ANDRE THEURIET
Xé à Marly-le-Roi en 1833.
L'école parnassienne corapte un certain nombre de poètes rustiques (\m se sont plu à chanter les forêts et les champs de leurs provinces natales. Dans ce groupe, André Theuriet est certainement le plus orij^inal et le plus sincère. Elevé lui-même à Tombre des grands bois de la Meuse, il a gardé de sa première enfance des souvenirs profonds et attendris de vie campagnarde qu'il a très bien exprimés dans ses vers. Un frais parfum de fouillée priiitanière sort de ses belles idylles, pleines il».' chants d'oiseaux, de joyeux murmures aériens etquelquefois de tristesses profondes. Theuriet est le Théocrite de la France. C'est là sa plus grande orii^inalité, mais il a d'autres cordes à sa lyre ; il sait aussi chanter les sentiments de l'âme avec une délicatesse et une douceur qui n'excluent pas la force.
ANDUK THEURIET 355
La plainte du bûcheron*.
Dodo, Tenfanl do ! — La forêt sommeille ;
Assis près d'un feu clair et réchauffant,
Un vieux bûcheron endort un enfant.
L'enfant a l'œil bleu, la lèvre vermeille ;
Le vieux est courbé, ridé, grisonnant...
« Dors, mon doux mignon, la forêt sommeille.
Dors, le plus beau temps est Page où l'on dort I »
Une étoile luit, un vent léger passe.
L'aïeul se souvient qu'à la même place
Il berça le père :.. « Ah ! d'un meilleur sort
Que Dieu, cher enfant, te fasse la grâce !
Dors, le plus beau temps est l'âge où l'on dort.
Ton père était beau comme un jeune chêne ; Souple, agile et prompt comme un écureuil ; Il avait la voix claire du bouvreuil.
Lorsque la saison d'amour est prochaine ; La force et l'ardeur brillaient dans son œil. Ton père était beau comme un jeune chêne.
Bien qu'il n'eût ni champ, ni toit, ni denier, Plus d'un laboureur l'eût voulu pour gendre. Il aimait ailleurs, il s'en alla prendre — Dodo, l'enfant dol — chez un charbonnier, Une belle enfant pauvre, fîère et tendre. Bien qu'il n'eût ni champ, ni toit, ni denier.
Gomme le vin vieux l'amour nous enivre... ~ C'était au printemps ; dans les chemins creux Les pommiers neigeaient sur les amoureux. Mais avec l'hiver, la pluie et le givre, La misère vint s'abattre sur eux...
Gomme le vin vieux l'amour nous enivre.
Quand tu vins au monde, 6 cher orphelin l Les murs étaient nus, la huche était vide ; Ta mère pressait sa mamelle aride ; Tu pleurais... Que faire? Où trouver du pain ?
Extrait du recueil Le chemin des bots (1860).
35b CHRESTOMATUIB FRANQAISB
Les mars étaient nus, la huche était vide, Quand tu vins au monde, 6 cher orphelin !
Ton père partit avec sa cognée...
— Dodo, Tenfant do 1 — - « Du pain ! Dans les bob, J'en saurai trouver, dit-il, pour vous trois. Grands chênes, fayards, futaie épargnée, Tombez en dépit du garde et des lois 1 »
Ton père partit avec sa cognée.
Mais un jour le deuil emplit la maison : Le garde accourut, tremblant de colère,
— Dors, mon doux mignon ! — et Ton prit ton père. Aux gens de justice il criait : « Pardon !
L'enfant meurt de faim, l'enfant et la mèrel i Ce jour-là le deuil emplit la maison.
Ton père en prison est mort à la peine; Hier on a mis ta mère au cercueil.
Nous voilà tous deux restés sur le seuil, Moi le tronc brisé, toi le gland du chône. Où chercher asile, où trouver accueil ? Ton père en prison est mort à la peine. 9
— Dodo ! l'enfant dort mollement bercé. Au-dessus du bois la lune se lève ;
Le vieux tremble et pleure, nu sanglot soulève El fait soupirer son sein oppressé ; Ses pleurs vont tomber sur l'enfant qui rêve, Sur l'enfant qui dort mollement bercé.
L'assemblée ^
Vielles et cornemuse en chœur Retentissent dans la vallée.
