‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 143 sur 166 · I.iiiha, lioba · texte numérisé non relu

I.iiiha, lioba

liais<Kiiis à d'antres les ctiitnères.

Gloire, gratidenrs, Iristes appa.'i !

Le seul bieu <{ui ue lasse pas, Nous l'avons reçu de nos père-.

Liolia, liol»!

Lft liberlâ umple et sans faril, Suisse, Toili ton apanage!

Garde-la pure d'Age en Age, La libertâ dn montagaard.

Lioba, lioba !

' Pour doniiner l'orchestra imroenw Dans le concert des nations, [| faut des hautes régions Qa'aa ciel toujours ce chant s'élance : Lioba, lioba!

Flenr de deuil'.

J'ai pris les deux enfants qui nous restent encore. Et je les ai conduits dans la chambre du morL. Devant ces yeax éteints, celte bouche glacée, Cette immobilité dn corps saus la pensée. Le plus jeune des deux comprit qa'nn tel sommeil, C'était l'éternité maetleet sans réveil.

Alors, en sanglotant t» jetant vers sa mère. Il ne sut que crier 1 o Je veux mon petit frère. Je le veux ! d

Vers le soir, on apporta des fleurs, De piles fleurs d'orange anx suaves senteurs, On en mit un bouquet daos sa main froide et blauclie ; Bientôt son petit lit se couvrit de pervenche. De couronnes de buis, de myrte, de jasmin ; Et quïiiii les denx enfants furent, le lendemain. D'eux-mêmes visiter la couche funéraire.

Ils revinrent disant que l'heureux petit frtire, Avec SCS fleurs d'orange et sa robe de lin. Parlait pour une fête en un pays lointain.

îuviai à lire d'Eugène RaTab«n(F.Ilouga,4dit«aT, Ltaianne); PoMm Plturt di diuil (18351. Dirnièret poéiiat (1887). Pour tu maneB si r Upreiiiior vnluino d- celte Chrtiiomaihlt. — Ccitiquïs à aousultei' rnery. Eugène JlaMheri ■ Pbilippu Uodsl, Virgile RoBsel, ouwofln <

icil la plu polgnuit di

f)08 CHRESTOMATHIE FRANÇAISE

^fmc MELLEY (mî:lanie rochat)

Sie aux C?iarbonnièri'n (Vand). en iH2U, morte à Laïuanne en Î896,

Amie de Juste Olivier fl d'Eufrène Ramhert, M°" Melley eut, comitit^ ses deux célèbres compatriotes, le rulto de la poésie. Elle écrivit poussée par un invincible besoin d'épant^.her son cœur, sans aucune pri''OCcupation livresque. La muse fui pour elle une consolatrice et une amie. Ame tendre, délicate, distin^'uée, d'une haute valeur morale, elle aurait pu être un remarquable écrivain si elle avait ou un plus grand souci de l'art. Telle qu'elle est, avec ce qu'il y a parft)is d'inachevé dans sa forme, c'est un poète d'une réelle valeur. Elle fut une fleur du foyer; à la fenêtre de c^'lui-ci s'épanouissent souvient 1»'S plus délicates, et le passant charmé, qui ne fait que les entrevoir, devine quelle suave parfum elles peuvent répandre autour d'elles. Quand on lit les vers de M"» Melley, c'est cette impression de suavité qu'on éprouve.

Les faucilles ^

Bien qu'il ne souflle dans les airs

Pas de tein[)étes.

Frissonnez, lleiirs des rocs déserta,

(lonrbez vos télés!

Voici venir par les chemins

Les jeunes filles; Voici que brille dans leurs mains

L'arc des faucilles;

Sous leurs chapeaux au noir veloui'S

Vives, alertes.

Coupant, en chantant leurs amours,

Les tipes vertes.

Vois, dans ces merveilleux jardins,

Quelles cueillelles!

Changeant en foin sec de l'andain

Mille fleurettes.

Chacune y passera, bien sûr,

Rouge corolle, Pétale corn [ne un œil d'azur, Aigrette folle.

