‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 149 sur 166 · i6 GHRESTOMATHUB FRAI^QAISR · texte numérisé non relu

i6 GHRESTOMATHUB FRAI^QAISR

C'en est fait ^..

C'en est fait, je crois, de ma vie :

Qu*iraporte à mon cœur gros d'eanui l Vivre ne mo fait plus envie...

Voici la Nuit, la Nuit, la Nuit î

J'ai tout perdu sur cette terre ; Mon meilleur ami s'est enfui ! * Pourquoi donc rester solitaire?

Voici la Nuit, la Nuit, la Nuit !

C'est la lin de mes luttes vainos Dont le souvenir me poursuit.

Des amertumes et des haines.. .

Voici la Nuit, la Nuit, la Nuit î

Plus de deuil, de pleurs, plus de bruit ! Saint à la Nuit solennelle!

Enveloppe-moi de ton aile, 0 Nuit d'amour ! Immense Nuit!

Pour étudier Ernest IJiissy, lire le recueil iiililulé Poésies (Imer et Payot, éditeurs, I^ausanne) et rexrtîllente Notice de Philipi'»» Go'let qui se trouve en t^t»^ de cette édition (18cSC). Gousnlter aussi Vir-xile Kossel, Tlistmre littéraire de ia Suisse romande.

HENRI WARNERY

JVJ et inort à Lai'S'inne {HfôV-JOOii)»

Si les parallèles lillêraires ne péchaient presque toujours par Tone de leurs bases, je comiiarorais volontit-rs Henri Warnery à Sully Prudhomme. Son œuvre n'a pas la valuur {^i'nialequ*on trouve chez ce dernier, mais elle lui ressomble par l)ii'n des cotés. Les deux poètes sont des esprits de la môme famille. Henri Warneiy, comme l'auteur de la Justice est un analyste subtil, d'une t«îndresse inflniment délicate, et on penseur profond capable d'embrasser les plus hauts problèmes. Son beau poème philosophi(iue Les Origines'-^ est l'œuvre la plus forte qui ait éti'î composiîo dans la Suisse frani;aise. Parnassien psychologue au

* Extrait des Poésies inédites (1880). Cu sont les derniers vers de l'auteur.

* Hussy fait ullusiun ici à Eu;;ouc Ranibert qui Tenait de mourir.

* Nous n'avons rien pu reproduire ici do ce poùmc qui perd à être eoxmu l l'état fragmentaire.

IIENHI WAHNEHY "637

d(''l)at, il avait récemment renouvelé son talent, dans son fond et dans sa funne, par une œuvre d'inspiration bien nationale, Sur VAlpe, où. la montagne est chantée avec une fraîcheur et une intensité d'impression très remarquables. On pouvait attendre encore beaucoup du' grand poète vaudois, esprit supérieur, âme noblement délicate et véritable artiste littéraire.

Les enfants ^

Les petits enfants blancs et roses, Qui yieimenl droit du paradis, Ont les yeux pleins de douces choses Et le front de rêves hardis.

Ils sont ignorants et candides Et ne savent rien d'ici-bas ; Us songent aux soleils splendides Que notre ciel ne connaît pas.

Us ont de petits corps si frôles Que tout pour eux nous fait trembler; Ils se souviennent de leurs ailes, Mais ne peuvent plus s'envoler.

Gomme nous rivés à la terre.

Us vont Tarroser de leurs pleurs, Et comme nous apprendre à taire Les plus chers désirs de leurs coeurs.

Leur main aux malheureux est bonne ; Us deviendront durs comme nous; Us ne sauront plus comme on donne Ni comme on se met à genoux.

Us verront fuir, les pauvres anges.

Leur fraîche innocence aux yeux bleus, Et bientôt perdront dans nos fanges Le souvenir lointain des deux.

L'impossible ^.

Si haut qu'il soit, toujours l'Impossible nous tente; Nous faisons pour l'atteindre un incessant effort. Plus le cœur est ardent et plus le bras est fort, Plus l'idéal trompeur se dérobe à l'attente

< Extrait des Poéaieê (1887).