Le vent porte sur la hauteur Les joyeux bruits de Vassemblée '.
On ne voit par les sentiers verts Que fillettes aux coiffes blanches Et garçons rayonnants et fiers Dans leurs habits des dimanches.
* Extrait du rpcneil Le Chemin des bois.
* Fête de village eu Toaraine, où l'on vieut loaer des domestignes.
ANDRÉ THRURIET 357
On danse à Tabri des tilleuls^ En face de la vieille église :
a En avant! les cavaliers seuls! »
Crie un vielleur à barbe grise ; Et, tandis que sur les tréteaux L'orchestre s'essouffle et s'enroue, La contredanse sans repos Se dénoue et se renoue.
Une auberge sous les noyers Se dresse, bourdonnante et pleine.
Là sont venus les métayers Louer pâtres et gens de peine.
A flots coule le vin vermeil.
Le meilleur vin de l'hôtelière ; On voit scintiller au soleil Des rubis dans chaque verre.
Les gars qui veulent se gager Pour la saison ou pour l'année, Vigneron, faucheur ou berger, Moissonneur, homme de journée, Passent tous, souriants et forts, Devant la porte au large ouverte ; Tous à leurs feutres aux grands bords Ont mis une branche verte.
Cet emblème parie pour eux ; Il dit, ce frais brin de feuillage :
u Voyez, j'ai des bras vigoureux, Je suis plein de cœur à l'ouvrage.
J'ai quitté mon toit ce matin ; Ma mère, avec une caresse. Ma mère m'a mis dans la main Un écu, mince richesse.
« Maintenant qui veut me nourrir?
Qui veut me prendre en sa demeure ?
Je fais serment de le servir
Le jour et la nuit, à toute heure.
J'irai surveiller ses pastours
Et battre son blé dans la grange;
358 CHftinoMATiiiE nijk5~3isx
Je ferai ses foins, se« Ufaoars, Sa moUâ*)o et sa Teoiiaii^... ■
Pais. -[xiMïd les i?a«res sont donn^.
Ds s'en reTienneiit à la daoir.
Sonnez, comemoâes. s<oiinez :
Toi. vieliear. mar^oe la cadence*.
Avec leur danseuse an oMr.
Ils tooment et saaterit sans cesse ; 0 dernier jour de tifcertr.
On te boit arec ivresse !
Aojoard^hni c'est l'air impr^^né D'âmonr, l'air oaUl dn viila^'e; Mais demain c'est le pain ^'agné A la sneoT de son visage .
Ce soir encor. tout est plaisir :
Mais demain il faudra coanaitre L'escalier si roi de â jj.Tavir.
Le dnr escalier dn maître !
Après la guerre *.
Les mois san^'laats, les sombres mois Sont passés ; Fantomae embaumée Est de retour, et dans nos Lois Nous revenons, ma bien-aimée.
Entre les rameanx verts encor Rit un ciel donx comme la soie.
Et dans de chaudes vapeurs d'or Le cotean de Sè>Tes se noie.
Par la mousse hnmide assourdis, Nos pas glissent sous les rainures, Et dans l'herbe, comme jadis.
Nous glanons des châtaignes mûres.
Tout nous charme et nous réjouit ; Les bouleaux, les fils de la Vierge, Le chardon qui s'épanouit.
Svelte et flâmlK)yant comme un cierge.
Extrait du recueil Le 6/«u et U noir (1874).
ANDRÉ THEURIET 3o9
Ce bois, par l'olius respecté, Ce léger feuillage qui tremble, Nous savourons la volupté De nous y retrouver ensemble.
0 bonheur, pénétrant et doux, De se serrer l'un près de l'autre, Et de se dire : « C'est bien nous ; Ce chemin creux, c'est bien le nôtre!
« C'est là qu'en mars nous venions voir S'ouvrir les anémones blanches ; C'est ici que luisaient, le soir.
Les étoiles parmi les branches... »
Mais tandis que nous triomphons, Ivres d'une extase égoïste, Le jour baisse, les bois profonds Se voilent d'une brume triste.
Le vent d'automne sur l'étang Fait frémir les joncs et les prêles. Et dans l'ombre grise on entend Comme un sourd frissonnement d'ailes.
