‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 76 sur 166 · JOSÉPHIN SOULARY · texte numérisé non relu

JOSÉPHIN SOULARY

Né et uiort à Lyon, 1815- lS9i.

On pourrait appeler Soulary : un paruassieu de province. Provincial il fut par sa vie qui s'écoula tout entière dans sa ville natale, provincial il fut par sa philosophie épicurienne un peu banale, provincial il fut par son art léj^èrement étriqué et d'une préciosité laborieuse. Les auteurs d'autliologie prisent beaucoup ce poêle secondaire : ils le font figurer dans leurs recueils de préf.'Tence à d'autres écrivains d'un talent bien plus remarquable. L'omettre ici serait une injustice, car il compte ; mais, en le citant, il n'est pas mauvais de le réduire à son exacte valeur, (^e sonnettiste, trop vanté, est plutôt un bon versificateur qu'un poète ; il manque d'inspiration et de chaleur; on sent en le lisant (lue jamais les vers n'ont jailli spontanément de son âme, qu'il s'est laborieusement appliqué à chercher des thèmes poétiques. Il en trouve qu(»l(iuefoi8 de très grands, malheureusement il les rapetisse. Plutôt patient que fort, tendre que touchant, précieux que distingué, il C(Moi<» généralement la vraie poésie, il y aborde quelquefois. Son style d'une ciselure travaillée n'a pas la trempe du Parnasse,

Là-bas ^

Dans mon ca'ur indolent, prompt à se dessécher Le souvenir d'hier laisse une trace à peine; Mais de ses bords lointains l'enfance me ramène Un souvenir dont rien ne peut me détacher.

* Extrait des Honneta (1847-1871), — Ce morceau et les suivants ont été choisis parmi les meilleurs du pot'te; ils ont donc un caractère de beauté un peu exceptiouuclle dans l'ensemble do sou œuvre.

JOSKPHI.V SOULARY 347

Paysage naïf, que j'aime à l'ébaucher ! Rends-moi ma sœur de lait, la brune Madeleine, Et tous nos biens à deux, boutons d*or dans la plaine. Nids chanteurs dans les bois, feux au coin du rocher;

Et son beau taureau blanc, et Néra ma génisse, Fiers lutins qui souvent, trompant notre œil novice. S'égaraient par les blés qu'avait dorés Juillet ;

Et ce calme enivrant des blondes nuits sans voiles Quand, sa main dans ma main, nous rêvions aux étoiles Sur le seuil de la ferme ou l'âtre pétillait.

Pigritia *.

Habits bas, mes amis, sur le bord du chemin Jetons ce qui nous pèse, et que notre œuvre avance î Ame et sol, creusons tout avec persévérance ; Dieu lui-même est au bout de chaque effort humain !

Aux uns Toutil pesant qui déchire la main ; Aux autres les jalons, signaux d'intelligence ; Qu'importe notre lot? Plus tard tout se compense; Ije maître a son secret qu'il nous dira demain.

Malheur à l'ouvrier qui faiblit sous la tâche 1

A son front, comme un plomb, l'hébétement s'attache,

Et son cœur se consume en des rêves mauvais.

Coureur poussif, il tombe au seuil de THespéride, Et voit fuir loin de lui TEspérance candide, Atalante aux pieds d'or qu'il n'atteindra jamais.

Les deux cortèges^.

Deux cortèges se sont rencontrés à l'église.

L'un est morne : — il conduit le cercueil d'un enfant;

Une femme le suit, presque folle, étouffant

Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.

' llxtrait des Sonnets. — Pigritia, en latin, paresse.

2 Extrait des Sonnets. — Voici le morceau le plus vanté de Soulary. Il no iiiau(iae pas de beauté. Le redoutable Jules Lemaltre s'est cependant donné le plaisir de le d<^pecer et d'en montrer les faiblesses. Entre autros choses : sapoi» trine en feu, le sanglot qui la brise, au bras qui le défend, le doux, sein qu'il épuise, sont des chevilles nettement caractérisées. On absout est une erreur de liturgie : dans les églises catholiques on ne donne pas l'absoute aux enterrements des petits enfants. Abside est également inexact et mis uniquement pour la rimu, car les ûdèles ne vont pas derrière l'autel pour un baptême.

