‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 48 sur 176 · BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

BAUDELAIRE

En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève, Le silence, l'espace affreux et captivant... Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.

J*ai peur du sommeil comme on a peur d'un grand trou, Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ; Je ne vois qu'infini par toutes les fenêtres,

Et mon esprit, toujours du vertige hanté,

Jalouse du néant l'insensibilité.

— Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Etres !

L4déal du poète ^

Vers le Ciel, où son œil voit un trône splendide. Le poète serein lève ses bras pieux.

Et les vastes éclairs de son esprit lucide Lui dérobent l'aspect des peuples furieux :

« Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance Comme un divin remède à nos impuretés Et comme la meilleure et la plus pure essence Qui prépare les forts aux saintes voluptés !

Je sais que vous gardez une place au Poète Dans les rangs bienheureux des saintes Légions, Et que vous l'invitez à l'étemelle fête De» Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique Où ne mordront jamais la terre et les enfers, Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre % Les métaux inconnus, les perles de la mer. Par votre niain montés, ne pourraient pas suffire A ce beau diadème éblouissant et clair ;

Car il ne sera fait que de pure lumière,

Puisée au foyer saint des rayons primitifs,

Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière, .

Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs ! »

' Ces vere si purs montrent la partie vraiment saine de l'âme du poète ; ils confirment ce que nous avons dit dans la notice qui lui est consacrée,

* Aujourd'hui Toudmour, située dans une oasis du grand désert qui sépare la Syrie de TArabie; elle fut détruite par Aurélien en 273; on y voit les ruines d'un fameux temple du soleil ou de Baal.

180 CHBESTOMATHIE FRANÇAISE

L'œuvre de Baudelaire ne peut être lue qu'en extraits, dans une chrestomathie. Pour les personnes qui auraient besoin de l'étudier plus à fond, voici la liste des principaux travaux critiques faits sur lui : Sainte-Beuve, Causeries du lundis t. IX , et Nouveaux lundis, t. I; Théophile Gautier, Notice des Œuvres complètes (1868) ; Gh. Asselineau, Charles Baudelaire, sa vie et son œuvre (1869), et Gh. Baudelaire, Souvenirs, correspondance, bibliographie (1872) ; Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine {iSSS); Maurice Spronck, L«a Artistes littéraires (1889); Guyau, L'art au point de vue sociologique; Ed. Scherer, Etudes sur la littérature contemporaine; Anatole France, La vie littéraire; Lauson^ Histoire de la littérature française.

Né à Moulins en 1823, mort à Paris en 1891.

Si de Banville, homme de cœur et de distinction, n'avait donné à un de ses principaux recueils le titre significatif dî^Odes funambulesques, il serait irrévérencieux de le comparer à un danseur de corde ; mais cette comparaison est justifiée par l'aveu même du poète. Jl a dansé toute sa vie, merveilleusement d'ailleurs, sur la corde lyrique : c'est le plus grand des funambules poétiques. Son œuvre renferme un curieux mélange de lyrisme fantaisiste, de comique charmant, de description plastique et d'observation moyenne. Le fond n'y compte presque pas, car il avait peu d'idées et des sentiments très calmes : ses vers sont presque toujours écrits avec des riens. En revanche la forme y tient une place considérable. Banville professait un véritable culte pour le style prosodique et l'eurythmie savante ; la rime, dont il a donné une curieuse théorie, dans son Traité de poésie française, était pour lui l'élément essentiel du vers. La plupart de ses œuvres, très utiles à étudier à cet égard-là, sont des jeux de métrique et de rythme. Chez lui, l'évolution verbale des romantiques s'achève en étincelante fantaisie de versificateur virtuose. Influencé par ses fortes études classiques, il renoua, lui aussi, dans ses vers, la tradition gréco-latine. Par là et par son culte de la forme, il est un des précurseurs du Parnasse contemporain. Il a brillé égsilement dans la comédie sentimentale. Son théâtre en vers, d'une imagination charmante, a une très grande originalité ; c'est la partie la plus solide de son œuvre.

