‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 93 sur 166 · CHRESTM-MATHIE FRAXi".Al>E · texte numérisé non relu

CHRESTM-MATHIE FRAXi".Al>E

Tu reflètes le ciel et leu^^ >eux, leur visa^^e. Et leur sein rebomli coiuriie un doux raisin mûr; El le mirage vert du riant paysaift* Frissonne renversa dan> l»'S reflets d'azur...

Mais tu n'es pas un lac : lu t'appelles le Rhùne î I^rouve donc, si tu peux, tes puissances d*amours! Assez d'alluvions mulent dans ton eau jaune Pour te faire un obstacle et prolon^rer ton cours ;

Arrange-toi î — C'est fait ! Le Rhône a fait une île ! Il rrtreint à deux bras, la |>ousse au gouffre amer : C'est la Caniarjrue. Elle f-sl immense, elle est fertile. Et, tonjours <rrandissante. elle éloigne la mer.

C'est bien, lleuve î L'elTort est digne de ta gloire. \ji but fùt-il maufjué. l'elfort resterait beau ; Mais l'heure est ndard^e où la nier doit te boire... Qui d'entre nous fora reculer son tomlH?au ?

Et maintenant, là-bas, jusqu'aux grèves marines, Les chevaux, en Camargue, ardents, libres de mors, Sauvages, secouant à grand bruit leurs oarioes, Hésitent, effray/'s, à lx)iro sur t^s iwrds.

Et t'écoutant de loin, du fond des marais mornes. Les noirs taureaux, tes (ils, des feux sanglants dans rœil. Droits parmi les joncs verts moins aigus que leurs cornes. Reconnaissant leur père, en mu/zissent d'orguelL

La légende du ohevrier ^

(>omme ils n'ont p;is trouvé place à l'hôtellerie, Marie et saint Joseph s'abritent pour la nuit Dans une pauvre étahle où l'hôte les conduit ; Et là Jésus est né de la vierge Marie.

Il est à peine né (ju'aux pâtres d'alentour,

Qui gardent leurs troupeaux dans la nuit solitaire.

Des anges lumineux annoncent le mystère.

— Beaucoup sont en chemin avant le point du jour.

• Extrait de La chanson de l'enfant (1875), recueil de vers toachants et délicats, dans lesquels l'auteur a su trouver la langue poétique bonne pour les petits. La pièce qui suit est d'une «xrande fraîcheur idyllique.

Ils portont ù l'Etifant, couclié sur de la paille, Eiilre lilLie et l(i breiif qui souflleiil doucement, Du lait pur, di?s ii^'iicaut, du miel ou du frouient, Tons les luiiiibir» Irn^ors du pauvre qni travaille. Le dernier venu dil : " Trop pauvre, je u'ai rien Que la llùte en roseau pendue i ma ceinture, Uiiiit je sonne, la nuit, quand le troupeau pâturé : J'en peux olfrir un air. si Jtisus le veut liien. Marie adil<|ue 'jui, souriant bous son voile... Mais soudain sont entrés les mages d'Orient ; Ils vieucienl à Jt^sus l'adorer en priant, El en» rois snal venus fniiilés par une étoile.

L'or tirotle, étinrelanl, Ie

I3leu, rouge, étlncclant ci

Chacun il'uax, prusli'rji>: devunl Jésus, l'adore ;

Ils oHreiit l'or, l'encens, la myrrhe, à rKiifant-Uie

Kbliiui. coiLiini: loiii, par leur train mafrniliqoe. \j- pjiiivre elievrrer se teiiail dans nn coin ; Mais la douci' Marie ; a Ktes-vous pas trop loin Pour voir l'Riil'^utt, brave homme, eu sonnant la ir Il s'avance troublé, tire son chalumeau, E^t, timide d'abord, l'approche de ses lèvres; Puis, comme s'il était tout seul. avec ses chËvres, (I sourtie hardiment dans la flûte en roseau.

Sans rien voir que l'Enfant de toute l'assemblée. Les yeun brillants de joie, il sonne avec vigueur : Il y met tout sou souffle, il y met tout son cœur, Comme s'il était seul sous la nuit étoilée.

Or. tout le monde écoule avec ravissement; Les rois sont attentifs à la flûte rustique, VA quand le chevricr a fini la musique. Jésus, qui tend les bras, sourit divinement.

