HENRI DE BORNIER
Né à Lunel en 1825, mont à Paris en 1901.
Ce noble poète commença sa carrière au moment où s^achevait le romantisme. En 1845, quand parurent ses Premières feuilles, il était complètement inféodé à cette école dont il avait les sentiments et les procédés. Plus tard, il travailla beaucoup à la bibliothèque de l'Arsenal, ses idées se modifièrent et, par un curieux retour vers le passé, il subit fortement l'influence de la littérature classique. On peut aisément discerner dans ses œuvres la marque de la double source poétique où s'étancha son esprit; il y a en lui du Victor Hugo et du Corneille. Les plus belles œuvres de Henri de Bornier sont des pièces de théâtre. Il a eu, après 1870, aVec sa Fille de Rolmid, un des succès les plus retentissants de la scène française. Ce succès était dû en partie aux angoisses nationales du public ; ce drame, traversé d'un ardent soufïïe patriotique, interpré-
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tait éloquemment les aspirations douloureuses des cœurs français ; tout le monde faisait fête au poète consolateur. La pièce mérite du reste pleinement Tadmiration qu'elle a excitée en France et i Tétranger où on l'a traduite presque partout : c'est une des plus belles œuvres du théâtre. Si la hauteur morale suffisait à faire les chefs-d'œuvre, on citerait peutêtre celle-ci comme la première de la France. Malheureusement chez Henri de Bornier, l'artiste proprement dit n'égale pas le poète ; il lui faudrait une langue plus éclatante et plus riche pour exprimer dignement son admirable idéalisme ; il est parfois inégal à son propre génie. Son œuvre, toutefois, restera, parce qu'elle est grande, noble, généreuse et, pour ainsi dire, géniale par la beauté morale qui s'y trouve réalisée.
Les deux glaives ^
La France, dans ce siède, eut deux grandes épées, Deux glaives, l'un royal et l'autre féodal, Dont les lames d'un flot divin furent trempées; L'une a pour nom Joyeuse, et l'autre Durandal.
Roland eut Durandal. Oharlemagne a Joyeuse, Sœurs jumelles de gloire, héroïnes d'acier, En qui vivait du fer l'âme mystérieuse, Que pour son œuvre Dieu voulut s'associer.
Toutes les deux dans les ihêlées Entraient jetant leur rude éclair, Et les bannières étoilées Les suivaient en flottant dans l'air !
Quand elles faisaient leur ouvrage.
L'étranger, frémissant de rage, Sarrasins, Saxons ou Danpi^, Tourbe hurlante et camassière.
Tombait dans la rouge poussière De ces formidables tournois !
Durandal a conquis l'Espagne; Joyeuse a dompté le Lombard; Chacune à sa noble compagne Pouvait dire : Voici ma part !
Toutes les deux ont par le monde Suivi, chassé le crime immonde, Vaincu les païens en tout lieu; Après mille et mille batailles, Aucune d'elles n'a d'entailles Pas plus que le glaive de Dieu!
> Extrait de La Fille de Roland, drame en quatre actes (187b). Le drame est ceusé se passer au IX* siècle. C'est le héros de la pièce, Gérald, qui parle ici .
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Hélas! La même fin ne leur est pas donnée! Joyeuse est fière et libre après tant de combats, Et quand Roland périt dans la sombre journée, Durandal des païens fut captive là-bas!
Elle est captive encore, et la France la pleure S Mais le sort différent laisse l'honneur égal^ Et la France, attendant quelque chance meilleure, Aime du même amour Joyeuse et Durandal!
La Fille de Roland'.
Oauelon, le traître de Roncevaux, n'est pas mort. Sauvé par des moines qui Tont soigné après son supplice, il a pu se faire passer, pour mort et vit sous le nom d'Amaury, dans le château de Montblois, au bord du Rhin, près de la Marche saxonne. Il s'est repenti de son crime j pour le racheter, il a élevé son fils, Gérald, dans le culte de Thonneur et de la vertu. Quand l'action commence, celui-ci rêve d'accomplir de nobles exploits. Le hasard lui fournit l'occasion de sauver Berthe, la fille de Roland, que les Saxons allaient ravir.^ Un peu plus tard, il tue le féroce émir Noéthold qu'aucun seigneur français n'a pu jusqu'ici vaincre en champ clos, et reprend Durandal, Tépée de Roland. A la suite de ces hauts faitSj Gharlemagne accorde à Gérald la main de Berthe ; mais un Saxon a reconnu Oanelon caché sous Amaury; il dénonce le traître pour venger sa race. Le terrible secret, ignoré jusqu'ici de Gérald, va détruire à jamais sou bonheur.