Le saut du tremplin ^

Clown admirable, en vérité !

Je crois que la postérité, Dont sans cesse l'horizon bouge, Le reverra, sa plaie au flanc.

Il était barbouillé de blanc, De jaune, de vert et de rouge.

Même jusqu'à Madagascar Son nom était parvenu, car

* Extrait des Odes funambulesques (1857). Cette pièce donne bien une idée du genre banvillesque par excellence : le boulTon uni au lyrique, la rime rare et inattendue produisant l'effet comique. — Tremplin : en italien, un trampellino {trampolino) ; en anglais, a jump-board ; en allemand, ein Trampolin.

C'était selon tous les principes Qu'après les cercles de papier, Sans jamais les estropier Il traversait le rond des pipes.

De la pesanteur affranchi, Sans y voir clair il eût franchi Les escaliers de Piranèse '.

La lumière qui le frappait, Faisait resplendir son toupet Comme un brasier dans la fournaise.

Il s'élevait à des hauteurs Telles, que les autres sauteurs Se consumaient en luttes vaines.

Ils le trouvaient décourageant.

Et murmuraient : « Quel vif argent Ce démon a-t-il dans les veines ? »

Tout le monde criait : « Bravo ! »

Mais lui, par un effort nouveau.

Semblait raidir sa jambe nue, Et, sans que l'on sût avec qui.

Cet émule de la Saqui ^ Parlait bas en langue inconnue.

C'était avec son cher tremplin.

Il lui disait : « Théâtre, plein D'inspiration fantastique, Tremplin qui tressaille d'émoi Quand je prends un élan, fais-moi Bondir plus haut, planche élastique !

» Frêle machine aux reins puissants Fais-moi bondir, moi qui me sens Plus agile que les panthères, Si haut que je ne puisse voir Avec leur cruel habit noir Ces épiciers et ces notaires !

» Par quelque prodige pompeux, Fais-moi monter, si tu le peux,

» Piranèse ou plutôt Piranesi, célèbre architecte et craveur italien du XVIII"»» siècle, qui donna d'admirables estampes des ruines de 1 Italie.

> Célèbre danseuse de corde du second empire.

Jusqu'à ces sommets où, sans règles, Embrouillant les cheveux vermeils Des planètes et des soleils, Se croisent la foudre et les aigles.

» Jusqu'à ces éthers pleins de bruit, Où, mêlant dans l'affreuse nuit Leurs haleines exténuées, Les autans ivres de courroux Dorment, échevelés et fous, Sur les seins pâles des nuées.

» Plus haut encor, jusqu'au ciel pur ! Jusqu'à ce lapis dont l'azur Couvre notre prison mouvante !

Jusqu'à ces rouges Orients Où marchent des dieux flamboyants, Fous de colère et d'épouvante.

» Plus loin ! plus haut ! je vois encor

Des boursiers à lunettes d'or,

Des critiques, des demoiselles

Et des réalistes en feu.

Plus haut! plus loin ! de l'air ! du bleu !

Des ailes ! des ailes ! des ailes ! »

Enfin, de son vil échafaud, Le clown sauta si haut, si haut, Qu'il creva le plafond de toiles Au son du cor et du tambour, Et, le cœur dévoré d'amour, Alla rouler dans les étoiles.

La morte ^

Ils se disent, ma colombe.

Que tu rêves, morte encore, Sous là pierre d'une tombe :

Mais, pour l'âme qui t'adore.

Tu t'éveilles, ranimée, 0 pensive bien-aimée !

* Extrait des Exilés (1874), le meilleur ouvrage du poète. — Pièce écrite en 1869; elle constitue un joli essai de poésie en rimes féminines, dont Paul Verlaine et, après lui,, les symbolistes ont donné de remarquables exemples.

Par les blanches nuits d'étoiles.

Dans la brise qui murmure, Je caresse tes longs voiles, Ta mouvante chevelure, Et tes ailes demi-closes Qui voltigent sur les roses !

O délices I je respire

Tes divines tresses blondes !

Ta voix pure, cette lyre.

