‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 173 sur 176 · LES POÈTES^EXOTIQUES · texte numérisé non relu

LES POÈTES^EXOTIQUES

Les Poètes exotiques.

A la fin du XYilIe siècle, la France avait, dans les Antilles, une magnifique possession coloniale : l'île d'Haïti ou St-Domingue, dont la prospérité reposait malheureusement sur les horreurs de la traite des nègres. Quand la Révolution abolit l'esclavage, les riches planteurs de la colonie, imitant les émigrés de la métropole, appelèrent les Anglais à leur aide contre le gouvernement de leur patrie. On vit alors un spectacle mémorable : les esclaves émancipés prirent les armes, chassèrent les Anglais, conquirent même la partie espagnole de l'île et demandèrent à rester Français. Ce bel élan francophile fut malheureusement annihilé par la brutale politique de Bonaparte ; en 1802, celui-ci rétablit l'esclavage et la traite des nègres. Révoltés par cette odieuse mesure, les noirs se soulevèrent de nouveau et, après une lutte tragique, le 1" Janvier 1804, ils proclamèrent l'indépendance d'Haïti : c'en était fait de la domination française. Mais, comme l'a dit fort justement Gaston Boissier, a dans aucun des pays où a passé la France, elle n'est oubliée». Malgré les souvenirs cuisants des temps d'esclavage, la république noire antillaise a gardé, presque à l'égal du Canada, le culte de l'ancienne métropole. Nous jugeons généralement fort mal cette démocratie turbulente. Bien des gens se la représentent comme une tourbe de nègres agités uniquement en proie aux guerres civiles et aui coups d'Etat. Ceux qui l'ont vue de près, en mettant de côté les préjugés de couleur, portent sur elle un jugement plus équitable. Ils font remarquer tout d'abord que les républiques blanches les plus pondérées de l'Amérique ont connu les mêmes crises qu'Haïti avant de trouver leur stabilité. Ils expliquent aussi que les agitations trop fréquentes de l'île proviennent, non de l'incapacité à se gouverner qui caractériserait la race noire, mais du maintien de ce funeste legs de l'ancien régime, la très grande propriété avec son cortège obligé : le prolétariat abject et la misère. Enfin, ils savent rendre justice à l'élite estimable de la société haïtienne, qui lutte sans relâche pour instruire le peuple et l'élever graduellement à la civilisation intégrale. C'est dans cette élite que persiste surtout l'amour de la France et le culte de notre langue. Elle compte un certain nombre de littérateurs distingués. Nous avons fait une place ici à quelques-uns de ses meilleurs poètes.

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Pour étudier Haïti*, consulter: Ardouin, Histoire d'Haïtij 6 vol, (1851-1865); La Selve, Histoire de la littérature haïtienne (1876) ; Docteur Janvier, La République d'Haïti (1883) et Les Affaires d'Haïti (1883-1884) ; Elisée Reclus, Nouvelle Géographie Universelle, tome XVII (1892) ; Georges Sylvain, Etude historique et littéraire sur la République d'Haïti dans Les Années tendres d'Etzer Vilaire (1907) ; Duraciné Vaval, La Littérature haïtienne (1911).

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