Bruit étrange ! . . . Est-ce au vent du nord Une feuille sèche qui lombe, Ou la plainte d'un soldat mort, Héros obscur, martyr sans tombe?...
Ce murmure, lent comme un glas, Et voilé comme un deuil de veuve.
Semble dire : « N'oubliez pas, Vous qui survivez à l'épreuve 1
a N'allez pas croire tout sauvé.
Dès que les cieux sont pacifiques; Votre péché n'est pas lavé Dans le sang des morts héroïques.
« En tombant, les morts ont payé Leur part des communes faiblesses; Mais vous n*avez rien expié, Vous, complices des jours d'ivresses.
360 GURESTOMATHIK FRAMÇAISK
« Sou venez- vous!... De Taube au soir, Et de rhiver sombre à Tautonme, Que leur spectre, vêtu de noir.
Vous harcèle et vous aiguillonne.
« Sur leur ossuaire jauni Fai tes pousser une semence Meilleure... Leur œuvre est fini, 0 vivants, le vôtre commence ! »
Automne*.
Dans la grande forêt de pourpre et d'or vôtup, La chanson des oiseaux en septembre s*est tue. Une musique ailée y vibre encor pourtant. Comme un gr«^sil léger sur le sol, on entend Des chutes de glands mûrs, d'alises et de faines. Les feuilles des bouloaux, ainsi que des phalènes, S'envolent de la branche et frissonnent daws l'air, Laissant voir parmi leur éparpillemenl clair De pâles coins d'azur et des fuites d'allées Sombres, que çà et là traversent des coulées De soleil bondissant. — Et c'est un chant très doux, Pareil en sa mollesse aux caressants remous D'une vague endormie et qui meurt sur le sable ; — Un chant mélancolique et berceur, tout semblable Au murmure voilé que font les jours défunts. Effeuillant en nos cœurs les fragiles parfums Séchés du souvenir...
Fantômes chers encore, Souvenirs d'autrefois que le lointain décore. Oui, l'automne est pour vous la saison des réveils. Vous aimez la langueur de ses tièdes soleils, Les reflets mordorés des eaux ensommeillées Et l'échevèlement des tombantes feuillées...
0 ma payse, viens, toi dont la blanche main M'accompagna fidèle à travers le chemin Bon ou mauvais, joyeux ou triste de la vie ! Viens; reprenons la route au temps jadis suivie.
< Extrait de Jardin d'automne (1894) .
ANDRÉ TIIELRIKT 361
Dans les sentiers rouilles, le sourd bruissement Des feuilles où nos pieds s'enfoncent un moment, Et la sauvage odeur des fougères fanées, Evoqueront pour nous les heures fortunées Et les effusions exquises d'autrefois.
Ecoute !... Tout là-bas, la pacifique voix D'un clocher de village, avec le crépuscule, Monte dans Tair humide et sur les bois circule ; Et ce lent carillon sonore, qui s'enfuit Comme s'en sont allés dans la brumeuse nuit Du passé les désirs, les regrets et la peine, Met en nous une joie attendrie et sereine.
La vie humaine, même à l'approche du soir,
A sa tranquille fête et son vert reposoir.
Ainsi que la forêt féconde, elle nous donne
Le féerique décor et les fruits de l'automne,
Et comme s'attiédit la terre sous la feuille,
Sous l'amas des pensers notre âme se recueille.
Si notre sang, pareil à l'onde des étangs.
Ne connaît plus les fiers orages du printemps,
La tendresse est restée en nous fervente et vraie.
Vois dans le clair-obscur de la haute futaie
Ces femmes qui s'en vont au pied des châtaigniers
Ramasser la châtaigne éparse, à pleins paniers.
Nous aussi, nous avons cueilli des fruits en route;
Il est temps désormais que notre bouche en goûte
La fondante saveur et la maturité.
Enthousiasme, élans du cœur vers la bonté,
Emotions que l'Art et la beauté des choses
Laissent dans notre esprit comme un parfum de roses;
Ces communs souvenirs, récoltés à nous deux.
Ravivent notre amour, comme là-bas les feux
De bruyère, allumés aux clairières prochaines,
Réchauffent les doigts gourds des vieux coupeurs de chênes.