Suit la vague sur les ondes,

Et, suave, les effleure.

Gomme un cygne qui se pleure !

La belle Aude ^

En arrivant dans sa ville aux cent tours, Charles s'écrie : « Ah I cœurs pleins d'artifice ! Ah ! mécréants ! pourvoyeurs de vautours ! Il faut enfin qu'on vous anéantisse.

Que tous les pairs de ma cour de justice Viennent, dit-il, me trouver sans délais : Je veux qu'on parte "et qu'on les avertisse. » Mais en passant le seuil de son palais.

Sous un habit d'argent où l'émeraude Jette ses feux près du rubis sanglant, Il voit venir près de lui la belle Aude ^ Aux fins cheveux d'or p&le et ruisselant. « Sire, dit- elle, et tout en lui parlant, Elle attachait sur lui ses yeux de flamme. Où donc est-il votre neveu Roland, Qui m'a juré de me prendre pour femme ? »

A ce discours le puissant Empereur,

Le vieux lion courroucé, le^grand chêne,

Baisse la tête et frémit de terreur.

De larges pleurs brûlants, des pleurs de haine,

Tombent à^flots dans sa barbe^hautaine :

« Hélas ! dit-il, ce faiseur de travaux.

Cet artisan d'exploits, mon capitaine.

Le bon*Roland, est mort à'Roncevaux.

1 Extrait des Exilés. — Pièce écrite en 1860.

* Dans la Chanson de Roland, où Banville a' puisé son sujet (voir plus La ut page 90). Aude est la fiancée du héros français.

184 CHRESTOMATHIE FEANÇAISE

Mais, ô ma sœur, amie au col de cygne, Je te promets un époux, fils d'aïeux Fiers de lignage et de valeur insigne Pour te servir à la face des cieux.

Il séchera les larmes de tes yeux Qui pleureraient toujours de chers fantômes. C'est mon Louis, je ne puis dire mieux : Il est mon fils, il aura mes royaumes. »

Aude sourit. Vite, un rayon charmant Fleurit sa lèvre austère que l'on vante. « Je le vois bien, dit-elle doucement A l'Empereur tout glacé d'épouvante.

Vous vouliez donc railler votre servante ! Vous m'avez dit ces choses-là par jeu ! Que, Roland mort, Aude reste vivante î Cela ne plaise à notre Seigneur Dieu ! »

Elle pâlit. Gomme dans la campagne

Se brise un lys, la jeune fille ainsi

Se laisse choir aux pieds de Charlemagne,

Le cœur brisé par un si grand souci.

Sa lèvre est blême et son cœur est transi \

La voilà morte et froide et son front penche.

Morte à toujours ! Dieu lui fasse merci

Et dans les cieux prenne son âme blanche !

L'empereur tremble et tressaille ; d'abord Il ne la croit que pâmée ; il la frôle ; Il la soulève en tremblant, lui si fort ! La tête, hélas ! retombe sur l'épaule.

Va, c'en est fait, ô perle de la Gaule ! Ses longs cheveux, tandis qu'elle s'endort. Tombent pareils à des branches de saule : C'est bien le doigt farouche de la mort.

Charles, pensif, navré dans ses tristesses.

Ayant connu cette vaillante amour,

Au même instant mande quatre comtesses

Qu'il fit venir en grand deuil à sa cour

Pour veiller Aude aux bras blancs nuit et jour.

Et puis elle eut sa place au pied des Anges,

* Glacé. Ce mot voulait dire, en vieux français, passer de vie à trépas (du latin transir e).

Dans un moutier * de nonnaîns ' doux séjour Où de Marie on chante les louanges.

Sa blanche tombe est sous un noir buisson Où Taubépine étend ses longues branches. Le rossignol en suave chanson Y vient la nuit jeter ses notes franches ; La violette et les sombres pervenches Semblent gémir sur un trépas si beau, Et Ton verra des roses toutes blanches Pendant mille ans fleurir sur son tombeau.

Car elle est morte, aimable entre les vierges !

