‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 171 sur 176 · ALPHONSE BEAUREGARD · texte numérisé non relu

ALPHONSE BEAUREGARD

Je sais pourquoi les mères pleurent Lorsque leurs enfants ont grandi :

C'est l'éclipsé d'un joyeux leurre \ Le soleil obscur à midi- Hélas! ils ne sont que des hommes.

Des êtres que la vie, en somme, Aux autres assimilera Par frottement dur et sans trêve.

Jamais l'Olympe n'ouvrira Sa porte à ces dieux nés en rêve.

Je sais trop bien pourquoi les mères Quittent la terre avant leurs fils :

Sous les déceptions amères Leurs yeux se sont endoloris.

Elles voient d'autres enfants naître Qui bientôt deviendront les maîtres Des aînés maintenant trop vieux.

Afin de garder leur chimère ^ Au monde elles disent adieu.

Les rêves défunts tuent les mères.

Sonnet '.

Je t'ai vaincue, ô mort, mais un jour tu m'auras. En attendant je veux te regarder en face; Ton abîme ne semble affreux que de surface, Ai-je souffert lorsque j'étais presque en tes bras?

Je vis, et le passé de lui-même s'efface. La compensation — loi juste à tant d'ingrats — Rend bonheur pour malheur, plaisir pour embarras Et me donne un sommeil profond, quoi que je fasse.

Des confidences? Non, pas de mots superflus Dont le sage se moque après les avoir lus. D'autres étaleront leurs peines et leurs fautes.

* Au flguré, ce mot veut dire : artifice qui sert à attirer ; le poète lui donne ici le sens à'illiMion. Voir page 318, note 8.

* Au figuré, création imaginaire de l'esprit qu'on prend pour une réalité (mot venu dugrecx^i^ai^a, p&r lo latin chimceray et désignant un monstre fantastique).

■ Extrait du recueil Les Forces. Il y a là un curieux mélange de stoïcisme et de christianisme.

J'expie- et j'expierai le mal qui m'a séduit.

Et sachant qu'à ses fins le Maître ^ me conduit,

Je vais à ta rencontre, ô mort, la tête haute.

Œuvres à lire : Les Forces (1912). — Critiques à consulter : M. Colette, La Presse (4 mal 1912) ; J.-E.-D. Lamarche, Le Canada (22 mai 1912) ; Sylva Clapin, Le Canada (23 mai 1912); E. Charest, Le Nationaliste (16 juin 1912); Edmond Léo, Le Devoir (20 juin 1912); Camille Roy, L'Action sociale (19 octobre 1912).

Parmi les autres poètes canadiens, que le manque de place nous empêche de faire figurer dans cette Chrestomathie, nous citerons :J^.-X. OarneaUy Alfred Garneau, Louis-J.-C, Fiset, A .'Basile Roulhiery Adolphe Poisson, Nérée Beàuchemin, Zéphirin Mayrand, J.-H. Roy, Albert Lozeau, Jean Charbonneau, Paul Marin et NelUgan, qui tous ont du talent et fout honneur aux lettres canadiennes.

Jésus-Christ.

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