348 CHRESTOMATUIE FRANHAISB

L'autre, c'est un baptême ! — au bras qui le défend Un nourrisson gazouille une note indécise ; Sa mère, lui tendant le doux sein qu'il épuise, L'embrasse tout entier d'un regard triomphant t

On baptise, on absout, et le temple se vide.

Les deux femmes, alors, se croisant sous l'abside,

Echangent un coup d'œil aussitôt détourné ;

Et — merveilleux retour qu'inspire la prière — La jeune mère pleure en regardant la bière, La femme qui pleurait sourit au nouveau-né t

Regrets éternels ^

Tout le long du chemin qui mène au cimetière, Il est d'affreux jardins où l'on dresse les fleurs A poser pour le deuil, où la Mort bouquetière Tient un assortiment de toutes les douleurs.

On y trouve à bas prix le Génie en prière. Les souvenirs d'époux tout constellés de pleurs. Les regrets fraternels entrelacés de lierre. Et les adieux d'amants rimes entre deux cœurs.

Un jour tu graviras pour moi ce chemin sombre,

— Un jour de Saint- Joseph, la fête de mon Ombre — Ne charge pas ces fleurs du poids de ton chagrin !

J'aime mieux une larme à ton cœur arrachée

— Dût-elle, sur ma pierre, être aussitôt séchée, — Qu'un emblème imposteur, — dût-il pleurer sans fin !

Atra cura*.

Fantôme qui reviens en tous lieux, à toute heure. Creuser de l'ongle un pli sur mon front abattu ; Qui, d*un souffle brutal, brises comme un fétu L'échafaud des projets dont mon esprit se leurre;

Dégoût dans les plaisirs, doute dans la vertu. Sourde gêne de l'être, angoisse intérieure, Hôte importun qu'on chasse et qui toujours demeure, Mystérieux tyran, Souci, qui donc es-tu f

* Extrait ded Sonnets.

* Extrait des Sonnets. — Atra cura, en latin, le noir louei.

ALBKKT MKllAT 049

— Dans le sommeil des sens je suis le sens qui veille, Le tintement sans fin qui fatigue l'oreille. L'oiseau noir qui s'abat sur le songe enchanté ;

Je suis le soubresaut du cœur, le cri du drame, Le sombre clocheteur qui, dans la nuit de Tâme, Passe, et, le long du temps, sonne TEternité 1

Œuwes poétiques àe Josej>h Soûl ar y (1838-1882). (Lemerre, éditeur, Paris) — Critiques à consulter : Jules Lemaître : Les Contemporains; Gh. Gidel, HiS' toire de la littérature française.

ALBERT MÉRAT

Né à Troyes en 1840.

C'est l'aquarelliste du Parnasse. Descripteur comme Gautier et ses disciples parnassiens, il a surtout peint de petits tableaux d'une fine tonalité et d'une élégance un peu froide . Son habileté technique est très grande. Il lui a manqué rélévation pour être un grand poète, mais il est un des premiers parnassiens secondaires et s'élève parfois jusqu'au grand art.

Clair de lune en rade^ \

La nuit avait semé ses nuages limpides Tout autour de la lune, astre rêveur et blanc, Qui, du ciel bleu foncé sur l'onde au pâle flanc, Semblait faire pleuvoir l'argent en jets fluides.

La voile, au long du mât, peudait pleine de rides Tant la brise était molle et le flot somnolent. Mes songes balancés au gré du bateau lent, Suivaient la vision des étoiles rapides.

En rade les vaisseaux dormaient, sans remuer ; El l'œil, comme en plein jour, voyait diminuer Ceux dont la course allait tenter l'horizon vaste.

C'était la nuit montrant, riante, ses atours : Et c'était, par la loi de l'étemel contraste. Le plaintif Océan qui sanglote toujours.

* Extrait des Chimères (1866).

348 CHRKSTOMATIIIK FRANÇAISB

L'autre, c'est un baptême ! — au bras qui le défend Un nourrisson gazouille une note indécise ; Sa mère, lui tendant le doux sein qu'il épuise, L'embrasse tout entier d'un regard triomphant l

On baptise, on absout, et le temple se vide.