* Extrait de Jours envolés (1892). M»* MclIey est un des poètes qui ont It mieux rendu la montagne et ses scènes rustiques.

Mni<^ MELLEY (Vl^

Là-haut, si la faucille court

De roche en roche, C'est qu'avec sou nuage lourd,

L'hiver s'approche.

Pour les pauvres gens du chalet Quand la fleur pousse,

C'est pour que donne plus de hiit La vache rousse.

Quel trésor, ces bouquets joyeux.

Dans leur misière !

Pour nous c'est le luxe, et pour eux

Le nécessaire.

Il faut donc bien nous résigner:

La fleur nous quitte,

Car l'on n'en va pas épargner La plus petite ; .

Pas même ces fouillis exquis

D'ombelle blanche Dont nous commencions le croquis

L'autre dimanche ;

Ni chardon lilas, ni bouquet

D'humbles fougère»

Sur la corniche où se risquait L'aigle naguères ;

Ni campanule aux fleurs d'azur^

Dans la ravine...

Car la faucheuse a le pied sûr.

L'œil qui devine.

Qu'a donc l'abeille à butiner

Après vos rondes ?

Votre fer va tout moissonner,

0 Parques blondes!

Je n'aime pas si brusquement

Que tout s'achève.

Comme finit en un moment

Le plus beau rêve.

610 CHRESTOMATHIE F«A.M:AISR

Je sais bien qu'elles vont passer,

L«'S fleurs si frêles, Que rourajL'au les fait danser

Comme des ailes.

Mais «[iiand l'aulumne et les venls froids

Brisent la feuille, Je me sens au c<Fur moins d'elfrois:

C'est Dieu qui cueille.

A Gétroz'.

C'était dans le pays venloyant de fonMs, Le val que TKan noire partage.

Ou les jeunes, il send»!»*, ont le rire plus frais. Où les bons vien\ prennent plus «Tû^^^i.

CNHait an pied «les bois de mélèze et sapin,

Où l'écureil frôle sa ({ueue, Et dans l'air il passait sur Quelque S(udIlo alpin

Comme un parfum de saujfe bleue.

Et dans ce pays d'or où meurent les soucis,

Sur le bord d'un champ qui ^urplomb(».

Parmi les gazons verts un couple était assis, Roucoulant comme la colombe.

Blottis au raz du sol, les mains sur les genoux, Dans une pose peu classitiue,

Jeune fdle et garçon ;:oùtai(Mil les instants doux Dérobés au travail rustique.

Si le gars était beau, je ne le sais vraiment, Pas plus si la belle était blonde;

Ce que j'affirmerais, c'est ([ue pour le moment C'étaient des heureux de ce monde.

Et Gétroz, sur ses rocs, étage comme un fort, De ses chalets guettait l'idylle.

Avec ses chemins creux, ses œillets sur le bord Du plus rustique péristyle;

'Extrait de Join-^s encvlés.

MB* IptLLBT

Ses vieux degrés où i'ean da bassin toajonrs plein

Vient ruisseler dans ta bardane; (Jb le curé, rêveur ainsi qo'an Jocelyn

Egare une sombre soulane.

Et ce qui <n'est resté de ce tableau na]f,

La ville semblant i cent lieues, C'est la divine paix du nrioode priraitir.

El le parfum des sauges blenes.

Dbds une nuit d'hiver ^ C'est une nuit d'hiver glacée, Où l'on n'entend nul bruit humaiu ; L'aube nouvelle est comaieiicée De l'anjourd'hni qui fut demain.

Tout est silence et solitude.

Dans les jardins enténêbrés.

Un n'entend que le soufQe rude Ues vents sur les rameaux givrés; l'eut-étre au loin la voix qui pleure D'un pauvre chien saisi d'effroi, Od bien le guet proclamant l'heure.

Quand deux coups sonnent au beSroi.

Alors éclate un cri sonore Qd'uD roulement funèbre suit...

Il se tait... retentit encore:

U-has, voici le treia de nuit.

Fumée au vont, comme il chemini; !

Les vagons roulent sur le rail.

L'employé veille à sa machine Comme un pilote au gouvernail ; Et le noir chauffeur sans se plaindri^, Pou<lré de charbon jusqu'aux dents.

