‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 142 sur 176 · THÉODULE · texte numérisé non relu

THÉODULE

Bandit! Parricide! Sacrilège!

11 pousse Balthazar du pied et le fait retomber la face oontre terre.

* Bâton pastoral/ signe de la dignité abbatiale ou épiscopale.

624 CHRESTOMA-THIE PRAIîÇAISE

LE PRIEUR (qui s'est redressé une dernière iois)

Non! Non ! Relevez-le et poussez-le dehors, Vers la honte et l'horreur et la chute et Tabîme !

Les Tuoines relèvent Dom Balthazar et le chassent devant eux jusqu'à la porte de l'égUse, qu'ils referment sur lui à grand bruit.

Et maintenant qu'à tout jamais son sort Soit séparé du nôtre et que son crime Tombe siu* lui plus lourd que le couteau Des échafauds.

Long silence. Thomas ayant ramassé la eroBse finit par s'avancer vers le prieur. A ce moment tous les moines^ excepté Idesbald et Dom Marc, viennent se ranger autour de Thomas.

THOMAS (regardant fixement le prieur)

Mon Père?

LE PRIEUR (après un silence)

Soit !

Désignant la porte que dom Balthazar vient de franchir.

Puisqu'il abandonna lui-même Son droit ; puisqu'il faillit à son devoir suprême ; Puisqu'il n'est plus personne, hélas! parmi vous tous, Qui soit de ma hauteur ni de ma force, vous.

Désignant Thomas.

Soyez du moins celui auquel le Ciel accorde De disputer ce cloître aux temps inexorables Qui vont venir !

Thomas rend la crosse au Prieur (tout cela semble se faire machinalement).

DOM MARC (resté seul, devant le crucifix)

Du plus profond de ta miséricorde.

Seigneur, sois secourable Au frère de mon âme, Balthazar.

Toi seul, tu sais la part Que s'est faite pour l'avenir Et pour le ciel, son repentir; Seigneur, assiste-le, à l'heure Où les hommes lui sont fureur, Et le monde, supplice et vilenie S

1 Ce mot, dérivé de vilain, a généralement le sens d'action basse, mais ici il veut dire insulte; en allemand, Beleidigung; en anglais, insuit; en italien improperio .

Et ses frères, injure et fange ; Seigneur, assiste-le dans sa rouge agonie Avec tes anges !

Œuvres à lire d'Emile Verhaeren (Hochstein, Franck, Deman, Bruxelles, et Lemerre, Société du Mercure de France, Paris, éditeurs) : Les Flamandes (1883) ; Les Moines (1885); Les Soirs (1887) ; Les Débâcles (1888; : Les Flambeaux noirs (1891) ; Au bord de la Route (iS'di) ; Les Apparus dans mes chemins (1891); Les Campagnes hallucinées (1893) ; Les Villages illusoires (1895^ ; Les Villes lenlaculaires (1896) ; Les Heures claires (1896) ; Les Visages de la vie (^1899) ; Les Petites légendes (1901) ; Les Forces tumultueuses (1902) ; Toute la Flandre (1904-1907) ; La Multiple splendeur (1906) : Les Rythmes souverains (1910^ ; Les Blés mouvants (1912) ; Anthologie d'Emile Verhaeren (1883-1898). Théâtre en vers : Le Cloître (^1900) ; Rhilippe //(1901); Hélène de Sparte (1912). — Critiques à consulter : Virgile Rossel. Histoire de la littérature française hors de France (1895); Henri de Régnier, Revue Blanche, tome VIII, (1895); Albert Mockel, Emile Verhaeren (1895); C. Mauclair, Revue Encyclopédique (24 juillet 1897) ; yan Bever et Paul Léautaud, Poètes d'aujourd'hui (1900) ; Hubert Krains, Semaine littéraire (16 et 28 mai 1903) ; Désiré Horrent, Ecrivains belges d'aujourd'hui (1904); Léon Balzagette, Emile Verhaeren^ (1907) ; Raymond Poincaré, Grande Revue (10 mai 1908) ; V. Thompson, French Portraits (1909) ; Jean Cart, Semaine littéraire (9 janvier 1909); Rémy de Gourmont, Promenades littéraires (1904 et 1910) et Le Livre des Masques (1906 à 1910) ; Victor Kimon, Portraits d'auteurs (1910) ; Stefan Zweig, Emile Ver- ?iaeren, sa vie^ son œuvre, traduit de l'allemand par Paul Mousse et Henri Chervet (1910).

CHRB8T. FB. POÈTES ^

Les Poètes de la Suisse française ou Poètes Romands.

Entre le Jura, le Léman et la ligne sinueuse qui va' de Delémont à tienne, Fribourg et Sierre, s'étend une terre bénie que même Tétranger aime parce qu'elle est belle et parce qu'elle est libre : c'est la Suisse romande *, Petite par l'étendue et par le nombre de ses habitants, cette Helvétie latine est un intense foyer de culture française. Dans ce siècle-ci, la vie littéraire y a pris une extension remarquable et les œuvres de ses penseurs, parmi lesquels Alexandre Vinet, Amiel, Charles Secrétan, Ernest Naville, ont fait rayonner au loin la gloire du nom romand. Ce noble pays compte un assez grand nombre de bons poètes. Formés à l'école des grands littérateurs d'outre-Jiira, ceux-ci ont presque tous une étroite parenté intellectuelle avec les poètes de la France ; on pourrait aisément les classer dans les différents groupes littéraires que nous avons successivement étudiés. Comme les poètes belges, ils participent aux grands courants intellectuels ou artistiques dont la vague initiale est à Paris ; mais ils ont sur leurs confrères wallons cette supériosité incontestable qu'ils sont beaucoap plus eux-mêmes, gardant sous l'influence irrésistible de la France, une originalité nationale qui est un vrai charme chez eux. Dans notre grande république française, centralisée à outrance, où tout ce qui ne porte pas l'estampille de Paris passe généralement inaperçu, ces poètes de la Suisse romande sont presque tous inconnus. Nous autres Français de la vieille Gaule, nous oublions trop que, par delà nos frontières, il y a des millions de francophones qui cultivent le même champ littéraire que nous. Fiers de notre superbe floraison nationale, nous ignorons qu'au dehors poussent, sous le grand soleil, des moissons magnifiques et nous laissons perdre même les plus belles fleurs que notre génie littéraire a fait épanouir sous d'autres cieux. Dans cette chrestomathie, l'auteur a cherché à en recueillir quelques-unes. Ce n'est qu'un petit herbier qui donne une idée bien insuffisante de la flore elle-même ; du moins celui qui l'a composé peut-il l'offrir,

* Elle comprend les cantons entiers de Genève, Vaad, Neuchâtel et une fraction des cantons de Berne, de Fribourg et du Valais, en partie germaniques. En 19i(i. sur 3 7bd 29d habitants, la Suisse comptait 796 244 personnes de langue françaÎBe dont 315 428 dans le seul canton de Vaud. Malgré l'intensité de l'immigration allemande, le français y gagne du terrain.

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