‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 78 sur 166 · JEAN LAHOR · texte numérisé non relu

JEAN LAHOR

La bénédiction du mariage persane

Soyez grands, soyez forts, soyez victorieux ; Soyez aimants, marchez des flammes dans les yeux. Soleil, Dieu des clartés, Dieu bon qui les pénètres, Verse-leur ton amour brûlant pour tous les êtres.

— Comme le Ciel bénit la Terre nuit et jour, Homme, sur cette femme épanche ton amour ;

0 femme, quand sa main entr'ouvrira tes voiles. Qu'il trouve en toi la paix sereine des étoiles. La vie est un tragique et sublime combat : AfFrontez-la d'un cœur vaillant que rien n'abat. Soyez purs de pensée et purs en vos paroles ; Pour que vos actions ne soient vaines ni folles, Craignez déjà les yeux futurs de vos enfants. A travers les douleurs avancez triomphants, Imitez les héros de Tépoque première.

Luttez pour la justice et la sainte lumière, Chassez le mal, chassez la nuit, semez le bien, Resserrez toujours plus l'infrangible lien Dont j'unis à jamais vos deux cœurs dans la vie. Chaque soir, admirez l'assemblée infinie Des astres, et songez, en les voyant si beaux. Qu'il vous faut être ainsi d'étincelants flambeaux.

— Au nom d'Ormuzd, je vous bénis, vivez prospères, Et transmettez la gloire et le sang de vos pères.

Sicut Dei^.

Va toujours au plus grand, au plus noble, au plus beau ;

Que tes pensers sublimes, Jusqu'à l'heure où ton corps ira dans le tombeau,

N'habitent que les cimes l

Fais mépris de ta vie, et le jour où la mort

Menacera ta tête.

Demeure sans pâlir ; prends plaisir, étant fort.

Aux bruits de la tempête.

Ce morceau et les suivants sont extraits du recueil intitulé L'Ulusion, oii se uvent réunis les vers que le poète a publiés de 1866 à 1893.

Comme les dieux.

368 CHRH<iTOMATHIK FHANr.AFSB

Abreuve-loi d'éther, et, l*esprit rajeuni,

Ouvre arderniiient les ailes :

Sois libre, et dans ton âme appelle l'infini

Des forces éternelles,

Le vent de l'infini, les brises de l'été,

Et ces chaleurs fécondes De l'amour, qui remplit d'azur l'immensité,

Et qui porte les mondes 1

Et sois poète alors, et fais couler ton cœur

En des Ilots d'harmonie, Et connue un feu puissant, connue un torrent vainqueur.

Epanche ton génie !

Pour garder l'idéal et garder tes amours

En ton âme obstinée.

Ne crains pas les douleurs, la lutte tous les jours

Contre la desUm'^e.

Souviens-toi des héros, et mets devant tes yeux

Leur noblesse première ; Imite-les, aspire à ressembler aux Dieux,

Que revêt la lumière ;

Et vis toujours ainsi, calme, dans les liauteurs,

L'âme sereine et pure, T'enivrant des clartés, des chants et des senteurs

De rimmcnse Nature!

Brahm ^

Je suis l'Ancien, je suis le Mâle et la Femelle, L'Océan d'où tout sort, oti tout rentre et se môle ; Je suis le Dieu sans nom, aux visages divers ; Je suis rillusion qui trouble l'univers. Mou âme illimitée est le palais des êtres; Je suis l'antique Aïeul qui n'a pas eu d'ancêtres. Dans mon rêve éternel llottent sans fin les cieux; Je vois naître en mon sein et mourir tous les Dieux.

* Ce morceau est extrait de lu partie de l'Illusion iutituléc : ChanU panthéisteê. — Le foud de la pLiloso[>hie hiudoue se trouve ici remarquablement (Tondeuse et poétisé. Les morceaux rjui suivent sont aussi très remarquables sous ce rapport.

n&K LAHO*

Cest mon sang qui coula dam la premiira anron ;

Les Dnite et les matios n'existaient pas eocfffe,

l'éUùs déjà, planant snr l'ocâan obscur.

Et je suis le Passé, le Présent, le Fntnr ;

le suis la large el vague et profonde Substance

Ob tont relourne et tombe, ob toul reprend naissance.

Le grand corps immortel qui contient tons les oorpa :

Je sais tous les vivants el je suis tous les morts.

Cea mondes Infinis, que mon rave a fait naître,

— Néant, offrant pour vous l'apparenc» de l'âtre — Sont lueur passagère et vision qui fait.

Les fulgurations dont s'éclaire ma nuit.

— Et si TOUS demandez pourquoi tant de mensongei. Je TOUS réponds : Mon Ime avait besoin de songes, D'étoiles fleurissant sa morne immensité,

Pour distraire l'horreur de son éternité !

Le Déaat des choses passées.

Oh ! que d'univers engloutis Dont nous ignorons les nanft'ages, Tous soml)rés, tous anéantis Dans l'abîme effrayant des ^esl Quel est donc la réalité?

Esl-ce la Mort? Est-ce la Vie?

La Vie, et l'immense clurté, Ou la Uort, la nuit infinie?

— L'Etre, serait-ce le Néant, Qui dans mou vide se reflète, El de pourpre et d'or, en créant.

Attife un moment son squelette?

Dans le tourbillon éternel Ob ronlent sans fin les atomes, Qu'entrevoyons-nons de réel.

Fantômes parmi des fantômes?

J'apparais «ne heure et je fuis, Rentrant dans l'ombre, d'ob j'arrÎTS, Vague étincelle entre deux nuits, Qn'eat l'eiislence f^tive ?

Page 1