D'uJi feu qui ne doit pas s't^teindrc Attise les brasiers ardents.

I Elirait dsa Potiie» inUmis ()8D7). Ce lonl If» demiïra vers dsraoteu 'aiaat icsita ta janïl«r ISW. an moia avant sa mact. £llfl s'oublia allcj usiju'au bont «t o'nt !■ aainte pitié qui iuapira g<Mi deraiera acccnta.

612 CHRKSÏOMATHIK FRANÇAISE

Et chaque nuit, qu'il neige ou vente.

Que l'eau ruisselle à leurs fronts nus, Malgré l'ombre et son épouvante, S'en vont ces martyrs inconnus.

Se fiant à ces gens qui veillent, Peut-être au péril de leurs jours, Les voyageurs en paix sommeillent Sur les coussins et le velours.

Travailleur de la nuit glacée, Fidèle esclave du devoir, Qui donc t'accorile une pensée Quand tu fuis dans l'horizon noir?

Œuvres à lire <lo M»» Melley (F. Payot, éditeur, LauBaune) : Jours envolé* (18t):2); Poésies inlimes (18'J7). — Critique à consulter: Philippe Godet, Ifoiice eu tète des Poésiect intimes.

Né à Genève en 1842.

C'est l'un des meilleurs représentants de TEcole parnassienne eu Suisse et, sans contredit, l'artiste en vers le plus habile de son paN-s», car tout ce qu'il a ('crit est d'une qualité rare. Disciple de Leconte de l/isle, il aime surtout les sombres m*'ditations philosophiques, les grands faits du passé et la poésie exotique; les sujets nationaux Pont moins tenté, sans doute, parce qu'il faut à son imagination l'ampleur des grands rêves, (^oinme le poète belge van Hasseït, mais dans une langue poétiquement bien su[)érieure, Edouard Tavan a publié aussi des vers rythmiques; ces vers, d'ailleurs conformes aux principes de la prosodie traditionnelle, sont, en ce qui le concerne, basés surTaccent Ionique, renforcé de l'accent rhétorique ou oratoire. Ils ont pour caractère essentiel une disposition régulière des groupes naturels de la diction française, groupes d'un ou de plusieurs mots déterminés par les toniques qui frappent leur dernière syllabe sonon;, formant ainsi des pieds de deux, de trois et de quatre syllabes. Dans la versification française ordinaire^ ces groupes se succèdent, sans ordre précis,

d'un vers à l'autre, comme dans ces vers de Musset :

Regrettez-vous/ le temps/ oii le ciel/ sur la terre

Marchait/ et respirait/ dans un peu/pie de dieux...

Edouard Tavan les dispose, au contraire, de manière à obtenir une parfaite symétrie de coupe et d'allure, ce qui permet de faire des vers de neuf, onze, treize et quatorze syllabes, plus harmonieux que ceux

ÉDOl'AHI) TAVAN 613

des vers-libristos, si contraires parfois au génie de notre langue. La strophe suivante donnera une idée de ce système rythmique, qui ressort très bien dans la lecture à haute voix :

Lngnbrement/ se lamentait/ le glacial/ déoembn.'.

Comme un long pleur/ d'étemel ennui, Dans le silen/ee, il me souvient/ qu'envahissant/ ma chambre

L'heure sonnait/ lentement/ minuit.

La tentative d'Edouard Tavan n*a pas été comprise par la critique ; elle est cependant originale et intéressante ; nous croyons fermement qu*on en tiendra compte un jour ou Tautre, car elle ajoute à la métri- ({ue française des ressources qui ne sont pas à dédaigner. Quoi qu'on en pense, Fauteur n*en est pas moins un poète profond, noble, inspiré, d'une grande valeur littéraire.

Les Trépassés ^

Vous qui reposez dans les cimetières, Sous les croix de bois, soas les marbres lourds, Donnez- vous ainsi vos nuits tout entières D'an morne sommeil dans les tombeaux sourds?