Et Ganelon ^ attend son jugement,

Vil, enchaîné, meurtri, fouetté de verges.

Mais Aude morte égale son amant.

Dans le sépulcre elle dort fièrement,

Et Charles pleure encor cette pucelle

Qui fut sans tache ainsi qu*un diamant,

Et brave cœur et gente demoiselle.

Le sanglier ^

C'était auprès d'im lac sinistre, à l'eau dormante. Enfermé dans un pli du grand mont Erymanthe ^, Et l'antre paraissait gémir et, tout béant, S'ouvrait, comme une gueule affreuse du néant ; Des vapeurs en sortaient, ainsi que d'un Averne ®. Immobile, et penché pour voir dans la caverne. Hercule regarda le sanglier hideux.

Les loups fuyaient de peur quand il s'approchait d'eux. Tant le monstre effaré, s'il grognait dans sa joie. Semblait effrayant, même à des bêtes de proie. Il vivait là, pensif. Lorsque venait la nuit. Terrible, emplissant l'air d'épouvante et de bruit,

* Mot archaïque dérivé du latin monastérium, doublet de formation populaire du mot moncutère,

* En vieux, français, où il y avait des cas, nonne était le cas sujet ; nonnain le cas complément.

* Dans la Chanson de Roland, Ganelon est le traître qui livre Roland aux Sarrasins. Voir plus loin l'extrait de La Fille de Roland.

* Extrait des Exilés. Cette pièce est de 1862. Il s'agit ici de l'un des travaux d'Hercule.

s Montagne d'Arcadie, en Grèce.

^ Lac de l'Italie, près du golfe de Baïa, où la sibylle de Cumes avait son antro. Les Romains le considéraient comme une des entrées des Enfers.

En cassant les lauriers au pied des monts sublimes,

n allait dans le bois déchirer ses victimes ;

Puis il rentrait dans Tantre^ auprès des flots dormants.

Couché sur la chair morte et sur les ossements,

n mangeait, la narine ouverte et dilatée,

Et s'étendait parmi la boue ensanglantée.

Noir, sa tanière au front obscur lui ressemblait.

Les ténèbres et lui se parlaient. Il semblait,

Enfoui dans l'horreur de cette prison sombre,

Qu'il mangeait de la nuit et qu'il m&chait de l'ombre.

Hercule, que sa vue importune lassait, Se dit : « Je vais serrer son cou dans im lacet ; Ma main étouffera ses grognements obscènes. Et je l'amènerai tout vivant dans Mycènes *, » Et le héros disait aussi : « Qui sait pourtant, S'il voyait dans les cieux le soleil éclatant. Ce que redeviendrait cet animal farouche ? Peut-être que les dents cruelles de sa bouche Baiseraient l'herbe verte et frémiraient d'amour, S'il regardait l'azur éblouissant du jour ! » Alors, entrant ses doigts d'acier parmi les soies Du sanglier courbé sur des restes de proies. Il le traîna tout près du lac dormant. En vain. Blessé par le soleil qui dorait le ravin. Le monstre déchirait le roc de ses défenses. Il fuyait. Souriant de ces faibles offenses. Hercule, soulevant ses flancs hideux et lourds, Le ramenait au jour lumineux. Mais toujours. Attiré dans sa nuit par un amour étrange, Le 3anglier têtu retournait vers la fange. Et toujours, l'effrayant d'un sourire vermeil. Le héros le traînait de force au grand soleil.

A un enfant^.

Enfant dont la lèvre rit Et, gracieuse, fleurit Comme une corolle éclose, Et qui sur ta joue en fleurs

1 Célèbre capitale de l'Argolide où régna Agamemnon. Schliemann -on. 1876, et plus tard, l'archéologue grec Stamakis, y ont découvert des tombes royales contenant des momies littéralement couvertes d'ornements en or, qu'on peut voir au musée d'Athènes.

* Extrait des Exilés La pièce est de 1865.

Portes encor les coiileurs Du soleil et de la rose !

Pendant ces jours filés d'or Où tu ressembles encor A toutes les choses belles, Le vieux poète bénit Ton enfance, et le doux nid Où ton âme ouvre ses ailes.

