‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 79 sur 166 · CBRESTOMATUIB FRA!(ÇA1SB · texte numérisé non relu

CBRESTOMATUIB FRA!(ÇA1SB

Des milliards d'êtres sont morts ; Et ce long dt'filé des races, Tous ces esprits et tous ces corps Ont à peine laissé leurs traces !

Qu'est cet étroit monde vivant Auprès «les foules entassées Des morts, sur qui je vais r<^vant Au néant des choses passées !

— Tout mon être tremble, j'ai peur De ce noir abîme où je tombe ! Oh ! la nuit, sans fond, et l'horreur, Oh l le puits béant de la tombe 1

La passion de Siva K

Si va survivra seul, un soir, à tous les Dieux : Leurs têtes, ce soir-là, pareront sa poitrine, Et la paix du néant souriant dans ses yeux, Siva se chantera sa passion divine :

c J'étais, aux temps passés, l'àme de l'univers, J'étais le jour, j'étais la nuit, j'étais l'aurore, J'étais le printemps clair, les étés, les hivers. L'immense vie ardente, et l'Amour qui dévore.

« Illusoire splendeur, j'habitais mou palais, Ainsi que l'araignée au centre de ses toiles : Les âmes tour à tour tombaient dans mes filets, Et j'ai fait dans mon sein s'éteindre les étoiles.

a Oh l les morts, dormez donc et rêvez dans ma nuit, En attendant qu'un jour je vous laisse renaître. Si j'ai besoin encor de lumière et de bruit. Pour de nouveau combler l'abîme de mon être :

« Car l'abîme est profond et mon cœur plein d'ennui. Et seul dans l'infini, debout, sombre, livide, Je pense qu'autrefois mon sein comme aujourd'hui Portait le ciel entier et restait toujours vide. »

1 Le dieu de la mort chez les Hiadous.

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