LOUIS DUCHOSAL
Nous regreltons les biens sommeils, La maison qu'on onblie an bord des eanx limpides Et qu'emplissaient de vols rythmiques et rigides
L'essaim des mensonges venneils.
Regrets de la paix contnroièr e, Des feoillages, des flenrs, et comme nous plenrcms La mare ob nos bonbenrs d'enfants faisaient des londs
Dans la bonne et blonde lumière.
Main d'une mère, chère main Jamais lasse de dire à nos chutes : Courage, Et d'enseigner aux cœurs ignorants de l'orage
Les durs hasards des lendemains.
Main délicate, mais austère.
Main d'une soeur, montrant l'Etoile de la Foi, A l'heure où l'on pouvait^encor sentir en soi
Descendre l'Ange du Mystère.
0 main d'amour, joug adoré, 0 caresses vers qui vont les vqbux et les craintes t Nous pleurons la douceur des mots et les étreintes
En qui nos âmes ont vibré.
Un frisson hante nos vertèbres.
Nos pieds saignent, nos yeux sont (deins de cécités. Nous regrettons le songe envolé, les dtés
Dans de magnifiques ténèbres.
Nous pleurons nos vieilles étoiles Et les enchantements de l'He et de Thulé, Et la mer adorable où, sous un ciel troublé.
Fuit la grâce blanche des voiles.
Nous pleurons le rêve infini, La féerie éphémère et les nuits pleines d'astres. Et nos cœurs à jamais perdus sous les désastres
Des illusions de granit. ^
L'heure.
Si j'avais dans ma vie une heure, une seule heure, Où ce coeur, gémissant d'un soufiQe qui Teffleure,
Eût joui d'un plaisir — si fu^'ace lût-il,
Pour ce furtif instant, pour celle orève joie,
Je reprendrais, moins triste et plus vaillant, ma voie,
Et, puisant de l'espoir en ce bon souvenir.
Je dirais à mon cœur : « Sois fort, tout va finir ! »
Mais j'interroge en vain l'horreur de ma mémoire.
A chaque page, au livre amer de mon histoire,
Un mot s'épanouit comme une rou«?e fleur :
iMalliL'ur 1 — ol puis Malheur ! — et puis eiKor Malhear l
Intermède maternel.
Pour m'isoler un temps de l'angoisse hautaine. Mère, dont rien n'a su larir le cœur aicnanl. Prends-moi sur tes genoux, l)erce-moi doucement, Comme aux jours lumineux de l'enfance lointaine.
Houle, roule mon front las et décoloré Entre les seins h«'*nis qui m'ont versé la vie. El. pour me délivrer du mal et de l'envie. Mets-y les frais haisers dont je suis altéré.
Pour que le sommeil vienne, il me faudrait entendre Une vieille ballade, — oh 1 mère, dis-la-moi: Mais surtout pas d'amour, rien qui donne l'émoi, Quelque chose de pur, de paisible, de tendre...
Lorsque lu m'endormais, jadis, par les chansons, Lisais-tu dans mes veux naïfs la destinée ? Knlondais-lu vibrer dans ton âme étonnée Le lamentable écho de mes futurs frissons?
Devinais-Ui (ju'un jour ce fils que tu lis naître, (iherchanl la gnérison de son spleen éternel, Hcviondrail implorer ton amour maternel.
Mère, et qu'il lo faudrait «l»*ux fois lui donner l'être?
Le vin de l'idéal a CAusé son tourment, Son cœur porte on ne sait quelle plaie incertaine, Conmio aux soirs étoiles do renfance lointaine, Prends-le sur tes genoux, berce-le doucement...
* Voici des vers admirables qui. dans leur genre, peuvent M oompmrer «nx [>lus belles pièfces des grands poètes l'riincais.
MATHIAS MORHAROT 667
Œuvres a lire de Duchosal (F. Payot. Kggiinftna et C», éditeur», Lausannt et Genève) : Le Livre de Thulé (1891); La Forêt enchantée (1892); Le Hameau d'or (1894). — Critiques à coniniter : Edouard Rod, Préface du Liwe de Thulé; Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France; Louis Dtbarge, Semaine littéraire, 9 mars 1901; Paul Seippel, Journal de Genève, 11 et 18 mars 1901; Philippe Monnier, Gazette de Lausanne, 18 juillet 1894 tt 16 mari 1901.