‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 161 sur 166 · MATHIAS MORHARDT · texte numérisé non relu

MATHIAS MORHARDT

Né à Plainpalais (Genève) en 1863.

Ecrivain absolument francisé, Mathias Morhardt n'appartient au groupe suisse que par sa naissance : rinfluence parisienne l'a complètement dénationalisé. Par ses conceptions et par son style, il se rattache aux symbolistes, mais il y a en lui un pétrarquisant modernisé qui rendrait des points au subtil chantre de Laure. Sa poésie précieuse et raffinée, d*une langueur un peu féminine, d'un sentimentalisme délicat, a le charme particulier des œuvres très littéraires. L'auteur est un artiste d'une rare valeur et ses vers sont de la quintessence poétique.

Fleurs de tristesse ^

Làrbas flenrissent les fatales Digitales. Là-bas, dans la vallée en deuil, le vent du soir Verse sur les grandes tristesses végétales Les frissons de son invisible désespoir.

Des musiques, sur le silence illimité, Brodent confusément leur lente et triste histoire, Et la nuit — dépourvue, hélas l de charité l — Ecoute le concert des voix contradictoires.

La nnitt la douloureuse et lamentable nuit. Souveraine d'un monde infini de mystère, Penche les larges fleurs vers leur destin d'ennui Et mêle leur angoisse aux [Xîines de la terre.

Et le frisson terrestre au ciel se communi(îue, La lune est le témoin des langueurs de la terre Et son profil subtil a la pâleur unique Des grands visages anxieux et solilairea.

* Cette pièce et les suivantes, sans titres dans le volume^ sont tirées dn reeueU Le Livre de Margtterite (180'»).

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Aussi pour noire double et pareil désespoir, Qui 88 voit, comme un rêve, à lui-inèine attesté, Il est propice douloureusement ce soir, Ce domaine d'éternelle immobilité.

Et nous irons, parmi le nocturne d([*saslre, Pleurant sans fin le mal des houros accom[)lics, Promener, sous les yeux impassibles des aslres, Cette si chère et si vaine mélancolie.

(Là-bas fleurissent les fatales Digitales. Là-i)as dans la vallée en deuil, le vent du soir Verse sur les grandes tristesses végétales Les frissons de son invisible désespoir.)

Espérances.

Les Espérances, comme un essaim d'oiseaux blancs.

Elles ont salué les splendeurs aurorales

Du battement léger de leurs ailes d'opale.

Et montent vers le ciel comme un vol d*oiseaux blancs.

C'est, au loin, le babil infini de leur joie ! Ivres d'avoir tout bu l'or des rayons tremblants, Elles enchanteront l'éveil étincelant Du jour par le babil infini de leur joie.

L'universel enthousiasme épanoui De leur ascension permanente s'éploie Et la divinité du mystère flamboie Alentour leur enthousiasme épanoui.

Elle.

Vous souvient-il, fleurs déjà pâlies!

Des chers grands yeux qui vous ont choisies, Et de ces mains qui vous ont cueiliies Selon le gré de leurs fantaisies î

Vous souvient-il des gestes agiles Avec lesquels Elle organisait L'orgueil de vos pétales fragiles Dans un très vieux vase japonais?

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En venu ehoisinuit dans te pvterre Elle râvut an ddà de root.

Et ses yeox recelaient un niTStâre Infiniment merveillenz et donx.

An milieux de Tons.'flères et belles^ Elle avait la sonTeninetë Nécessairement surnaturelle De Sa réelle ingénuité. Ce Alt, d fleorst l'appuition, Parmi tm charmes Ùentdt défants.

Q'ane ime de pnre élection Et subtile comme ros parfums.

Maintenant que vons déQeorisseï Et mourez vers tos formes dernières, De vos rayonnements effacés Elle enrichit sa propre lumière.

<Euvie* d* Hathiu Hoihardt (Bibliotht'piB artJitiqua at lilUralr«, Miuur, Paria): Hinor rpo^ma) ; £■ ^ttri d* JVt>r0u«rif«. — Critiqua à codsoIIh : G«oi^

gEî Ri^iiatJ. Criiiiju» dt eambai (I89T).

Les poètes exotiques,

Noire idiome fraDgais, malgré les inconteslablea progrie qu'il a Taila dans cea deroièrea anaéea eo Europe et en Amérique, n'est plu* comme autrefois une sorle de langue oniTerselle, cependant il a coDserré encore, ailleurs qu'en Belgique et en Suisse, plusieurs centres de rayonnement tris actifs, soit dans les anciennes colonies rrançaises, sait dans les pays qui snbirent l'influence de la France et gardtnl le caltc de sa civilisation. Il existe un assez grand nombre de potles. en dehors des trois centres francophones que nous avoua étudias jusqu'ici. Ces écrivains français exotiques sont intéressants il cODuaitre; les uns sont potir nous des TrÈres séparés, les aulrea, des amia d'élection qnl ont la religion de notre langue i ne pas les menlioaner serait de l'ingratitude. Dans ee livre déjà si rempli, il noua est doux de faire une place aux deux plus grands

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