JULES CARRARA
Hommes, i ncli nez- vous 1 Vous, femmes, sonriez!
Allez cueillir des fleurs ! apportez des lauriers 1
Ils se cou te nieront de ces humbles offrandes.
S'ils frappent, ouvrez-leur vos portes toutes grandes;
S'ils ont faim, partagez avec eux votre pain,
Et, s'ils sont fatigués, vos chaises de sapin.
Mais ce n'est point cela que leur désir réclame.
Ce qu'ils veulent que vous leur donniez, c'est votre âme.
Accordez-la-leur toute, et quand ils s'en iront,
Demandez la faveur de les baiser an front
Et de serrer leur main puissante et magnanime.
Puis, reconduisez-les jusqu'au bord de l'abîme.
C'est de là qu'ils venaient. Alors, rentrés chez vous.
Vous vous étonnerez de trouver l'air plus doux,
Le foyer plus brillant, le sommeil plus paisible.
Ce sera comme si quelque fée invisible,
Promple cotnnie l'oiseau qui chante au bord d'un toit.
En passant eût touché votre maison du doi-'t.
Cliacjne chose à vos yeux sera transfigurée.
Et voire ciel aura ces sjilondeurs d'empyrée
Qui consolent, et font trouver au travailleur
La fati^Mio plus douce et le travail meilleur.
Sous vos yeux passeront des visions joyeuses ;
Vous en tendrez chanter des voix mystérieuses.
Et quand vous dormirez, les anges descendront
Mellre des battements d'ailes sur votre front.
Ces rayons, ces douceurs, ces paix, ces harmonies,
Vous les devrez à ces passants, à ces génies.
Pour une heure, ils vous ont rendu rétemitô.
Et c'est ainsi qu'ils paient votre hospitalité.
Oh ! les poules sont ce qu'il faut à la terre l
Ils sont la source vive où l'on se désaltère.
Pure comme un cristal, douce comme le miel.
Et la seule ici-bas (jui rellote le ciel.
0 lumière 1 lumière 1 éclate l voici l'heure
Où va s'évanouir dans l'ombre ce qui pleure.
Où l'espérance aura remplacé les regrets.
Voici que resplendit au ciel l'astre Progrès!
Voici la Lil)erté ! voici la Délivrance !
Voici l<^ ràle éteint de l'hyène Souffrance
6o6 CHRESTOMATHIE FRANÇAISE
A qui le bon cliasseur a mis sa lance au flancl
L'horizon était noir, voici quMl devient blanc l
Voici que tout là-bas, dans des splendeurs de rêve.
Le radioux soleil Humanité se lève !
Voici Téclosion de rinimuable azur !
Et taudis que s'enj^oulîre à Toccid^Mit obscur,
Dans le blémissoinont des ténèbres prochaines.
L'ancien monde chargé d*oi)|)rol)res et de chaînes,
Pour succéder aux temps qui viennent de fmir,
Voici l'incorruptible et superbe Avenir l
Ilonmios, battez des mains à cette aurore immense l
Voici rapolh»''osf* humaine qui commence !
Voici qu'à l'horizon plein d'éblouissements.
Comme un bandeau brodé de divins diamants,
Sii mêle à rai*c-en-ciel des gloires infinies
La constellation sereine des génies.
Ils sont tous là, les vrais, les seuls témoins de Dieu.
Une i)lace d'honneur reste vide au milieu,
Et tandis que vers eux toutes les mains se tendent
Et que les astres les regardent, ils attendent,
Comme s'ils espéraient quelque suprême absent.
Et bientôt, au milieu du groupe éblouissant.
Surgit, sublime, et la tAte d'étoiles ceinte,
Pour guider le triomphe et chanter l'hymne sainte,
Ce maître, ce sauveur, ce martyr, ce proscrit,
Cet homme-Dieu, ce Dieu fait homme, Jésu.s-Chrisl î
Allez, libérateurs, et parcourez le monde !
L'antique chêne humain a besoin qu'on l'émonde.
Coupez ces rameaux secs, témoins des temps passés.
Corrigez! redressez 1 taillez l éclaircissez!
Sur la terre, de l'ombre et du mal coutumière.
Répandez à grands flots l'amour et la lumière 1
Que dans chaque âme humaine éclose un ciel tout bien.
Jours de gloire, arrivez l descends, règne de Dieu 1
Viens, parmi nous, ô Toi, la Puissance, Toi, l'Etre !
Viens, viens ! nous t'atttîudons pour (jue tu sois le Mallre !
Viens, pour (lue nous puissions embrasser tes genoux!
Viens, ta force est terrible et ton sourire est doux l
Viens, toi qui fis les fleurs, la femme et les étoiles !
Viens, éclaire nos yeux 1 viens, déchire nos voiles !
JULES CAHUAHA (J57
Viens, pour que nous soyons dans ton sein abîmés l Hommes, voici TAmour ! aimez l aimez! aimez l Aimez le créateur des astres et des roses ! Il est, il est, il est par-dessus toutes choses, Au-delà do Tablme et par delà le temps 1 Gloire à Lui! Gloire à Lui!
Sur la mort d'une petite fille.
Ne pleurez pas sur ceux qui meurent.
Ceux qui s'en vont sont délivrés.
Mais il ne reste de navrés Que les cœurs de ceux qui demeurent.
Ceux qui s'en vont sont les oiseaux.
Les délicates hirondelles Qui franchissent d'un seul coup d'aiks La terre, le ciel et les eaux.
Celles-là sont les bien-aimées.
Ce sont celles que Dieu bénit Et qui s'en vont faire leur nid Dans un parc de fleurs embaumées.
Pures comme au jour baptismal, Pleines de grâce et d'harmonie.
Elles ont la paix infinie Te ceux qui n'ont point fait de mal.
Oh 1 pouvoir arracher son aile Aux murs d'une froide prison !
iV»uvoir atteindre à l'horizon Où brille une aurore éternelle !
Vers les hauteurs d'où rien n'abat Pouvoir prendre un vol grandiose.
Parvenir à l'apothéose Sans avoir souilert du combat !
Quel rôve d'or insaisissable, GEuvre d'un plus divin pinceau, Peut-on faire sur un berceau.
Idole l'argile et de sable !