On serait-il vrai qne dans tos ténèbres On ne s'endort pas si bien qne l'on croit, Qne vous connaissez des réveils funèbres, Que vous avez penr, que vous avez froid ;

Qu'en ce lit glacé, la main qui tâtonne Cherche à ramener les plis du linceul, Qu'on entend gémir le vent de l'automne Et que l'on est triste et que l'on est seul ?

Dans le désespoir d'un effort suprême, Vous levez alors le couvercle dur, Et le7)âle éclat de votre front blême A relui soudain sur le tertre obscur.

La rafale a pris les branches du saule. L'arbre convulsé lutte dans la nuit.

Il couvre de pleurs votre froide épaule ; Le feuillage mort tourbillonne et fuit.

Au ciel désolé ne luit nulle étoile, La lune vous jette un reflet changeant. Et, do peur saisie, à demi se voile Sors le noir nuage aux franges d'argent.

1 Cette pièce et la suivante sont extraites de Fleurs de rêvê (1889).

citRESiTOMATmK fram:aese

L'ombre »e remplit de frisÂOu^ L'iraiiges,

Uinuil trisleriient plcnre dans la tour :

C'est l'heure funèhre oii les mauvais an^s

Errent sans l'ppns jiisi|n'au point <i« jour.

Pauvres Iri'jmssës, If^'ôres fumées.

Vonf. moulez alars siir l'aile des voiits ;

fouettés (In kjitpX des clio^s ainii^es,

Viius vons en venez [Kiriiii les vivants.

Kntri'S sans l'imvrir par la [lortc close,

Vous aveu l'raiic-lii le si'iiil bieci eoiiiiu.

Kt dans la iiiuisoii lorsi|ue tout rejKise,

1^ plum'lier fi^mit sons votre pied nu.

An foyer du soir ipi'on l'Icinl à peine,

l)n entend ria^piiT les lisons nionraiils;

ltt-n:ii>sunl parfois, la Maniinc incertaine

l'ri'te s;i hiciir à vos pas errants.

Mais l'heure sVwule. et, de chamlire en chambre

Vons interrogez fliiu|ue souvenir :

Di^jà ceti'- unit dn s.mdirc novenilire,

fieltc lon^nie nuit esl près de finir.

ii\ le eliant du cui), i|ui vons cirarouche.

Vous chasse d'un vol plus pr^cipil«, —

lit vous n-gagnez votre froide coui:lie

Ahn de dormir votre iMeriiilé.

La douleur du taureau'.

l'iiul le jour, à r^earl cunchi' dans les rusages. Le taureau noir, le roi soiiihre des hauts alpages. .Vu flanc do la |irairie a tiénii Iristeuienl. Dans la Monde vapeur <le son poitrail fnniant, Kxhalant vers le ciel des plainlus inconnues. I,cs lilles des chalets prés de lui sont venues; Klles l'ont appel<^ des noms aceoulunii''S, ilirranlà sa douleur les herki^'es aimés, Caressant doucement, pour. soulager sa peine, De leurs Iremhlantes mains son larf^con d'âbùue,

Rst uiie dr< »ii-iltcuii'h i]!:<:.:a d'in^plr-ii èm épique caJre liiun avcp la 1,'iiilKiice

li est demeuré là. — Les vaches aux longs pis,

Les petits veaux craintifs dans les baissons tapis,

Paissaient joyeusement les gazons et les mousses;

Sous les branches des pins montrant leurs têtes rousses.

Les génisses, avec de grands yeux innocents.

De leurs roses naseaux soufflaient sur les passants,

Et fuyaient en chassant les taons avec leur queue.

