BRIZEUX
O clémence! ô douceur! ô saint refuge! o Père ! Votre enfant qui pleurait, vous l'avez entendu ! Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère, Et que vous possédez tout ce que j'ai perdu.
Œuvres à lire (Lemerre, éditeur, Paris) : Œuvres poétiques de Marceline Desbordes- Valmore (1819-1859) ; Poésies inédites^ publiées par ôustave Hevilliod (1860) ; Les chefs-d'œuwes lyriques de Marceline J)esbordes- Valmore, par Auguste Dor^ chain. — Critiques à consulter : Sainte-Beuye, Portraits contemporains, t. II ; Causeries dulundij t. XIV, et Nouveaux lundis, t. XII (1842, 1860); Emile Montégut, Esquisses littéraires (1^3) ; Auguste Lacaussade, Préface des Œuvres poétiques; Benjamin Rivière, Correspondance intime de Desbordes-Valmore (1896) ; Arthur Pougin, La jeunesse de ifcf»* Desbordes-Valmore (1898); J. Lemaitre, Les Contemporains ; 7« série ; Lucien Descaves, La vie douloureuse de Marceline De&bordes- Valmore J. Boulenger, Marceline Desbordes-Valmore (1909); Fortunat Strowski, Desbordes- Valmore, dans le Correspondant du 25 mai 1912.
BRIZEUX (Auguste)
Né à Lorient en 1803, mort à Montpellier en 1858.
En dehors des grands courants littéraires, on voit s'épanouir un peu à récart, comme des fleurs délicates et rares, des poètes qu'on peut difficilement soumettre à une rigoureuse classification. Brizeux est un de ceux-là. Ayant écrit en pleine période romantique, il a subi quelque peu rinfloence des maîtres de l'école, mais en gardant une originalité bien tranchée. C'est un lyrique délicat et tendre : il jà. chanté avec un charme pénétrant la poésie rustique et la foi naïve de sa province natale, la Bretagne. C'est un des meilleurs poètes provinciaux.
Le pays^
Oh! ne quittez jamais, c'est moi qui vous le dis, Lé devant de la porte où Ton jouait jadis. L'église, où, tout enfant, et d'une voix légère, Vous chantiez à la messe auprès de votre mère ! Et la petite école où, traînant chaque pas. Vous alliez le matin, oh ! ne la quittez pas ! . Car une fois perdu parmi ces capitales, Ces immenses Paris, )|ux tourmentes fatales. Repos, franche gaîté, tout s'y vient engloutir, Et vous les maudiss^z sans pouvoir en sortir. Croyez qu'il sera dpjix de voir un jour peut-être ^ Vos fils étudier sous votre bon vieux maître, Dans l'église avec vous chanter au même banc, Et jouer à la porte où l'on jouait enfant.
» Extrait de Marie (1881), le premier poème et le chef-d'œuvre de l'auteur, idylle tendre et délicate, dans laquelle il a exprimé ses doux souvenirs d'enfance et la poésie intime de sa Bretagne.
i 148 CHRESTOMATHIE FRANÇAISE
Marie ^
« Ouvre! c'est moi, Joseph! — Quoi ! si tard en voyage N'as-tu pas rencontré les chiens près du village? Bon Dieu ! seul et si tard dans le creux des chemins ! A ce feu de Noël viens réchauffer tes mains. Noël ! t'en souvient-il ? quand) pour bâtir la crèche, Les prêtres nous menaient cueillir la mousse fraîche ?
— Ne ris pas! c'est Noël qui chez toi me conduit : Je viens entendre encor la messe de minuit.
— Nous irons avec toi toute la maisonnée. Ma jeune femme aussi. Car, depuis une année, J'ai pris femme, au moment d'être soldat du roi. A ton tour, mon ami, près du feu conte-moi
Les pays d'où tu viens... C'est du vieux cidre! Approche! Mélèn, appelez-nous au premier son de cloche. »
Soyez béni, mon Dieu ! Dans les biens d'icibas.
Ceux qu'on poursuit le plus, je ne les aurai pas.
Il en est quelques-uns, hélas! que je regrette;
Mais il en est aussi que la foulé rejette,
Et votre juste main me les donna, mon Dieu '
Des biens que je n'ai pas ceux-ci me tiennent lieu.
Dans cette humble maison, près de ce chêne en flamme,
Ce soir, je vous bénis, et du fond de mon âmel
Par un gai carillon enfin fut annoncé
L'office de Minuit. « Le chemin est glacé.
Disait Joseph Daniel en traversant la lande,
Chaque pas retentit. Comme la lune est grande!
Entends-tu, dans le pré, des voix derrière nous ?
— Oui, j'entends des chrétiens, des pasteurs comme vous. Ils ont vu cette nuit la légion des anges
Passer et du Très-Haut entonner les louanges : Gloire à Dieu! gloire à Dieu dans son immensité! Paix sur la terre aux cœurs de bonne volonté! Et tous vont adorer Jésus, l'enfant aimable. Le roi des pauvres gens, le Dieu né dans l'étable. » 0 vivants souvenirs ! La nuit, par ce beau ciel. Tandis que nous marchions en célébrant Noël,
* Extrait du même poème. — Cette pièce résume assez bien la poésie de l'auteur, qui va de l'idylle familière jusqu'à l'enthousiasme lyrique, jaillissant du cœur du poète au souvenir de la petite patrie bien-aimée.