' Extrait des Poésies.

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Sous nos fronts l'avenir hâtif cuve et fermente; Tout progrès négligé laisse en nous un remord, Et sous Tâpre besoin dont l'aiguillon nous mord Rien ne peut assouvir la soif qui nous tourmenle.

0 désir effréné du lointain Inconnu !

Insatiable soif d'atteindre Tlinpossibie !

Ce qu'il nous promettait quel espoir l'a tenu?

N'importe! ruons-nous au but inaccessible ! La gloire se mesure au péril affronté ; Mieux vaut être vaincu que n'avoir pas lutté.

Neige, essaim blanc... '

Neige, essaim blanc, essaim d'aiies papillonnantes,

Je te salue, ô fleur céleste des hivers,

Fleur des pâles hivers, qui fais plus rayonnante

La montagne, et plus belle encor qu'aux printemps verts \

Sans trêve tu descends dîius les lentes journées ;

Mais, un matin, le vent déchire le rideau,

L'opaque rideau qui se dissipe en traînées

Cotonneuses, en flottantes poussières d'eau.

Maintenant le soleil brille sur lo village;

Plus un nuage, plus une brume dans l'air.

Par les étroits sillons que font les attela^'cs

Dos paysans^ allons là-bas sous le ciel clair,

Allons griser nos yeux de l'immense féerie.

Blancheur, sérénité, virginale candeur l

Est-il un vert pays, une terre fleurie,

Neiges de l'Alpe, qui vous égale en splendeur ?

Plus svoltes, près de nous, les tours, les pyramides Se dressent aux confins lumineux de l'azur. Même aux sommets pelés, même aux crêtes arides, Quelque chose de doux, d'idéalement pur. Gomme un soup«*e de la terre au ciel, émane. Le lourd Chaussy de clarté blanche ceint ses flancs. Et le plat Chamossaire a de v<igu«'S élans. Mais c'est vous, vous surtout, ô cimes valaisannes. Lointains bleus, blocs aigus, dômes étincelants,

• Kxtrait de Sur l'Alpe (1895).

DsDt du Uidi, vierge de pierre, builiqiu D'âternilé, qai hit monter tots l'infini, Uonter éperdùment tes sept flèches mjstiqnes. Champs neigenx da Trient, Tonr-Noir, glaces d'Oroy, C'est TOUS qne roat chercher ma Tne et ma pensée, El mon Ame snr l'aile da rêve bercée, Froide grève des deux, impiobiles déserts, En votre radieuse immensité se perd.

Evocation'.

La Inné p&le monte au ciel flenri d'étoiles. Au ciel fleuri d'étoiles blanches et vermeilles ; Et la montagne, sons ses rayons dort, pareille Aux blanches conununiantes sous leurs longs voiles. Une brame sur le Bhdue et sur les vallées Flotte, baignant les noires forêts à mi-pente. Fleuve géant, aux eaux laileuses, qui serpente Sllencieusemeut dans ses hantes allées.

Et voici, ma pensée aux ères primitives Remonte, oti vers la plaine ei par toutes les portes De l'Alpe les glaciers roulaient leurs ondes mortes, Charriant des rocs sur leurs épaules massives. Car ainsi, doux et purs, durant de blanches lieues, ns s'épanchaient du pied des cimes éternelles ; Mais nuls yenz n'étaient, nulles pensives prunelles. Pour refléter la paix divine des nuits bleues.

A oelle qui est près de moi'.

Je voudrais savoir une chanson donce.

Pour chanter ton amour doux comme nu nid. Le nid est caché dans l'herbe qui pousse; L'alouette est là-haut, dans l'inflni.

' Eitrait da .Sur l'Alpe. Dtoi ce dorolsr reoueil. Is poita ■ adopté quelquaaiiuflBâesQDuvunutdB rythmiques latrodnlleB pirVerUln* gt wn isola; cataztr^t montra qu'il > su en fairs au usags trèa attlstique.