Déjà l'ombre sous bois s'épaissit, mais les fûts Elancés des grands pins et des hêtres touffus Dans le soleil encor baignent leur cime haute ; Ainsi notre tendresse : au sommet de la côte.
3Ô2 CHRBSTOMATHŒ FRANÇAISE
Une rose lueur Tilluinine toujours.
Viens, môme quand le soir la drape de velours,
La forôt reste belle en sa forme voilée.
Mets ton bras sur le mien et gagnons la vallée
Où dans les étangs clairs se mirent les bouleaux.
Un long vol de pluviers s*élève sur les eaux,
Tournoie et puis retombe, avec un sourd bruit d*ailes,
Dans la calme fraîcheur des roseaux et des prèles.
La nuit tombe avec eux, mais du fond des halliers
Oii la feuille s*entasse et craque sous nos pieds,
Nous entendons^^ncor les glands mûrs et les faînes
Glioir sur le sol pierreux et sur Teau des fontaines,
Avec ce bruit léger de grêle ou de grésil
Qui nous parle des jours lointains de notre avril.
Et tandis que nos bras resserrent leur étreinte.
Nous écoutons, rêveurs, un angélus qui tinte
Très loin, dans le clocher d'un village endormi,
Et dont la sonnerie argentine, parmi
Les taillis imprégnés d*automnales bruines.
Eveille en nous l'écho des saisons enfantines.
Carillons de Noèl^
Le vieux sonneur monte au clocher, Jus(iu'aux meurtrières Ix'^antes Où les corneilles vont nicher.
Et, chétif, il vient se percher Au milieu des poutres géantes.
Dans les ténèbres où ne luit Qu'un falot pendant aux solives, 11 s'agite et mène grand bruit Pour mettre en danse cette nuit Les battants des cloches massives.
Joyeuses, avec un son clair, Les voix des cloches, par le faîte Des lucarnes, s'en vont dans l'air Sur les ailes du vent d'hiver.
Gomme des messagers de fête.
* Extrait de Jardin d'automne.
AN'DRK THEITRIET 363
No'él ! Noël !... Sur les hameaux Où les gens rentrent à la brune ; Sur les bois noirs et sur les eaux Où tout un peuple de roseaux Frissonne au lever de la lune;
Noël 1... Sur la ferme là- bas, Dont la vitre rouge (''lincelle, Sur la grand'route où, seul et las, Le voyageur double le pas ; Partout court la bonne nouvelle. ..
Oh ! ces carillons argentins Dans les campagnes assombries, Quels souvenirs doux et lointains, Quels beaux soirs et quels doux matins Itessusciteut leurs sonneries!
Jadis ils me versaient au cœur Une allégresse chaude et tendre; J'ai beau vieillir et passer fleur, Je retrouve joie et vigueur, Aujourd'hui, rien qu'à les entendre...
Et cette musique de l'air.
Cette gailé sonore et pleine.
Ce chœur mélodieux et clair Qui s'en va dans la nuit d'hiver Ensoleiller toute la plaine.
C'est l'œuvre de ce vieux sonuenr Qui, dans son clocher solitaire, Fait tomber, ainsi qu'un vanneur.
Cette semence de bonheur Sur tous les enfants de la terre.
Le blé^
Le grain des dernières semailles
S'agite obscur dans les entrailles
Des profonds labours ;
Extrait de Jardin d'automne.
,104 CHRESTOUATHIE FRANÇAISE
La terre maternelle enferme La frêle semence qui germe Pendant de longs jours.
Le blé sort en herbe. La neige Contre les froids noirs le protège ;
Puis du blanc tapis Avril fond les derniers vestiges, Et Ton sent déjà dans les tiges
Grossir les épis.
En mai tout part : le vent promène Sa molle et caressante haleine
Sur les blés nouveaux ; Il mêle à leur nappe mouvante L'azur des bleuets et l'ardente
Rougeur des pavots.
Sous le grand soleil qui brasille^ Voici messidor : la faucille
Fait son dur labeur ; On met en meule, on bat en grange, Et le grain lourd sort sans mélange
Des mains du vanneur.
Moulins ailés où le vent joue, Moulins dont l'eau pousse la roue,
Tournez jusqu'au soir !