Hélas ! bientôt, petit roi, Tu seras grand ! souviens-toi De notre splendeur première.

Dis tout haut les divins noms.

Souviens-toi que nous venons Du ciel et de la lumière.

Je te souhaite, non pas De tout fouler sous tes pas Avec un orgueil barbare, Non pas d'être un de ces fous.

Qui sur l'or ou les gros sous Fondent leur richesse avare;

Mais de regarder les cieux !

Qu'au livre silencieux Ta prunelle sache lire, Et que, docile aux chansons, Ton oreille s'ouvre aux sons Mystérieux de la lyre !

Enfant bercé dans les bras De ta mère, tu sauras Qu'ici-bas il faut qu'on vive Sur une terre d'exil Où je ne sais quel plomb vil Retient notre âme captive.

Sous cet horizon troublé. Ah ! malheur à l'Exilé Dont la mémoire flétrie Ne peut plus se rappeler Et qui n'y sait plus parler La langue de la patrie !

Mais le ciel, dans notre ennui, N'est pas perdu pour celui Qui le veut et le devine, Et qui, malgré tous nos maux, Balbutie encor les mots Dont l'origine est divine.

Emplis ton esprit d'azur !

Garde-le sévère et pur,

Et que ton cœur, toujours digne

De n'être pas reproché,

Ne soit jamais plus taché

Que le plumage d'un cygne !

Souviens-toi du paradis, Cher cœur 1 et je te le dis Au moment où nulle fange Terrestre ne te corrompt.

Pendant que ton petit front Est encor celui d'un ange.

Andromède ^

Andromède gémit dans le désert sans voile, Nue et pâle, tordant ses bras sur le rocher. Rien sur le sable ardent que la mer vient lécher, Rien! pas même un chasseur dans un abri de toile.

Rien sur le sable, et sur la mer pas une voile ! Le soleil la déchire, impitoyable archer. Et le monstre bondit comme pour s'approcher De la vierge qui meurt, plus blanche qu'une étoile.

Ame enfantine et douce, elle agonise, hélas ! Mais Persée aux beaux yeux, le meurtrier d'Atlas, Vient et fend l'air, monté sur le divin Pégase.

Il vient, échevelé, tenant son glaive d'or. Et la jeune princesse, immobile d'extase. Suit des yeux dans l'azur son formidable essor.

^ Extrait des Princesses (1874). — C'est une des meilleures pièces de la série consacrée à l'antiquité gréco-latine. Comparer ce sonnet avec celui de Heredia reproduit plus loin. Dans la mythologie, Andromède, fille du roi Céphée, a été enchaînée au bord de la mer où un monstre doit la dévorer. Le héros Persée, fils de Jupiter et de Danaé, monté sur le cheval ailé Pégase, tue le monstre et la délivre.

Florise ^

La scène se passe ea 1631, au château d'Atys, près de Blois. A la suite d'un accident, la troupe des comédiens du célèbre .auteur Alexandre Hardy, dans laquelle se trouve une remarquable actrice, Florise, est venue demander l'hospitalité aux châtelains. Le jeune comte Olivier d'Atys est séduit par l'admirable beauté delà grande comédienne; il lui demande sa main. Florise, touchée elle-même par la déclaration du jeune homme, accepte sa proposition. Alexandre Hardy, que ce départ navre, essaye en vain de lui persuader qu'elle n'est pas faite pour le mariage, qu'elle se doit à son art merveilleux. Il a alors recours à une ruse : avant de partir, il fait jouer devant les hôtes du château sa pièce : L'Amazone Hippolyte. En entendant une autre actrice débiter sans enthousiasme et sans taleilt le rôle principal qu'elle devait créer, Florise est reprise par le démon du théâtre; elle écarte sa compagne, se met à jouer à sa place, en s'enthousiasmant par degré. Le feu sacré de la poésie lui brûle le cœur ; elle va être entièrement retournée et renoncera d'elle-même à l'hymen qui se préparait.

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