Les deux femmes, alors, se croisant sous l'abside,

Echangent un coup d'œil aussitôt détourné;

Et — merveilleux retour qu'inspire la prière — La jeune mère pleure en regardant la bière, La femme qui pleurait sourit au non veau- né !

Regrets éternels ^

Tout le long du chemin qui mène au cimetière, Il est d'affreux jardins où l'on dresse les fleurs A poser pour le deuil, où la Mort bouquetière Tient un assortiment de toutes les douleurs.

On y trouve à bas prix le Génie en prière, Les souvenirs d'époux tout constellés de pleurs. Les regrets fraternels entrelacés de lierre. Et les adieux d'amants rimes entre deux cœurs.

Un jour tu graviras pour moi ce chemin sombre,

— Un jour de Saint-Joseph, la fête de mon Ombre — Ne charge pas ces fleurs du poids de ton chagrin t

J'aime mieux une larme à ton cœur arrachée

— Dût-elle, sur ma pierre, être aussitôt séchée, — Qu'un emblème imposteur, — dût-il pleurer sans fin !

Atra cura^.

Fantôme qui reviens en tous lieux, à toute heure, Creuser de l'ongle un pli sur mon front abattu ; Qui, d'un souffle brutal, brises comme un fétu L'échafaud des projets dont mon esprit se leurre;

Dégoût dans les plaisirs, doute dans la vertu, Sourde gêne de l'être, angoisse intérieure. Hôte importun qu'on chasse et qui toujours demeure, Mystérieux tyran. Souci, qui donc es-tu f

• Extrait dea Sonnets.

* Extrait des Sonnets. — Atra cura, en latin, le noir souci.

ALBKRT MKHAT 3*9

— Dans le sommeil des sens je suis le sens qui veille, Le tintement sans fin qui fatigue l'oreille. L'oiseau noir qui s'abat sur le songe enchanté ;

Je suis le soubresaut du cœur, le cri du drame, Le sombre clocheteur qui, dans la nuit de l'âme, Passe, et, le long du temps, sonne l'Eternité l

Œuwes poétiques àe Joseph Soulary (1838-1882). (Lemerre, éditeur, Paris) — Critiques à consulter : Jules Lemaître : L^s Contemporain»; Gh. Gidel, Histoire de la littércUure française.

ALBERT MÉRAT

Né à Troyes en 1840.

C'est l'aquarelliste du Parnasse. Descripteur comme Gautier et ses disciples parnassiens, il a surtout peint de petits tableaux d'une fine tonalité et d'une élégance un peu froide. Son habileté technique est très grande. Il lui a manqué l'élévation pour être un grand poète, mais il est un des premiers parnassiens secondaires et s'élève parfois jusqu'au grand art.

Clair de lune en rade K \

La nuit avait semé ses nuages limpides Tout autour de la lune, astre rêveur et blMic, Qui, du ciel bleu foncé sur l'onde au pâle flanc, Semblait faire pleuvoir l'argent en jets fluides.

La voile, au long du mât, pendait pleine de rides Tant la brise était molle et le flot somnolent. Mes songes balancés au gré du bateau lent. Suivaient la vision des étoiles rapides.

En rade les vaisseaux dormaient, sans remuer ; Et l'œil, comme en plein jour, voyait diminuer Ceux dont la course allait tenter l'horizon vaste.

C'était la nuit montrant, riante, ses atours : Et c'était, par la loi de l'éternel contraste. Le plaintif Océan qui sanglote toujours.

* Extrait des Chimères (1866).

JDU CHRESTOMATHIE FRANC AISB

La cathédrale ^

La haute cathédrale est grise, presque noire,

Et découpe un prolil austère sur les cieux.

Une voix vague sort des hlocs silencieux :

Dans leur langue gothique ils nous disent de croire.

C'est le reflet, et c'est la vivante mémoire Des âges d'autrefois sauvages et pieux.

On sent qu'en ce grand corps est l'ànie des aïeux, Et cela vous émeut comme une vieille histoire.

Avez-vous remarqué cette forme des tours, Qui montent et qui vont diminuant toujours, Pour porter le plus haut possible la prière ?

Que vous croyiez ou non, vous ne souriez pas De voir ces murs géants, semblables à des bras, Tendre vers le Seigneur leurs sombres mains de pierre.

