‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 91 sur 166 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Oui, nous le jurons'....

(Avec euthousiasme.)

Vive Ravenne 1

STRADA

A pr'^sent, ni retanl. ni discussion vaine. A Tœuvre! Vous savez chacun votre devoir. Au moment décisif, Guido se fera voir.

Il faut que tout soit prêt <]uand il viendra.

MANETTO

La chose Aura lieu quand ?

STRADA

Ce soir, je pense, à la nuit close.

MA.VETTO

Ce soir! C'est impossible. II nous faut trois jours pleins Pour équiper...

PETRUCCIO

D'ailleurs, la plèl)e^ les vilains^ El les l)ourgeois surtout, exigent qu'on leur prouve Par (jnelque garantie... Or, le temps qu'on la trouve!...

STRADA

Ahl... on la trouvera... Bientôt...

(D'un ton auloritaire.)

Ed temps voulu Viendra l'ordre.,. Pardon de ce Ion absolu; Mats j'exi'cule ici tes consignes du maître. Atli'z I Moi, maiiilenanl, Je dois, pour m'y sontneltre, Seul avec Gatéas detiicurer en ce lieu. Ce ijui me reste à faire est enlre nous et Dieu. A demain t

(Euvrea poéliquea t Itre de Rlolii^plu (Chnrpealipr c( FaequeLle, «diUuis, Ta risi : La Mer {1B-<6) ; Par h Olaice, draïae (1802| ; Le Flibuilier, comédie (tKH) ; La Marturo (1W)81. — Criiiques à cousuller ; Q. Làuson, Hiatoir» de la liltrralure franraite; Jules Letpailip, Lfs Cmilemporalns, Jmpra$iioni de Ihéàire, Reviic df! Dtiii-Moiidei, f .Vni tSM: Cil. UiM. Hiatoirt dt ta lùiéra

MAUmCE ROLLINAT

yr à ChAieauiùii.r i-n l.tte. Slclà /ni/ en H'i'3. Il y Hclienvpatil-lils des miiiHutJiiui-s mni-alirfS deui poêles : un nsuriste qui connut Gi'oruit Ssod i;t s'iimpir« de ses romans rustiques, in n-veur pi'ssiniiit'' rappelant un puu Hundelaire, Cfttlei!onhle filiation illiTRiru u'a pas euipùcbii ItoMiuat d'èlre un poète origin&l. lia tu dans 1 iiulure bien dea aspects que d'autres n'avaient pas même entreus, il a étudié des <'lati d'àms élrniines, mysti^rieui, dont peroniie ni.) s'était n-ndu compte. Comme Ricliepin, Rollinat est un Léo-roin«nli<|ue r-'alisle, mais avec moins de rhi' torique, plus de yfrilf \ snnsleîiiIlVclnlions de i^ y nisme rabelaisien qui gâtent une partie des iiivri !i du iihautre des Rueux,

Le silence des morts ■.

On scrute li'ur porlnit, csiiéraiil qu'il en sorte [■n cri ijui puisse enliii nous servir de ilanihean. Ali '. si même ils venaient pleurer à notre porte Lorsi|uc 1(1 soir étend 8p^ ailes de corbeau ! Nou ! Mieux que le linceul, la bière et le tombcan. Le silence revêt ceux que le lemps emporte : LMme en fuyant nous laisse un horrible lambeau Et ne nous conuall plus dès qne la ciiair est morte.

' E\'r.lil ■ifB -VcÏTOH'i 11, •*.«). lïuïrs i-Iraugi;, bauiidoiriemiB, tonl Inipr^jnée

418 CHRESTOSIATHIE FRANÇAISE

Pourtant, que d'appels fous, longs et désespérés, Nous poussons jour et nuit vers tous nos enterrés î Quels Ilots de questions coulent avec nos larmes !

0 Mais toujours, à travers ses plaintes, ses remords. Ses jirières, ses deuils, ses spleens et ses alarmes. L'homme attend vainement la n'^ponse des morts.

Le pressentiment ^

Dans ses houros de rêve et de réalité. Que la douleur IT^pargne on s*acharne à sa piste, Tout homme conscient reçoit à Timproviste Un avertissement de la Fatalité.

La flèche de l'amour et le dard de la crainte Sont encore moins prompts à se planter en nous Que ce chuchotoment (|ui porce nos dessous Et parcourt d'un seul trait tout notre labyrinthe.

Ouvert à tous les plans que le Destin ourdit, Il présage l'elTet dont il connaît la cause, En laissant à l'esprit une attente morose Et le doute inquiet sur l'accident prédit.

Gomme un tourbillon noir dans les campagnes blêmes

Galvanise l'eau morte et fouille la forêt,

Ainsi l'inaltondu de cet avis secret

Nous ébranle et nous scrute au plus creux de nous-mêuies

Cette voix sans parole et ce toucher saus main Qui résonne dans l'Ame et cogne à la pensée ; Cette annonce du sort si brusquement lancée; Ce frisson d'aujourd'hui qui signale demain,

C*est le Pressentiment! Chez le plus insensible Il jette son Prends garde ou son Réjouis-toi I Echo vague et précis, reflet ardent et froid Du bonheur arrivable ou du malheur possible,

* Extrait de U Abîme (188(i), recueil de vers pessimistes, mais souvent très I>rofond8, d'une originalité réelle, contenant de remarquables peintures de ce qu'on a appelé a des paysages intérieurs ».

