‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 159 sur 166 · LOUIS DUCHOSAL · texte numérisé non relu

LOUIS DUCHOSAL

Nous regreltons les biens sommeils, La maison qn'on onblie an bord des eaux limpides Et qu'emplissaient de vols rythmiques et rapides

L'essaim des mensonges vermeils.

Regrets de la paix contnroière, Des feoillages, des fleurs, et comme nous pleurons La mare où nos bonheurs d'enfants faisaient des ronds

Dans la bonne et blonde lumière.

Main d'une mère, chère main Jamais lasse de dire à nos diutes : Courage, Et d'enseigner aux corars ignorants de l'orage

Les durs hasards des lendemaîna.

Main délicate, mais austère.

Main d'une sceur, montrant l'Etoile de la Foi, A l'heure où l'on pouvait^encor sentir en soi

Descendre l'Ange du Mystère.

0 main d'amour, joug adoré, 0 caresses vers qui vont les vœux et les craintes t Nous pleurons la douceur des mots et les étreintes

En qui nos âmes ont vibré.

Un frisson hante nos vertèbres.

Nos pieds saignent, nos yeux sont pleins de cécités. Nous regrettons le songe envolé, les cités

Dans de magnifiques ténèbres.

Nous pleurons nos vieilles étoiles Et les enchantements de l'He et de Thulé, Et la mer adorable où, sous un ciel troublé.

Fuit la grâce blanche des voiles.

Nous pleurons le rêve infini, La féerie éphémtee et les nuits pleines d'astres, Et nos cœurs à jamais perdus sous les désastres

Des illusions de granit.

L'heure.

Si j'avais dans ma vie une heure, une seule heure, Où ce cœur, gémissant d'un souffle qui l'effleure,

r»64 CHRESTOMATHIE FRANÇAISE

Le chœur disait la mort des heures éphémères Et la fin du voyage épique de Jason Vers nie où resplendit l'éternolle toison, Et la fuite éperdue et sornhre des chim»>res.

Le chœur disait le mal profond, l'esprit rendu, Le doute moissonnant le hlé blanc des pensées. Les flambeaux consumés, les coupes renversées Et le vin merveilleux dans l'herbe répandu.

Et le cortège allait vers la nuit. — 0 mon âme, Don Quichotte a vécu, le poème est fini, Disparais dans le deuil du désir infini; Au banquet de Toubli, voici (ju'on te réclame.

Les cœurs sont clos^ le ciel est sourd, les temps sont dors, 0 mon âme, fuyons les hommes et les choses; Les doigts lents de l'épreuve ont effeuillé les roses Et dispersé l'espoir promis aux jours futurs.

Lied.

C'est le temps d'hiver, pauvre cœur ; Dans le ciel tendu de ténèbres Flotte un rais de lune moqueur ; C'est le temps d'hiver, pauvre cceur.

Les glas tintent, lents et funèbres.

C'est le temps d'hiver, pauvre cœur; Au lointain, stridentes et brèves.

Des voix graves chantent en chœur; C'est le temps d'hiver, pauvre cœur Qui portes le deuil de tes rêves.

C'est le temps d'hiver, pauvre cœur Où l'Amour, comme en une tombe.

Gît, tué par le Sort moqueur; C'est le temps d'hiver, [)auvre cœur :

La neige des souvenirs loml)e...

Les mains.

0 mains que nous avons baisées, Mains de nos père et mère aux gestes triomphants. 0 mains qui sur nos fronts ensoleillés d'enfants.

Tant de fois v(uis éles posées !

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