La Gène ^^.

Sur le mur décrépit du cloître ancien et froid,

A droite, dans le fond de la salle où l'on croit

Sentir l'horreur des lieux où reviennent des ombres,

Voilée, et recevant des vitres toujours sombres

Le peu de jour qui sied à la paix des tombeaux,

Une pointure encor fière, presque en lambeaux,

Se dresse; on ne voit (ju'elle en entrant : c'est la Cène.

La couleur, le contour y subsistent à peine,

Et l'on tressaille ainsi qu'en approchant un mort.

Comme tout ce que l'art ou la vie a fait fort,

L'œuvre sainte a soulier t des choses et des hommes.

Le temps n'est pas un faible ennemi; mais nous sommes

Plus cruels, et l'alfront de nos mains est plus lourd.

L'àge^ déjà mauvais, l'ayant d'un travail sourd

Trop peu blessée au gré de leur sauvagerie,

Les moines l'ont souillée et les soldats meurtrie.

• Extrait des Chimères. — Il s'agit ici de la célèbre cathédrale de Rouen, l'aiiv

(les jtlus belles de la chrétient»^.

« Extrait des Tableaux de voyage dans Les Chimères. — Il s'agit ici de la léK'bre fresque de Léonard de Vinci à Milan.

ALnKHï NfKHAF 351

D'un même accord ils ont trouvé dans leurs cerveaux.

Les soldats, d'allacher à ce mur leurs chevaux,

Et les religieux «{u'iin saint zèle transporte,

Pouvant ia faire ailleurs, de percer une porte

Juste au milieu, trouant le Christ tendre et divin.

Un pareil attentat, hélas l ne fut pas vain ;

Et la nature aussi, complice de nos crimes,

N*a guère respecté les convives sublimes.

L'eau, filtrant à travers l'inutile épaisseur

Des murs sur la beauté des fronts pleins de douceur.

Aux plus purs, sans raison, a mis des plis farouches.

Une tache a faussé l'expression des bouches.

Puis les restaurateurs à leur tour ont osé

Sur l'œuvre où le pinceau du maître s'est posé,

0 misère, porter leur main comme une insulte.

Tout profané qu'il est, l'autel garde son culte,

Et l'âme y voit le Dieu, reconnaissable ou non.

Mais tandis que le marbre. Hercule ou Parthénon,

Ruiné, mutilé, debout ou dans la terre,

Gardien sûr de la forme et de la ligne austère,

Sous le sol ténébreux ou le ciel baigné d'or.

Conserve sa couleur harmonieuse encor.

Et n'a pour retoucher sa vieillesse superbe

Que le travail exquis des lierres et de l'herbe

Dont la caresse effleure à peine sa beauté,

La Cène dans un coin tombe de vétusté.

Pourtant, lorsque devant la tristesse imprévue

Du tableau l'intérêt accoutume la vue.

Alors, malgré le vague effroi religieux

Qu'on a de voir ces bras mutilés, et ces yeux

Dont la prunelle pâle et creuse vous regarde

Et vous poursuit d'un air si poignant qu'il vous tarde

Ainsi que d'un malheur d'en être détourné,

Le maître impérieux vous retient dominé.

L'œuvre était si parfaite, et dans son harmonie

Si claire transparaît la pensée infinie.

Que l'on retrouve encor le miracle effacé ;

Et, comme on reconstruit les choses du passé

Sur un trait que saisit notre âme ingénieuse,

La peinture revit entière et radieuse.

3oJ CHRESTOMATHIE FRANT.AISR

Et c'est d'abord Jésus, la douleur calme an front, Les yeux baissés, portant sans so plaindre Taffront De la vengeance noire et de l'amitié pire, Qui laisse et ne voit pas ses apôtres lui dire, ♦ Le regard appuyant leurs gestes chaleureux, Qu'ils ont le cœur toujours fidèle, et que pour eux C'est une chose amère et dure que ce doute l Simon, rude pêcheur, sans l'oser croire, écoute Mathieu montrant du doigt Judas sombre et moijueur. Philippe, le plus jeune, a les mains sur son cœur. Pierre indiun»'' se lève et désigne le traître. Qui s'étonne et qui semhle en appeler au maître. Mais celui-ci, sachant toute la vérité, Qu'un ami Ta trahi, que les Juifs ont compté Ses jours, l'œil déjà plein des luttes du calvaire, N'ayant point de courroux, n'a pas de mot sévère, Et, sublime rêveur, seul au milieu de tous. Conserve son visage impénétrable et doux.

