‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 144 sur 176 · JEAN -JACQUES PORCHAT · texte numérisé non relu

JEAN -JACQUES PORCHAT

Né à Crête (canton de Genève) en 1800, mort à Lausanne en 1864.

J.-J. Porchat est un aimable versificateur plutôt qu'un véritable poète, mais c'est lui qui représente le mieux en Suisse l'école des derniers classiques; il en a toutes les qualités : clarté, logique, correction et, par moments, tous les défauts : sécheresse^ prosaïsme, banalité. Ecrivain facile, il s'est essayé dans plusieurs genres; à notre avis, c'est dan& la chanson et la âatire tempérée qu'il a le plus brillé. Sa verve, malicieuse et spirituelle, rappelle Tesprit de Béranger dans ses bons moments. On le cite surtout comme fabuliste et ses fables ont été très populaires, même en France, à un moment donnt*.

Plus de Jura ^

Eh quoi ! pour notre bonne Suisse Vous avez pu quitter Paris !

Nos couplets d'un tel sacrifice Ne sauraient vous payer le prix :

Mais nous parlerons de la France :

Et votre cœur nous répondra ; Chantons notre antique alliance.

Plus de Jura !

Des vieux temps consultons Thistoire :

Nous fûmes tous Gaulois et Francs ;

* Extrait des Souvenirs poétiques de Valamont. — Ces couplets de bienvenue furent composés en l'honneur de Sainte-Beuve, alors en Suisse pour donner à l'Académie de Lausanne son célèbre cours sur Port-Royal (1837).

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Rome trembla de notre gloire ; Le Saxon nous vit conquérants^ Au début de mainte campagne, Qu'un champ de Mars inaugura, On chantait, passant la montagne, Plus de Jura!

Le temps vint tracer nos frontières ; Nous Suisses, vous Français enfin.

Vos rois soldaient bien nos bannières, Et nous baptisions le Dauphin. Marignan ^ souffla des orages, Mais François, qui nous admira.

Nous dit : — Mes amis, soyons sages : Plus de Jura !

Puis dans le sein d'un moine austère Le grand roi pleurant ses beaux jours, Cassa l'édit de son grand-père ^ Rançon de coupables amours :

Pour ceux qui fuyaient le martyre Ea vain la pitié l'implora, Mais notre Suisse osa leur dire :

Plus de Jura !

Enfin croula le trône antique Sous l'effort de Quatre-vingt-neuf, Et notre vieille république Comme vous désira du neuf.

Coiffé du chapeau démocrate.

Le grand homme* alors se montra; Des deux côtés il mit la patte :

Plus de Jura !

La liberté nous fut rendue :

Dirai -je au prix de quels revers?

* La bataille de Marignan^ (14 septembre 1515) où les Suisses, défaits mais non vaincus, inspirèrent une telle estime à François î" qu'il en prit à son service. après la Paix perpétuelle qu'il signa avec eux.

> L'Edit de Nantes^ promulgué par Henri IV, le 13 août 1598; il accordait la liberté religieuse aux protestants. Le 18 octobre 1685, poursuivant cette chimère irréalisable : l'unité de foi, Louis XIV révoqua l'Edit, ce qui amena la persécution, la conversion forcée ou l'exil d'un million deux cent mille protestants environ. Ou a prétendu qu'en voulant tuer la Réforme, Louis XIV croyait racheter ses péchés de jeunesse ; il faisait, comme l'a si bien dit le duc de Saint-Simon, pénitence sttr le dos d'autrui. C'est à cela que Porchat fait allusion ici.

» Napoléon Bonaparte.

FRÉDÉBIC MONNERON 629

A ma lyre un peu détendue Il ne faut pas de si grands airs.

Mais du Nord vienne quelque orage, Suisses, Français, elle dira :

Voici pour tous assez d'ouvrage.

Plus de Jura!

Pour orner notre Académie, Poète, vous passez les monts :

Voilà de notre illustre amie Les envoyés que nous aimons.

Avec vous de poises falotes * Et du blocus même on rira, Car vous avez mis dans vos notes :

Plus de Jura !**

Œuvrea à lire de J.-J. Porchat (Georges Bridel, éditeur, Lausaunne) : Glanures d'Esope; Poésies vaudoises; Souvenirs poétiques (1828-1864). — Critiques à consulter: J. Hornung, J.-J. Porchat et la poésie vaudoise (1864); A. Vulliet, Les poètes vaudois contemporains (1870) ; Philippe Godet, Histoire littéraire de la Stnsse française ; Virgile Rossel, Histoire littéraire de la Suisse romande.

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