It nse quelquefois de u pénëtratioD

A ce mêlai liumain qu'oD appelle an avare.

Et s'i^moiisse aux cœurs plats sans lionssole ni phare

Qui Qoltent sur l'Ëgoût de h Sensation.

Mais chez l'homme ott l'ennui fût grooiller ses cloportes Et dont la volonté s'eierce en frissonnant, Il rentre à la façon d'un inutivais revenant Qui traverse les mors, les vitres et les portes.

Le criminel pensant, l'amant pronostiqueur, Les sup]>Ols an^oisseux dn mauvais et du pire. Ceux que le soliloque astreint à son empire. Ceux ne pouvant dompter les batlemenls du cœur,

Tons cenx-là renfermés et seuls à se connaître, ilnt parfois la pùlcur dps morts en ccûulant Le sifflet vipérin, sournois, intermittent D'un pressentiment noir qui rampe dans leur être.

Tous nos maux à venir, tous nos futurs tourments, .Vl(eillfs (lu malheur dniit nous serons la ruche, La maladie en marche, inniiinenle, et l'embûche De l'homme, de la bête et des quatre éléments,

Ij'amonr vil devenant la luxure collante. Cs;ièce de remous lierceur et scélérat.

Qui nous pre[i(lra tout l'être et dont on sentin Le pivotement flasque et la succion lente ;

.-^vec son rire fixe et sa plainte à ressort, Iticêtre' nons donnant l'insanité Iraj^ique ; Et par le simple effet d'un sommeil léthargique Notre inhumation précédant noire mort;

Le gnet-apens soudain comme un coup de tonnerre. Où, dans l'affreux recul de l'épouvantement, On se vorra trahi ]ns(|u'à l'égorgement Par celle qu'on adore et celui <|n'on véntee :

|.-,ljital d'sli«n4s * Pnri-

420 CHHKSTOMATHIK FRANÇAISE

Et puis, dans uq lointain vitreux connue un carreau^ Ije vertige assassin nous montant à la tête, Et nous laissant crouler avec des cris de bête, Des ongles du remords au panier du bourreau ;

Voilà ce qu*à travers nos projets et nos actes, L'elfrayant messager intime aux plus têtus : Mane, TheceL Phares de nos rares vertus, Supplice anticipé de nos vices compactes.

Hélas 1 plus nous savons combien ce monde est vain, Plus notre illusion se fane et se di'^broiio. Plus la rouille du temps nous mange et nous corrode, Plus nous prêtons Toreille au terrible devin.

Kt toujours, et partout, (juaud l'horreur et le drame Méditent contre nous un sombre événement. Nous sommes lancines par le Pressentiment : Moucheron du destin qui iKJurdonne dans Tâme.

Les oubliettes ^

Dans les oubliettes de Pâme Nous jetons le meilleur de nous Qui languit lentement dissous Par une moisissure infànie.

Pour le vice qui nous enflamme Et pour le gain qui nous rend fous, Dans les oubliettes de l'âme Nous jetons le meilleur de nous.

Comme personne ne nous blâme, Parfois, nous nous croyons absous, Mais un cri nous vient d'en dessous :

C'est la conscience qui clame Dans les oubliettes de l'âme.

La honte ^.

Plus d'un que la honte poursuit Frissonne en son i:île la nuit.

1 Extrait de L'Abîme.

« Extrait de L'Abîma.

Surtout, certains uira de décembre.

Quand le venl bat l'obscaritd, U sent mieux l'iosécnrité Qni se mitonne dans sa chambre.

Bnisqne, il prend an Urre au basant.

Qu'il Jette, en devenant blafard.

Avec des soufQes de fournaise Et des halciaes de caveao,

Il sent monter à son cerveau Une angoisse qne rien n'apaise.

Portes, châssis, rideaux, plafond Ont un calme qni le confond. .

Sa conscience qni lui pèse S'embarrasse dans la frayeur.

Comme le pied d'uu fossoyeur Dans un marécage de glaise.

Oh ! le face à face avec soi,

Qnaûdon tremble et ju'on«at( ptwrguot/

n admettrait donc l'hypothèse Où ses vieux meubles renfrognés Seraient des spectres indignés Qni joniraient de son malaise ?

A ce moment il suinte, il sourd De partout comme nn bISme sourd.

Evitant l'armoire on la chaise Qni lui parleraient d'autrefois, Il gesticule ses effrois Dans un va-et-Tient qni biaise.

Le craquètement dn parquet Tient du soupir et du hoquet.

Et, sa noit devient si manvûse.

Qu'il relonruc contre le mur Le portrait vénérable et dur Dont il redonte l'œil de braise.

422 CHRESTOMATllIE FRANÇAISE

Mais d'où vient (ju'il rampe à genoux, Avec la mimique des fous ?

