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LES POÈTES CANADIENS

Les Poètes canadiens.

Par delà TAtlantique existe un magnifique pays que la criminelle incurie dé Louis XV fit perdre aux Français : le Canada. Devenue possession anglaise en 1763, après une longue et terrible guerre qui fut marquée par Théroïsme des colons ainsi que des soldats, la Nouvelle-France a résisté victorieusement à l'assimilation britannique. Longtemps elle eut à souffrir de la persécution la plus odieuse; c'était l'époque où les Anglais n'avaient pas encore adopté cet admirable libéralisme colonial dont sont faites en partie aujourd'hui leur force et leur grandeur. Quoi qu'on fit pour la soumettre, elle ne plia cependant pas : les descendants des héros qui avaient conquis le merveilleux pays avec Jacques Cartier, Champlain, Frontenac, Marquette, Maisonneuve et Montcalm, voulurent garder leur langue, leurs mœurs et leur foi; ils y réussirent. Les nobles et les riches de la colonie les avaient abandonnés après l'annexion, mais leur clergé, patriote et énergique, leur restait; grâce à lui, et surtout grâce à leur propre ténacité, ils sortirent triomphants et admirablement trempés de cette terrible épreuve. Il y a aujourd*hui dans le Dominion plus de deux millions de Canadiens ayant conservé la langue française, et leur nombre, grâce à l'énorme excédent des naissances sur les décès, augmente considérablement chaque année. Si la natalité canadienne se maintient au taux d'aujourd'hui, on peut prévoir qu'à la fin du XX« siècle la population française du Canada égalera celle de la France. Chose digne de remarque, malgré la forte immigration d'éléments anglo-saxons ou irlandais, les Canadiens-français gagnent du terrain même dans les régions anglophones ; des villes comme Montréal, où l'on parlait autrefois surtout l'anglais, sont maintenant presque entièrement françaises. C'est là un fait très important pour l'extension de notre civilisation latine *.

Les Canadiens français ne sont pas seulement un peuple d'admirables défricheurs, d'extraordinaires colons, de trappeurs et d'explorateurs merveilleux (car leur histoire sous ces rapports tient véritablement du prodige) ; ils ont aussi une culture intellectuelle fort

^ En 1911, il y avait au Canada 2 054 000 habitants de langue française; en dix ans leur nombre a augmenté de 405000.

remarquable. S'ils ne sont pas encore parvenus à égaler la mère-patrie dans ce domaine, ils pourraient bien le faire un jour. Lorsqu'en 1763 ils cessèrent d'élre Français^ ils perdirent du même coup le contact avec la France et durent tout tirer de leur propre fonds ; c'est de nos jours seulement que les rapports ont été rétablis. Cela nous explique pourquoi leur développement littéraire a été relativement assez lent et pour quelle raison les œuvres de l'esprit, chez eux, ont encore quelque chose d'archaïque et de suranné. On le voit surtout dans leur poésie qui retarde beaucoup sur la nôtre. Les poètes canadiens, relativement très nombreux, sont trop souvent des classiques attardes ou des pseudo-romantiques assez pâles : s'ils rappellent Racine, ce n'est pas Jean mais Louis, et s'ils se rattachent à Corneille, c'est à Thomas ; comme romantiques, ils font en général penser non à Victor Hugo mais à Casimir Delavigne. Quelques-uns d'entre eux, heureusement, ont su s'élever au-dessus de la poésie d'imitation poncive et banale. Ils ont écrit des œuvres de grande valeur. Ce sont les précurseurs d'une Renaissance canadienne qui s'annonce. Quant à nous, Français, nous ne saurions éprouver pour.ces poètes laurentins qu'une très vive sympathie. Quelles que soient nos opinions religieuses ou nos préférences philosophiques, nous les aimons d'avoir su garder intacts ces deux sentiments qui sont admirables partout : le patriotisme et la foi. Comment du reste ne serions-nous pas profondément touchés de voir avec quelle inaltérable fidélité ils ont entretenu dans leurs cœurs le culte fervent de la France ?

Pour étudier la littérature canadienne française, lire : Edmond Lareau, Histoire de la littérature canadienne (1874) ; M. Ghauveau, L'Instruction publique au Ca» nada (1876) ; de Lamotte, Cinq mois chez les Français d'Amérique (i880) ; A- Baies, Anglicismes et Canadismes (1890) ; V. du B\ed, Revue des deux mondes (15 février 1885) ; L'abbé Roy, Nos origines littéraires et Essais sur la littérature eanadienne ; Gbartier, La littérature canadienne ; Max Bibaud, Le Mémorial des vicissitudes et des progrès de la langue française au Canada; F. Joubleaa, Montcalm et le Canada ; Gharlen Ab-der-Alden, Etudes de littérature canadiennefrançaise (1905) ; Augustin Filon, Journal des Débats (12 avril 1908) ; Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France et Bibliothèque universelle f juillet 1908); Louis Araould, Nos amis les Canadiens ; Vidal de la Blacbe, Le Temps (26 octobre 1912) ; Gabriel Hanotaux, La France vivante (1913) ; Mar)'Iie Markovitcb, La Renaissçtnce politique, littéraire et artistique (1( mars, 28 mars et 11 avril 1914). — Pour étudier le milieu, lire aussi F.-X. Garneau et Hector Garneau, Histoire du Canada ; Eugène Réveillaud, Histoire du Canada; et l'excellente étude d'Elisée Reclus, dans la Nouvelle géographie universelle, tome XV.

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