EMILE VERHAEREN
Né à Saint'Amand (Flandre) en 1855.
C'est le poète le plus original et le plus paissant de la Belgique. Â ses débuts, sous l'influence du naturalisme français, il écrivit des vers d'un réalisme un peu cru où revivait le tempérament savoureux (les peintres coloristes de la Flandre. Depuis lors, il s'est tourné vers le symbolisme et son talent s'est magnifiquement épanoui. Il possède à la fois le sens affiné du mystère, l'énergie dominatrice du sentiment et la puissance expressive. Malgré ses attaches françaises, c'est un f)oète très personnel et vraiment hélge. Aucun autre ne peut donner une idée aussi complète de ce qu'il y a de remarquable et de frappant •lans l'âme neuve de la jeune Belgique.
576 CHRESÏUMATlilE KHAMIAISE
Le moulin \
Le moulin tourne au fond du soir, très lentement, Sur un ciel de tristesse et de mélancolie, Il tourne, et tourne, et sa voile, couleur de lie, Est triste, et faible, et lourde, et lasse, infiniment.
Depuis Taube, ses bras, comme des bras de plainte» Se sont tendus et sont tombés; et les voici Qui retombent encor, là-bas, dans Tair noirci Et le silence entier de la nature éteinte.
Un jour souffrant d'hiver parmi les loins s'endort, Les nua<,'es sont las de leurs voyages sombres, Et le long des taillis, qui ramassent leurs ombres, Los ornières s'en vont vers un horizon mort.
Sous un ourlet de sol, quelques huttes de hôtre Très misérablement sont assises en rond ; Une lampe de cuivre est pendue au plafond Et patine de feu le mur et la fenêtre.
Et dans la plaine immense et le vide dormeur, Elles fixent, — les très souffreteuses bicoques — Avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques, Le vieux moulin qui tourne, et las, qui tourne et meurt.
La neige ^.
La neige tombe indiscontinûment Comme une lente et longue et pauvre laine, Parmi la morne et longue et pauvre plaine, Froide d'amour, chaude de haine.
La neige tombe infiniment
Comme un moment —
Monotone — dans un moment ;
La neige choit, la neige tombe,
Monotone, sur les maisons
Et les granges et leurs cloisons ;
La neige tombe et tombe
Myriadaire, au cimetière, au creux des tombes.
* Extrait des Soirs (i888).
* Extrait des Villages illtusoin^s ilSî)'ii.
KMILB VBIIIUBIUN
Le tablier des manvaises saisons
Violemment là-tiaut est dënonâ ;
'Le tablier des maax est secoDË
A conps de vent, sur les hameaux des horiions.
Le gel descend aa fond des os
Et la misâre an fond des clos,
La neige et la misère au fond des Smes ;
La neige lourde et diaphane
An fond des litres hoiài et des Imes sans flamme
Qui se Fauent dans les cabanes.
Aux carrefours des chemins tors
Les villages sont blancs comme la mort;
Les grands arbres, cristallisés de gel,
Au long de leur cortège par la neige,
Entrecroisent leurs branchages de sel.
Les vieux moulins où la [i)OLis.<ie claire s'agr^
Apparaissent comme des pièges
Tont à coup droits sur une hiiUe ;
En bas, les toits et les auvents
Dans la bourrasque, à contre vent.
Depuis Novembre luttent ;
Tandis qu'iniiniment la neige lourde et pleine
Choit par la morne et longue et pauvre plaine.
Ainsi s'en va la neige au loin
En chaque sente, en cbaqoe coin.
Toujours la neige et son suaire,
1^ neige pSIe et mortuaire,
La neige pâle et inféconde.
En folles loques vajçabondes
Par k travers l'hiver illimité dn monde.
' Le rent '.
Sur la bruyère longue influiment Voici le vent cornant Novemtve, Sur la bruyère infiniment Voici le vent Qui se décbire et se démemlm,
■ Vaiagu lltutoiret.