‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 20 sur 166 · CHARLES LOYSON · texte numérisé non relu

CHARLES LOYSON

Le lit de mort^

Cessez de me flatter d'une espérance vaine ; Cessez, 6 mes amis, de me cacher vos pleurs. La sentence est portée ; oui, ma mort est certaine, Et je ne vivrai plus bientôt que dans vos cœurs.

Pour la dernière fois, j'ai vu briller l'aurore ; Pour la dernière fois, ce beau soleil m'a lui. Votre ami, succombant au mal qui le dévore, Sur le déclin du jour va s'éteindre avec lui.

Mais demain, ({uand paré d'une splendeur nouvelle, Le soleil triomphant rentrera dans les cieux. Votre ami dormira dans la nuit éternelle, Et l'éclat du matin n'ouvrira plus ses yeux.

D<**jà tout s'obscurcit, tout s'elFace à ma vue. Tout m'échappe, entraîné par d'invisibles mains, El seule s'offre à moi cette roule inconnue Dont le terme se cache au regard des humains.

Eh bien ! ces noirs sentiers, ces régions obscures, Otte nuit du trépas n'étonnent point mon cœur. Vers le Dieu qui m'attend je lève des mains pures Ennemi du méchant, il est mon protecteur.

Pourquoi vous retracer à ma triste mémoire, Doux rêves dont mon cœur en vain fut occupé ? Et mes rêves d'amour et mes rêves de gloire, Tout fuit : toi seule, 6 mort, ne m'auras pas trompé.

Retour à la vie^.

Quelle faveur inespérée M'a rouvert les portes du jour ?

Quel secourable Dieu du ténébreux séjour Ramène mon ombre égîirée ?

1 Extrait des Epîtres et Elégies (1819). Malade et se sachant condamné, le poète écrivit ces vers touchants, comme un adieu qu'il pensait définitif.

■ Extrait des Epîtres et Elégies. Au moment oîi il croyait sa un prochaine, le jeune poète eut un répit; il reprit un peu courage et écrivit ces vers, od l'on sAut pourtant encore le frisson de la mort.

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Oui, j'avais cru sentir dans dos songes confus S'évanouir mon àme et défaillir ma vie; La cruelle douleur, par degrés assoupie, Paraissait s'éloigner de mes sens suspendus,

Et de ma pénible agonie î/es tourments jusqu'à moi déjà n'arrivaient plus. Que comme dans la nuit parvient à notre oreille Le murmure mourant de quelques sons lointains,

On comme ces fantômes vains Qu'un mélange indécis de sommeil et de veille Figure vaguement à nos yeux incertains.

Vous m'êtes échappés, secrets d'un autre monde,

Merveilles de crainte et d'espoir, Qu'au bout d'un océan d'obscurité profonde Siu" des bords inconnus je croyais entrevoir.

Tandis que mon œil vous contemple, L'avenir tout à coup a refermé son temple, Et dans la vie enfin je rentre avec effort. Mais nul impunément ne vit de tels mystères. Le jour me rend en vain ses clartés salutaires,

Je suis sous le sceau de la mort !

Marqué de sa terrible empreinte, Les vivants me verront conime un objet de deuil Vain reste du trépas, tel qu'une lampe éteinte

Qui fume encor près d'un cercueil.

Pourquoi me renvoyer vers ces rives fleuries Dont j'aurais tant voulu ne m'éloigner jamais? i^ourquoi me rapprocher de ces têtes chéries. Objet de tant d'amour et de tant de regrets ?

Hélas ! pour mon âme abattue

Tous lieux sont désormais pareils.

Je porte dans mon sein le poison qui me tue : Changerai-je de sort en changeant de soleils ? J'entends.. .. ma fin prochaine en sera moins amèrc ; Mes amis, il suffit : je suivrai vos conseils, Et je mourrai du moins dans les bras de ma mère.

Principales œuvres : Le Bonheur de Vétude, discours en vers et autres poésies (1817); Epîtres et Elégies (1819). — Critiques à consulter : Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. II ; I^ouveatM: lundis, t. XI ; Henri Potez, L'élégie en France avcmt le romantisme (1898).

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