* Elirait de Sur l'Alpt. Cea Ton d'iuw tendreiBe Bl diliaata et si tonehkiile eiiai adiesséa k la femm« dn poète, eompkgDs Bdtls des bout et des maaTaii Jon«. n tsB icriïit en ISOl, lue l'alpe mime oh il était lenn, malade, oherohw la aanté.

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Là-haul Talouette, à peine visible, Vers l'azur lumineux monte en chantant; Elle songe au nid intime et paisible, A son nid qui Técoute et qui l'attend.

Dans les jours heureux, ainsi moi, je rôve Au refuge fleuri (ju'est ton amour.

Mon cœur vers le ciel d'un élan s'élève Et voudrait te chanter longtemps, toujours.

Mais je ne suis pas comme l'alouette Qui s'envole et qui chante et chante encor. Il faut que mon cœur longtemps s'inijuièlc A trouver pour les mots des ailes d'or.

Et j'ai honte aussi des vieilles redites, Lieux communs amoureux trop entenihis.

Je voudrais savoir des choses pas dites El que nul après nous ne saurait plus.

Evangile ^

0 mes frères, dont l'àme pleure dans la nuit, Seule, comme une veuve assise en l'ombre vide. Et lamentablement cherche au palais d'ennui I^ pain dont toute lèvre vivante est avide ;

Mes frères, qui traînez vos pieds endoloris h]t meurtrissez vos cœurs aux calvaires de haine, Vos pauvres cœurs, toujours saignants, jamais gaèris De l*égoïste amour et des révoltes vaines,

Mon cœur vers vous déborde, 6 mes frères lointains. Et je voudrais savoir de magiques remèdes. Je voudrais vous verser des remèdes certains, Vous apporter une parole qui vous aide 1

Je ne suis qu'un de vous, ni meilleur, ni plus fort. Esprit fier, affamé d'idéal, chair fragile. Volonté chancelante, incapable d'effort. Cœur qui ne peut plus croire au Dieu de l'Evangile ;

* Extrait de Sur FAlpe

HENRI WARNERY 641

Mais je suis descendu dans mon àine, et voici» Voici ce que m'a dît sur la blanche montagne, Aux jours nombreux de la douleor et du souq. L'hôte mystérieux qui partout m'accompagne.

irro'a dit : Ne fais plus le rêve d*ôtre heureux; Accepte simplement ton épreuve et ta vie, El, comme aux livres saints il est dit dn lépreux^ Plonge-toi par sept fois dans Feau qni purifie.

Au fleuve de souffrance et de renoncement,

Par sept fois lave ainsi ton intime souillure,

Puis, songeant à toi-même, aux hommes sois clément;

De tout fiel, avec soin, garde tes lèvres pures.

D'un indomptable amour et de tout ton pouvoir. Aime la Vérité, travaille à la Justice ; Mais n'ouvre pas ton âme à Torgueil de savoir; Ne méprise pas les humbles qui te nourrissent.

Sois sans haine surtout : la haine, c'est l'enfer ; Même aux nobles desseins, même en de justes causes, Elle est stérile. S'il le faut, avec le fer Combats, puis comme un preux paladin te repose;

Mais ne hais pas. Ceux-là même qui font le mal,

Il faut les plaindre, il faut les aimer au contraire;

Car s'ils ont déserté le chemin virginal.

Tu n'es qu'un homme, et d'autant plus ce sont tes frères.

Aime, ne sois jamais la bouche qui maudit; Et quel que soit le dogme où ta raison se blesse. Tu verras dans ton cœur fieurir le Paradis, Le Paradis éblouissant de la Promesse.

Œavres à lire de Henri Wurncry (F. Payot, éditeur, lAUMtakUB): Poéêin (1866); Sur rAlpe (189(9; ^^x Vênts de la vtê (1903).— Gritiquet i eonsulttrx Bniest [^ossy. Gazette de Lausanne du 80 noyembre 1886; VirgUo Bostel, Hiitoirt de la litlératitre française hors de France,

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