Les sommets endormis sous l'immensité bleue Dentelaient vaguement les vaporeux lointains. Sur les pentes couraient les ruisseaux ai^entins, Les herbes s'inclinaient sous une tiède haleine, Les grands bois se taisaient, toute TAlpe était pleine De parfums, de rayons et de gais tintements ; Mais il est resté sourd à ces appels charmants, Et dédaigneux des siens et des douces paroles. Et de la combe verte, où, sous les vieux aroiles, Les belles du troupeau mugissaient leurs amours, A tout indifférent et gémissant toujours, Il est demeuré là, farouche et solitaire. Dans le rosage en fleurs étendu sur la terre. Quand l'ombre des chalets s'allongea sur les prés, A rheure où le jour fuit sur les monts empourprés, Où le lointain adieu des âmes envolées, Dans les cloches du soir s'exhale des vallées, Tout à coup, sous l'effort d'un élan furibond. Le taureau menaçant s'est levé d'un seul bond ; De son regard oblique il a fouillé l'espace. Et, plus impétueux que l'ouragan qui passe, Il a, sous le galot pressé de ses pas lourds. Ebranlé sourdement les pentes de velours : — On eût dit le fracas des neiges entraînées.

Dans le vertige affreux de courses effrénées^ . Sa vaste silhouette, ainsi qu'un noir démon, Passait et repassait à la croupe du mont Qu'envahissait déjà l'ombre des nuits paisibles.

Parfois, comme entouré d'ennemis invisibles, Il s'arrêtait soudain, reculait frémissant, Abaissait son front large, arquait son dos puissant. Et, déchaînant l'éclat de sa rage insondable.

616 GHRESTOMATIIIE FRANÇAISE

Recommençait au loin son galop formidable, Frappait, frappait le vide et les fantômes vains. Broyait le sol, lançait les blocs dans les ravins ; Puis, dans l'enivrement terrible de sa force, Au sein d*un tourbillon de cailloux et d'écorce, Eventrant les vieux pins sous ses cornes de fer. Il jetait dans la nuit des beuj^Hements d'enfer. Tous ont fui, redoutant ses coups épouvantables. Et la terreur les tient blottis dans les étables; Le vieux tueur de loups, le robuste vacher, Ni le fort bûcheron, n'ont osé rapprocher. Aucun pouvoir humain ne s'en peut rendre maître ; il faut un exorcisme, et l'on attend le prêtre...

Et, depuis quatre jours, là-haut, sous les cieux clair>. Le mulle tout sanglant et les yeux pleins d'éclairs. Avec un roulement d'échos qui l'accompagne, L'énorme taureau noir beugle dans la montagne.

Rayons d'octobre '...

Rayons d'octobre, azur calme et triste, Que voulez-vous de notre cœur las ?

Rayons ambrés, rayons d'améthyste. Feuillages d'or, montagnes lilas.

Tout assoupi de bruine automnale, Comme un lointain sourire d'amour, Le soleil brille, au fond du ciel pâle. Dans la splendeur tranquille du jour.

Sous cet éclat lissé d'ironie, De vains reflets, de rêves fanés.

Je vais suivant la sente jaunie...

Et les derniers espoirs sont glanés.

Je vais foulant les feuilles toml>ées.

Où sont les fleurs du temps qui n'est plus ? Fleurs et chansons se sont dérol)ées Dans le halo des jours révolus.

• Extrait tle La Muse romanâe (IRfKi-ISOI). Cette pot*sie rythmique Cbl formé* de vers qui doivent être scandés de la inauière ^suivuute avec une tonique à la fin de chaque pied :

Rayons d'octo/l)re aznr/ calme et triste

Cette langueur de Fair où murmurent De longs échos au rythme chantant, C'est le parfum des choses qui furent, C'est Tâme en pleurs des roses d'an tan.

Les ans m*ont pris mes rêves d'artiste, Et sur leur toml)e ils sonnent le glas. Que voulez-vous, rayons d'améthyste, Feaillages d'or, montagnes lilas T

Dies irœ ^

Voici là-bas, à l'horizon qui flambe incandescent,

Surgir l'aube ardente des joors de terreur et de sang ;

Dans le ciel noir, lourd de sanglots, d'angoisse et de désastres,

J*ai senti sur nos fronts peser la colère des astres ;

Folle de haine, ivre de faim, la bêle qui dormait ;

Rugit au loin dans le cœur des foules : La Tour de science et d'espoir n'aura pas son sommet ;

Fière Babel, je t'entends qui croules.

