‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 49 sur 176 · ROSIDOR · texte numérisé non relu

ROSIDOR

CELIDEE

Quels cris victorieux !

OLIVIER, s'approchant à son tour.

Mais quoi !

Florise, à ce vil jeu vous doimer tout entière ! La fièvre cependant brûle votre paupière. Ah! voyez, ces cruels prodiges vous tueront : Vous pâlissez, et l'eau coule sur votre front!

Bas, avec colère.

Et puis voir un bouffon de ces hordes maudites Vous tenir dans ses bras! près de son cœur!

FLORISE, avec une indifférence hautaine et superbe.

Vous dites?

' Comédie en quatre actes (1870). Extrait de l'acte IV. La scène commence au moment où Florise, en proie à la plus vive émotion, vient de lire une partie du rôle. Les personnages qui parlent ici sont le chef, les acteurs et les actrices de la troupe, et la tante du jeune comte, Gélidée. Cette comédie est sûrement la plus originale de l'auteur.

OLIVIER, à mi-voix.

Reposez- VOUS, — un tel effort doit vous briser, — Dans votre appartement. — Venez.

FLORISE, haut, avec éclat.

Me reposer !

Quand je revis ! Quand je renais ! Quand je m*élance Au but, après avoir rompu l'affreux silence ! Oui, c'est bien moi, Florise! Enfin! — Je triomphais De vous et je jouais à l'amour. J'étouffais!

Avec une profonde rêverie.

Oui, nous sommes ainsi. Quelquef ois^ ô Nature ! Nous rêvons dans ton sein l'ombre, la vie obscure, Les devoirs accomplis auprès d'un gai foyer ; Mais que notre astre errant se mette à flamboyer, Que ces oiseaux au vol étincelant, les Rimes ! Voltigent en chantant parmi les vers sublimes. Que le Drame se lève et nous dise : C'est moi! Nous le suivons, ce Dieu, notre amant, notre roi ! Le reste, — le foyer, les baisers d'une mère. Les enfants, — tout cela pour nous c'est la chimère !

S'exaltant.

L'art est une patrie aux grands cieux éclatants Où vivent, en dehors des pays et des temps, Les élus qu'il choisit pour ses vivantes proies; Et ceux-là, donnez-leur vos demeures, vos joies. Tous les honneurs, toujours leurs cœurs inconsolés Pleureront, car ils sont chez vous des exilés !

OLIVIER

Florise! quel démon vous aveugle? — Oh! je pleure. Tenez ! Vous me disiez vous-même, tout à l'heure, Ici, que vous m'aimiez ! — Non, vous ne pouvez pas Me quitter, quand mon âme est clouée à vos pas. Florise, votre amour est à moi ! — Je l'exige. Il me le faut.

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