Tournez!... que la fleur de farine Tombe pure, neigeuse et fine
Des trous du blutoir.
Maintenant, d'une main pieuse.
Dans les flancs de la huche creuse
Pétrissons le pain.
Et chantons le blé pacifique Qui nourrit depuis l'âge antique
Tout le genre humain.
Promenade sur Teau^
Les saules frissonnent. La lune Argenté la rivière brune
* Extrait de Jardin d'automne.
ANI)I{F. THKIinKÏ 365
Du reflet de ses bleus regards ; La barque sous les hautes branches Glisse à travers les roses blanches Des nénuphars.
Parmi les feuilhvges dissoute, La fraîcheur du soir, goutte à goulte, Répand des pleurs mystérieux, Et leur chute dans Teau qui tremble Nous berce avec uu chant qui semble Tomber des cieux...
0 mes amis, la nuit sereine !
Riez, mais qu'on entende à peine Vos rires... Ne réveillez pas La réalité douloureuse Qui dans une ombre vaporeuse S'endort là-bas !...
Chantez î... Sous la voûte qui pleure, Les yeux mi-clos, oubliant l'heure, Je vais rêver au lil de l'eau.
Comme un enfant ijue sa nourrice Cûline, alin ({u'il s'assoupisse Dans son berceau...
Œuvres poétiques à lire de Theuriet (Lcmerre, éditeur, Paris) : Le chemin i« bois (18(30) ; Le Bleu et le Noir (1874) ; Le livre de la payse (1882) ; Jardin jutomne (1894). Pour ses œuvres en prose, voir le volume Iw de cotte Chresmalfiie. — Critiques à consulter : Jules Tellier, Nos poètes (1888) ; Paul )urget, Discours de réception à l'Académie^ 9 décembre 1897 ; Qaeton Desamps, La vie et les livres (1898); Ch. Gidel, Histoire de la littérature franise (1898j; Ueary Michel, Le quarantième fauteuil (1888); (6. Pellissier, Le ouvement littéraire contemporain (1991).
Jbb CHRESTOMATHIE FKANCAISB
Les derniers parnassiens.
L'école parnassienne, comme le romantisme, a laissé en mourant des héritiers. Apres 1870, au moment où le symbolisme s'élabore, un certain nombre de nouveaux poètes restent en dehors de ce mouvement littéraire ; ils continuent les traditions du ParnassCj tout en essayant de les rajeunir par des idées nonvelles. Chez tous on sent l'influence des grands maîtres, en particulier de Leconte de Lisle et de Sully Prudhomme; mais cette influence est limitée. Il y a chez ces nouveaux-venus une originalité incontestable, qui les rend dignes de figurer à côté de leurs illustres prédécesseurs.
JEAN LAIIOR (docteur henri cazalis)
Né à Cormeiîles-en Pariais en i840.
Un savant doublô d*un philosophe qui a encore trouvé le moyen 'Vètr»' un ^^rand poète : tel est l'homme remarquable connu sous le pseudonyme de Jean Lahor. Penseur et érudit, il a beaucoup voyagé, i)(>aucoup vu et beaucoup lu ; il a rapporté de ses voyages à travers los pays et les idées une phih^sophie hardie, très profonde, mais sin- •jruliôrement désenchantée. Boudhiste convaincu, il croit que ce monde est une illusion ; très sincèrement il aspire au nirvftna, à Tanéantissement suprême. En attendant, il accepte la vie avec l'âme hautaine d'un stoïcien héroïque qui met sa fierté à lutter et à faire le bien sans espoir, par pur principe métaphysique. Disciple de Ijcconte de Lisle, Jean Lahor se rattache à l'école parnassienne par sa prédilection pour les grands thèmes objectifs; il en diffère par un lyrisme philosophique très personnel qui est un des traits les plus curieux de sa nature «''prise de beauté, malgré son nihilisme boudhique. En quelques lignes, Anatole France a parfaitement caractérisé le mérite de ce grand écrivain : « Ce qu'il y a d'admirable, dit-il, dans les poèmes de Jean Lahor, c'est la transformation spontanée de la substance intellectuelle en matière poétique. Une idée philosophique le frappe, aussitôt, il l'anime, la colore, la passionne, la revêt d'une robe étincelante. »