Tes mars d'orgueil> sous le levier des âpres volontés. Sans fin, s'étageaient à travers les obstacles domptés ; Plus qu'un effort, plus qu'une pierre, et l'or de tes coupoles Lancerait ses rayons plus loin que la brume des pôles; Et dans la fièvre où bourdonnait leur t&che de Titans,

Les peuples las, sous la rude étreinte, R&laîent, en mêlant au fracas des marteaux haletants

Le désespoir de leur morne plainte.

Meneurs du siècle, heureux du jour, 6 race d'insensés. L'écho formidable de l'ombre a crié : « C'est assez 1 » Votre égoïsme, en sa fureur toujours inassouvie, A rompu sous son poids les fers des forçats de la vie ; Dans ses haillons leur foule blême attache un œil de feu

Sur vos destins tout filés de soie ; Grondante, elle roule et s'agite, et, l'impie, elle viBUt

Prendre sa part du soleil de joie.

* Extrait de la Semaine littéraire du 13 mars 1897.

Cette belle pièce est d'un rythme un peu compliqué, mais qui produit un grand effet à la lecture ; nous en donnons plus loin le rythme figuré ; on remarquera l'ampleur poétique qu'ont ces vers de quatorze syllahea.

^{g CHRESTOMATHIE FRAXr.AISE

Assez longleuips. fils de Baal, la fièvre qui vous mord A pu promener ses sabbats de luxure et de mort ; Devant l'idole, assez longtemps leurs folles saturnales Ont jeté pour encans l'honneur de vos âmes vénales. Du châtiment l'heure a sonné; déjà son pas qui vient,

Son pas sinistre^ a glacé mes veines ; Déjà sa ^Tande ombre est sur vous et sa poigne vous tient,

Vous, votre race et vos œuvres vaines.

L'air a frémi ; dans les éclairs de hauts embrasements J'ai vu les palais s'écrouler et los temples fumants, Sous leurs débris ensevelir vos dogmes hypocrites ; Vos canons et vos arts, vos lois de ténèbres écrites, Tout votre orgueil dans le brasier des haines entassé;

Ët^ ricanant ses longs rires sombres.

J'ai vu la Vengeance appuyée à son glaive lassé,

Rouge de sang, sur de noirs décombres.

La voix de Dieu passe semblable aux tlots des océans; Son souftlo a déjà balayé tant d'empires géants ! Tant de cités, qui ne sont plus que poudre et que mystère, Ont aussi pour un jour mené leur vain bruit sur la terre ! Voici venir ce que marquait le doigt rigide et sûr

Des mages saints et des saints prophètes ; Pour vous, comme alors pour la gloire insolente d'Assur,

Je vous le dis, c'est la fin des fêtes.

Ces vers doivent ôtre scandés de la manière suivante, d'après les accents Ionique et rliL-lorique; en saisira vite ce qui en constitue le rythma :

Voici là-baa/, à l'horizon/ qui flaui/be incandescent,

Surgir/ l'aube ardcn/te des jours/ de terreur/ et do sang

Dans le ciel noir/, lourd de sanglots/, d'angois/st» et de désastres/.

J'ai senti/ sur nos fronts/ peser/ la colo/re des astres ;

Folle de hai/ne, ivre de faim/, la bô/te qui dormait

liugit au loin/ dans le cœur/ des foules : La Tour/ de scien/ce et d'csnoir/ n'aura pus/ son sommet;

Fière Ha bel/, je t'entends/ qui croules.

Œuvres à lire d'K«louard Tavan (Pavot et C>«, éditeurs, Lausanne): Fleurs de rêve (1890). La ve/si/ication rythmique dans La Jiecuc de l'enseignement des lanijues vivantes, août 1.*^00. — Pour paraître en VXM : Les Automnales. — Critiques à consulter : Albert Bonnard. Gozelte âe Lou;fau}ie, $6 décembre i88B; A. Sabatier. Journal de Genève, du :*(> janvier iSSO ; Krnest Tipsot, Lm Quinzaine, mai 1S89 ; Virgile Hossel, Histoire de la littiro4ure française hon de France (18^».'»); Jules H^gani, Tribune de Lausanne, du il avril Î699 ; JetJi Violette, Le U encrais, du r'«v umi IHOI.

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