‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 150 sur 166 · VIRGILE ROSSEL · texte numérisé non relu

VIRGILE ROSSEL

Né à Tramelan (Jura bernois) en 1858,

Le savant auteur de VITia^oire î-ffémire de la Suix.te romande est certiiin»-m**nt un des hommes It^s plus extraordmair»»8 de son pays: à 40 ans, il a trouTéle moyen d*ètre h la fois un juriste ùminent, un critique littéraire remarquable et un très bon poète. J^e prodij?ieux labeur qu'il a accompli tient du prodij^e. Xdus voudrions pouvoir parler ici des belles œuvres critiques de cet i n fa ti^jable travailleur, mais le poèt»^ nous réclame. Les vers de Virgile Hoss»^l, tpSs vari»''3. sous tous les rapports, di'notent une souplesse dVsprit rari*. Clc qui en fait le rliarmo. it'est à la fois une mAle simplicih'» <rt une distinrtion très dèlicalo. Bien qu'ayant fortement subi l'influnnoû d^^ la cuit un? fran^;ais■^ Tautt^ura une originalité nationale très accusèo : il est un de ceux qui ontle mieux exprimi^ ce qu'il y a de pi us caracl/- ri s tique dans la nature et 1» viesuissp<. Quand on lit ses œuvres, on /'prouve à la fois de la sympathie tt «ll'admiration pour cet homme dVIite.

Belles morts ^

Je songe à ces vieillards reuiujntrés au village. Si le dos a fléchi sous le fardeau des ans, Le pied demeure fernio et la main, malgré Tà^^e, Conserve la vigueur des mains de paysans.

Un air de santé conrt sur la face vermeille ; On ne voit presque pas les rides sur le front ; Il semhle que pour eux l'œuvre du temps sommeille; On ne sait ni pourquoi, ni comment ils mourront.

Quoiqu'ils aient fait leur Iftche, ils travaillent sans trêve, Ne murmurant jamais et ne demandant rien; Ils ont passé leur vie à former ce seul rôve : Elever les enfants et leur laisser du bien.

Mais, pour les terrasser, la mort à peine efileure Ces vieillards, quand ils sont assez riches de jours; Un soir, ils sont allés se coucher avant l'heure, Le matin, on les trouve endormis pour toujours.

Bxtrnit de Natitre (1885).

VIRGILB ROSSEL ft3

Mon Jura ^

Si mon petit pays qui se cache dans Therbe N*a point de fier sommet, ni de ville superbe, Si parfois on en parle avec un air moquenr, Moi, je Taime et le vois par les yenx de mon cœur.

Son souvenir m'est donx comme le chant des sources; n a pour les songeurs de charmantes ressources, Ces asiles de paix que les sapins lui font, Au bord d'étroits sentiers coupant le bois profond.

Au creux de ses vallons, au cœur de ses villages, Le babil des oiseaux nichés dans les feuillages Se mêle aux bruits des champs, aux bruits de l'atelier; Il est fait pour rêver comme pour travailler.

Si les Jurassiens sont gens simples et frustes, Ds ont le serrement loyal dés mains robustes, Us ont le franc regard de leurs yeux bien ouverts, . Us ont le fond joyeux de leurs horizons verts.

Oui, tout est sain chez nous, le cœur comme le reste. Tu n'as rien dépouillé de ta candeur agreste, Malgré tout ce qui change et ce qui passera, Tu seras, ô pays 1 toujours mon vieux Jura.

Ne soyez pas surpris, en écoutant ces choses. En songeant que là-bas f ai coulé mes jours roses, Ne soyez pas surpris que j'aime sans retour Ma petite patrie avec mon grand amour t

Le Lion de Lnceme *.

J'ai flétri, dans mes vers de jeunesse farouche» Ces preux dont l'héroïsme aux rois s'était vendu ; Je songe aux cœurs vaillants, à leur sang répandu, — Les paroles de bl&me expirent sur ma bouche.

* Extrait de Nature.

• Extrait des Poèmes suisses (1S93). — Le lion de Luceme est un monument qui a été érigé en rhonneor des Suisses au service de Louis XYI, taés an 10

août, pendant la Révolution française.

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Celaient de braves gens, si leur métier fut louche; Les maîtres avec eux n'ont jamais rien perdu; A l'appel de la mort, chacun a répondu Et la lid<Mité de ces guerriers me louche.

Oui, CCS après- venants de Melchlhal et de Tell,

0 liherlô sacrée ! ont souillé ton autel;

Ils sont morts pour ta cause, rt vieille tyrannie,

Emportés par le Ilot de la rébellion.

Mais le dix août n*esl pas de ces jours qu'on renie :

Le lion en livrée est resté le lion.

Heimweh \

Là-bas, dans un lointain de rôve, Où se portent en vain mes yeux.

Le Léman chante sur sa ^Tève, Les Alpes mon lent dans les cieux.

Mon Jura, dont les lar^'es ciines S'estompent dans le soir lilas.

M'appelle à ses fêtes intimes, Là-bas î

Là-bas 1 J'erre en la grande ville.

0 pays, l'air pur de tes nuits, Comme un vent de poussière vile Passe sur une mer de bruits.

C'est là-bas (jue mon cœur s'élance, C'est là que se tendent mes bras.

Vers le repos, vers le silence, — Là- bas !

Là-bas 1 Seul parmi cette foule, Plus seul que sur nos monts déserts.

Je n'ai plus le torrent qui roule.

Les monts dressés an fond des airs.

0 l'amour des choses qu'on aime !

Je ne sais plus, je ne sais pas Ce qu'en mon àme l'exil sème...

Là-bas !

' Extrait des Poèmes suis.srs.

vinuiL.1' nw.-^r»r.i^

Là-bas ! Dans un coin de verdure, La bonne et la vieille maison Dont la vitre an matin s'azure De tout le ciel de Thorizon t Là-bas, le père à tête blanche.

Les jeunes frères en ébats, Et la sœur aux yeux de pervenche, — Là-bas !

Là-bas surtout, la bien-aimée Qui songe au retour de l'absent...

La source des pleurs est fermée, Mes larmes coulent dans mon sang.

La ville dort, la nuit s'envole ; Mes mains soutiennent mon front las. Et je n'ai plus qu'une parole :

Cl Là-bas l »

Davel^

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