‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 98 sur 166 · ED.MO.ND HARAUCOIRT · texte numérisé non relu

ED.MO.ND HARAUCOIRT

JKSL'S

Pardou, pardon...

A part.

Seigneur, que ta force m'assiste :

C'est ici la suprêine"é[)rcuve, et l'heure triste.

A la Vierge.

Pardon...

LA VIERGE

Je savais bien que tu m'écoulerais, Et que j'avais raison... Viens vite !... Ils sont tout près... Fuyons... Ce n'est pus l'heure...

JÉSUS

0 mère des tortures, Si bonne, et pitoyable entre les créatures, Vase de ma douleur, ô Reine des martyrs, Qui souffres sans péctié pour tous les repentirs, Holocauste qui dois payer la rançon d'Eve, Pauvre Mère, ton coîur est traversé du glaive, Et tu ne connais pas l'ordre auquel j'obéis...

LA VIERGE

Dieu t'a dit de marcher à travers ton pays!

Henlrons en Galilée, où la vie était douce,

Paisible, et tu pourras faire asseoir sur la mousse

Les enfants qui viendront en baisant les cheveux ;

El tu leur parleras encore^ si lu veux.

Ta lAcho est d'être là pour porter la parole.

Mon Fils... Puisque ta bouche est conune une corolle

D'où tombent les parfums (|ui rendent l'homme fort,

Tu n'as pas le devoir ni le droit d'être mort :

Il faut songer à ceux que ta voix réconforte,

Et que deviendraient-ils, si ta voix était morte ?

JÉSL'S

L'homme ne pèse pas les volontés du ciel 1 Les autres parleront, et je boirai le liel ; Mes bras nus vont traîner le fardeau de l'impie : Je iH)rte les péchés de la terre. J'expie î

44'|. CHRESTOMATIUE FRANÇAISE

LA VIERGE

Expier? Toi, si doux, mon J('»sus, toi, si bon. Qui dictes ta justice et verses lou pardon, Qui fais du criiniuei un saint, dès qu'il t'aborde l Expier ? Mais ton nom, c'est la miséricorde ! Expier ? Où sont-ils les geus que tu trompas ? Je ne suis qu'une femme et je ne comprends pas Qu'un seul puisse expier tous les crimes ensemble. Mais je sais que je suis ta mère, et que je tremble, Et que tu devrais bien comprendre comme moi, Quand tu soulTres pour eux, que je souffre pour toi l

JÉSUS

La douleur est le bain des âmes : elle lave !

LA VIERGE, se jetant à genoux.

Seigneur, Seignour l Ayez pitié de votre esclave !

Vous ne pennellrez pas qu'on me l'ose arracber !

S'il faut une victime à conduire au bûcher.

Je suis là. Prenez-moi, mon Dieu, mais toute seule l

J'ai trop vécu. Je suis faible comme une aïeule.

Mais lorsqu'on prend son fils, la mère le défend.

Je ne peux pourtant pas leur jeter mou enfant,

C'est ma chair, c'est mon sang, c'est moi plus que moi-môme.

JÉSUS, relevant sa mère.

Hélas 1 Plus qu'en son corps, on souffre en ceux qu'on aime.

LA VIERGE

Il ne m'écoute plus! Parlez-lui... Dites-lui

Que mes bras sont lassés, qu'il est mon seul appui.

Qu'il ne peut me laisser mourir au coin des pierres.

Que j'ai besoin de lui pour fermer mes paupières,

Qu'il est à moi. Seigneur, comme je suis à vous.

Qu'il me fait trop pleurer, lui que j'ai vu si doux,

Qu'on croit vous obéir, parfois, et que l'on erre.

Et qu'il faut obéir à sa mère, à sa mère.

Et que vous l'avez dit. Seigneur, dans votre loi !

JÉSUS s'agenouille devant la Vierge.

0 Mère, bénis-moi, Mère, pardonne-moi.

Oui. je |iai'iloniie. \

Ailieu. Je ilois aller oti mon Pure m'invite...

— J'entends les pas de eeux qui m'apportent la mort.

iliuvrcB à lire d« Harauoourl (G. C lia rp* ..lier, édifm.- P»rU) : Lime «. .ISs.'ij ; La l'aMîon 11800). Criliqui^s il coiit^ullir : Frauciaque Sarcey, F»u(ll '■>»s du Ttmpa (ll«lttiAURu»liu Filûn.fiBoue ftjfue du 16 mai ISfM.

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