‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 50 sur 176 · FLORISE · texte numérisé non relu

FLORISE

Enfant ! Vous le voulez ! Que puis-je Pour vous, moi, vagabonde ? Et qu'est-il de commun Entre vous et moi ? Rien. Le sauvage parfum Qui vient des bois m'enivre, et je suis de la race De ces bohémiens qu'une chaîne embarrasse ^ !

* Il est presque superflu d«» faire remarquer la couleur romantique de cette pièce :

Etre semblables, vous et moi ! Nous l'essaîrons

Vainement. Vous disiez : Fuyez ces histrions I

Eh bien! je ne peu^ pas les quitter, je suis faite

Comme eux pour obéir au souffle du poète.

Ils sont mon sang, ils sont ma chair même. Je veux

Comme eux que l'Aquilon souffle dans mes cheveux,

J'ai besoin d'écouter l'éloquence magique

De la Muse parlant avec sa voix tragique ;

Je le suivrai toujours ce clairon belliqueux

Dont le cri les transporte, — et je pars avec eux !

OLIVIER

Non, Florise ! Mon front se brise. — Oh ! la folie ! Ne m'abandonnez pas ainsi, je vous supplie. Ou laissez-moi d'abord mourir à vos genoux!

FLORISE, avec attendrissement, mais d'une voix ferme.

Tous ces lâches regrets sont indignes de nous.

Ne nous obstinons pas, d'une âme si frivole,

A vouloir retenir un rêve qui s'envole;

Mais plutôt laissons voir, par nos efforts sacrés,

Que cet instant d'amour nous a transfigurés!

On fait la guerre : allez combattre ! — Soyez brave

Comme il sied à celui qui s'est dit mon esclave

Pendant un jour ; et si l'Art, mon maître et mon Dieu,

Veut m'embraser la lèvre à son charbon de feu,

Par la mâle splendeur de quelque renommée.

Je serai digne aussi que vous m'ayez aimée.

A vos premiers accents mon être a tressailli.

Et je les savourais d'un cœur enorgueilli,

Si, vouée à ce Dieu des paroles vivantes

Qui m'a choisie et mise au rang de ses servantes,

Je n'eusse appartenu, porte-flambeau du jour,

A quelque chose encor de plus grand que l'amour !

Vivez. Moi je retourne à mes courses errantes.

Et quand, tenant des lys dans ses mains transparentes.

Loin du seuil de la vie où je vous ai laissé

Le fantôme charmant qu'on nomme le passé

M'apparaîtra, gardant vos traits que rien ne change,

Il aura la jeunesse et la fierté d'un Ange !

Et maintenant, partons, Hardy !

ce n'est pas une peinture de caractères ou de mœurs du XVII"»» siècle, mais uno comédie romanesque, dans laquelle l'auteur a épanché son lyrisme de poète du XIX«« siècle, du reste magnifiquement.

Aux comédiens.

Venez.

Joie des comédiens qui, gaiement et le sourire sur les lèvres^ se disposent à partir. — A Gélidée, qui lui tend la main avec effusion.

Adieu, Madame!

A Olivier.

Adieu, monsieur le comte!

OLIVIER

Oh ! c/est trop peu D'instants! Restez encore un peu! — Que je vous voie! D'ailleurs, non, je ne puis ainsi tuer ma joie. Je ne peux pas vous perdre, et ce cœur ulcéré Dit : Non ! Je ne peux pas. Je vous disputerai A quiconque veut voir son audace punie, Et...

Ici, sur un signe de Hardy, après avoir encore une fois salué leurs hôtes, les comédiens sortent lentement, suivis par Guillemette, qui, toujours, pleurant, s'attache au pas de Jodelet. Hardy s'avance alors vers Olivier, et lui répond avec une dignité irrésistible.

HARDY, s'avançant.

Disputez-la donc, monsieur, à son génie! Au Destin, qui l'emporte en son vol effréné ! La vie est pour nous tous un combat acharné. Nous avons beau rêver! Sans cesse à notre oreille Le noir clairon Devoir éclate et nous réveille, Et répète, forçant nos fronts à s'entr'ouvrir : Va te sacrifier! Va lutter! Va mourir ! Le lâche seul évite en pleurant la mêlée. Il faut la suivre, folle, ardente, échevelée, Et lorsque vient le soir, triomphant ou vaincu. Confesser sa croyance, et c'est avoir vécu ! — Pâles humains, c'est là ce qui nous divinise !

OLIVIER, à Florise.

Oh ! par pitié! — Par grâce! — Ecoutez-moi, Florise.

FLORISE, avec résolution.

Non. Pas un mot de plus, ou je vous haïrais.

OLIVIER, avec déchircîmeiit.

Hélas !

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