0 Vinci ! quand ta main peignait l'histoire anière,

Tu n'as pas loin de toi poursuivi la chimère

Du beau hors de la vie et de la vérité ;

Tes regards siniplement s'ouvraient à la beauté

Sans séi)arer le corps harmonieux de l'àme.

S'il t'a fallu l'amour pour créer cette femme

Ailorable, où l'esprit raille et dément la chair;

Si Jésus, plus souvent, conmie un sujet plus cher,

T'apparalt agitant sa chevelure blondp,

L'art surtout et la vie avai»Mit ta loi i)rofondel

Kn ce temps-là le culte était celui du beau.

Quel temps! Le monde ancien réveillé du tombeau,

Avide, et comme au seuil d'une aurore première,

Semblait de l'idéal aspirer la lumière

Et rai)peler des mains, des yeux et de la voix.

Poète, sculpteur, peintre, architecte à la fuis,

Michel-Ange sentait le monde en sa poitrine.

Raphaél copiait sa belle Fornarine.

Dans les cloîtres le sang contenu s'exaltait;

Le talent arrivait à l'extase, et c'était

Fra Bartolomeo traduisant l'Evangile.

]jQ Corrège, anssi doux, continuait Virgile.

HagQiftqae ouvrier chez un patricieD,

Giorgiono i Venise aidait le Titien.

Ces hommes, d'une soif que rien ne rassasie.

Faillirent épuiser toute \a pij^sie.

Leur trépas éteignit tous tes siècles suivanls.

Ils vivaient recueillis, candides et savant».

Ciselant des sonnets, sculplant des cathi^lrales ;

Tandis qu'avec des cris féroces et des râles,

Ponr hilter la ruine et l'asservissement,

Les naissantes cités s'(''gorgeaient tristement.

Les vagues*.

Vous êtes la beauté. Vers la pure louie

C'est de TOUS que naijuit Vénus au temps des dieux.

Et voas avez formé son corps victorieux

De votre onde mobile à la lumière unie.

C'est vous, près des vaisseaux, qui faisiez l'Iiarnionie

Ues sirânes charmant les Grecs mél(>dicux.

Et reflétiez l'clTroi des grands temples pieux

De Suuiuui aux bois sacrés de l'Ausonie.

Itien que l'âge ait passé des vieux mythes charmants

Et qu'au sein de vos Dots soulevés ou dormants

La raison ait tué la chimère sacrée.

Au foud de votre abîme impénétrable et bleu

L'âme malgré soi cherche et regarde, attirée,

Si dans cet autre ciel on ne verrait pas Dieu.

Paysage toscan^.

Coleanx fins aux grands cyprès noirs, Pour faire vos gammes exquises Vdus n'aves pas besoin des soirs Ni des aurores indédses.

Dans les claires heures du jour.

Vous dressez, couronné de vignes.

Vers le ciel tendre avec amour.

Votre front grec aux belles ligues.

J04 CHRESTOMATUIE FHANCAISK

Sereins et purs, point élevés, Votre harmonie où l*azur flotte Déroule les tons gris perlés Dont l'olivier donne la note.

Clair frisson frais des murs rosés l Parmi les fleurs pleines d'abeilles Vibrent ainsi que des baisers Des lueurs frêles et vermeilles.

L*église de San Miniato, Pierres moitié noires et blanches, Crève, lumineuse, un manteau D'aiguilles de pins et de branches.

L'Arno, comme teinté de sang, Du sang d'une éternelle aurore, Va sous vos pieds, souple, glissant Vers le couchant qui se colore.

Fermant Thorizon comme un mur, Les montagnes ensoleillées Donnent l'accord du rythme pur Aux grandes strophes réveillées.

Po^»t>3 d'Albert Mérat (1866-1873); Vers le soir (1900). (Lemerre, éditeur, Paris.)

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