Pro arte; Francis Nautet, Histoire des lettres b^Ujes d'expression française; Virgile Rossel, Histoire de la littérature française Jwrs de France; l\A de Mont, Poètes belges d'expression française (i8!»l)); G. Barrai, Les Frauces littéraires de l'Etranger; Louis Dumont-\Vil(le:i, Les lettres belges et la littérature française^ dans La Grande Revue du l*' sej'tenilfre 1001.