C'est qu'en s'approchant tout à l'heure, Il a vu, sur son panneau froid, Juste au point, remise à l'endroit, La figure peinte qui pleure.

Plus d'un que la honte poursuit Frissonne en son gîte la nuit.

La charrue ^

Là-has, sur cette lande ardue Où de l'eau jette un louche Odai Et dont le blt5rne horizon plat Prolonge encore l'étendue.

Cette charrue afllige INpil ! . . , Sinistre épave surannée De la culture abandonnée, Elle met la [censée en deuil.

Car funèbre est sa silliuuotle Autant que celle d'un tombeau Sous les planements du corbeau Et les zigzags de l'alouette.

Là, nagu«^re. des papillons, Comme des âmes du silence.

Traînaient leur vol qui se balance Sur les friches de ses sillons.

iTne lumière droite et crue.

Frémissante et fixe à la fois.

Faisait fiaiid)over les vieux bois Et les vieux fers de la charrue.

> Extrait de La ya fifre (1H02), lo dernier ouvrage du poète. Après de grands succès parisiens, Rollinat, fatijrué de la capitale, s'est retiré en pleine oampagne et c'est dans la solitude des cliamis qu'il a composé ces vers* Son inspiration est devenue plus haute, mais on retrouve toujours en lui l'auteur pessimiste des Névroses.

MAURICB BOUJNAT

Maintenant, dans l'air déserté A grand' peine on cri qoi se snnve 1 Et sur toute la plaine fauve La visqueuse immobilité.

Mais, sous les larmes de bmioe Que pleure le si triste ciel.

Combien tragique et solennel L'aspect de cette humble ruine 1 Justement, voici que la nuit.

Approchant de sa plénitude, SoulUe un Trisgoa d'inquit-tudo Aux haleines du vent qui fuit ; Encore bien plus solitaire, Sait-ou si ce malheureux hloc N'entend pas monter vers son soc Uoe voix tlu fond de la terre

Qui lui dit r « Sur toi di'sormais La moisissure va s'étendre ; ITomme et bœufs, tu peux les attendre.

ils ne te reviendront jamais. »

La nue est déjà recouverte D'un vitreux toujours brunissant :

Vague, la charrue, à présent, A l'air d'un {.'rand fantôme inerte.

El toute l'horreur du sol ras, Tont te mystère de l'espace, Tout l'effroi du jonr qui trfipasse Tieut alors entre ses deux bras; On De voit sous te ciel livide, Cliargé des ombres du lointain, Que cet angle à peine distinct, Gigantesque, emplissant le vide.

Glaa du soir<.

Des glas ont suivi l'angélus:

Des jours humains sont révolnst

le La !falure.

424 GilRESTOMATHlE FRANÇAISE

Sous les cieux voilés d*une taie Le soleil bas rougit la haie Et les marécages velus ; Vers la grande châtaigneraie Aux patriarches vermoulus, Tout l'horizon n'est qu'une plaie.

Avec (les flux et des reflux Le vent traîna pur la saulaie Les gémissements superflus Des glas.

Voici dormir, sillons, futaie, Etangs, rocs, buissons chevelus ; L'homme seul frémit et s'efi'raie Dans ces ravins, sur ces talus Où se môle au cri de l'orfraie Le monotone jamais plus Des glas 1

Au crépuscule ^

Le soir, couleur cendre et corbeau.

Verse au ravin qui s'extasie Sa solennelle poésie Et son fantastique si beau.

Soudain, sur l'eau morte et moisis S'allume, comme un grand flambeau Qui se lève sur un tombeau, La lune énorme et cramoisie.

Et, tandis que dans l'air sanglant, Tout sort de l'ombre : moulin blanc, Pont jauni, verte chènevière,

On voit entre les nénuphars Moitié rouges, moitié blafards, Flotter l'âme de la rivière.

• Extrait de La Nature.

UAURICB HOLLINAT

Les libellules^.

Fantasque pssaim toujours errant.

Les libellules se puursuîvent.

Et leurs gais chatoiements s'avivent Alix ardent!! rellets du torrent.

Dijà moiré, parfois s'irise Le petit liillc si léger Oui leur |*rraet de voltiger Uans tons les sens comme la l)rise.

Les unes, lacilurnenienl, Laissent flotter leur nonchalant' ; D'iiiitre;'. pour brûlci' le silence.

Dardent li'clair d'un ronflement.

IKms les airs elles font des lieiu-s.

Miiis, Imijours, en haut eoninie en bas^ Les ■traiides vertes ont if })as Sur les tonli's jK'liles bleues.

Leur dênie[ice de liberté Ilcinl elleï ne savent que faire L<'S emporte dans l'atinosphèi'e Uni les saonle de sa clarté.

Au moindre vent qui les fusliga A fîenr d'écume on de rocher, Chacune vient se rapprocher l)e la hrnncliette ou de la lige.

Impondérable, mais pourtant Lourde encor, si pea qu'elle y touche, Pour le brin d'herbe qui se conche Et se relève en tremblotant.

Longs clous d'or et de pierreries Ayant grosse léle, gros jeux El fines ailes, sous les cietix Elles promènent leurs fi^eries.

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