BAUDELAIRE
Spleen * .
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris.
S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux.
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un afiFreux hurlement Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement,
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique. Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Le gouffre.
Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant.
— Hélas ! tout est abîme, — action, désir, rêve, Parole 1 et sur mon poil qui tout droit se relève Mainte fois de la Peur je sens passer le vent.
En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève, Le silence, l'espace affreux et captivant... Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.
J'ai peur du sommeil comme on a peur d'un grand trou. Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ; Je ne vois qu'infini par toutes les fenêtres,
?i et dans la pièce soivante, e'est le romantique maeabrf qui parle, hanté es sombres visions.