Le rossignol*.

Kii ce lem^s-là, le rossiguol N'avait rien d'heureui — que le toI.

.Irait dn recueil Le Krr» d-hrurta de Vamoiir li^ftii.

Rien d'Iniiiiain que les yeux, et de divin (\\ie. l'aile Le rossi^Tiol ne cliantail pas :

Sou cœur était triste tout 1)..

Eu silence il était iidèle.

Le rossijriiol était muet ; La vie en son cœur affluait, Mais gonllait d'ofTorts vains sa jrorjj'c frémissante; Il sentait comme une aile en lui Se replier, lourde d'ennui...

Il sentait... comme une âme absente!

VA le rossignol se mourait D'un grand désir, d'un grand regret :

il aspirait au chant, — oubli des plumes roses ! Kt n'ayant qu'une àme d'oiseau.

Il portait envie au roseau.

D'où Sort rbmnble plainte des choses.

De l'envie, il ne dormait i)asî...

Une nuit <|u'il était 1res las.

Dans un jardin royal, à travers nulle branches, Il vit venir un papillon, l'aie, — comme un pAle rayon Des lointaines étoiles blanches.

Ce papillon, fils de Psyché, Peu à peu s'élant rapproché.

Dans son Im'c délicat il le prit avec joie... Oh î le ilivin papillon blanc!

Vn moment il le tint trend)lanl, Puis se réjouit de sa proie.

Or, c'était l'àme d'une enfant, La fille d'un roi triomphant, Morte en aimant celui dont elle était aimée, Kt qui, dans le [>arc endormi, Venait, autour de son ami, Errer sous la nuit end)aumée 1

Le rossignol, depuis ce temps.

Toute la nuit, tous les printemps, S'exalte en cris d'amour, à trt-téte, à voix pleine! 11 dit comme l'amour est fort.

Plus que la vie et que la mort...

(1 cbaiite avec aoe Ame humunel

L'adiea *.

Adieu. J'ai dit adiea. Le meilleur de moi-mâme, Avec ua loDg sonpir, hors de moi s'est enfui : Tn m'as fris tont mon cœur, voyageuse que j'aime, Et je sois resté là, plùn de rido et d'ennni. Je snia je ne Bais ob, car mon ime voyage ; Elle est je ne sais o& : sais-je par o& tn vas f On m'a dit : a Vous restez tout seul, ayez conrage 1 » Mais je suis pins que seul : je ne me reste pas. 'Ah 1 comment tont entier ne t'ai-je pas suivie f Quel devoir me retient? Qn'ai-je& faire et pourquoi f N'as-tn pas emporté la raison de ma vie, Et n'est-ce pas moorir que d'être absent de soi ? Adien. Je le l'ai dit, ce mot profond, si triste, Et des pleurs tout à conp m'en reviennent anx yeux, Car à tons les départs je sais qn'nn spectre assiste. Que la mort est parlent où se font des adieux l Adieu, Toutes les fois qu'il frappe notre oreille. Ce mot cruel, qu'on dit tout bas et sanglotant. On craint que le malheur qui dormait ne s'éveille 1 On sait qu'il vaudrait mieux se taire en se quittant. Adieu. Ce mot nous dit : « Témérures, ttmt passe I Nous n'avions entre nous que notre volonté ; Puisque nous y mettons le temps avec l'espace, Dieu qui s'indigne y peut mettre l'éternité t C'est une mort d'un temps, l'absence, et c'est un crime ; Sachons bien que c'est mal, et que nous tentons Diea, Quand l'ime, s'absentant de l'être qu'elle anime. Avec un âtre aimé s'en va dans un adieu I

ŒaTFM k lire de Jean Aicaid ICbupsntier, Léman, FUohbaahBi, Ollmidorf, éditann, Poiis) : Lu Jtunei crayane*i (iSOJ) ; Lti potmn dt Proantet (ISTl) ; I^sAa>uon d* /-«tfatu (18TB) ; .Vfi.II* aUVonf, poèm* (iSSO) ; Lt Hvrt itt jw l'ii I1S86) ; Jiim (1S96). — Ciitiqaei k eOD«alt«r ; Jnk* Talllar, Itot poèlt» il3R8j : Ch. Gidel, Hitlaira dt la llttératurt friutçaitt.

- Compuar avM la moretia d« La-

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