Scène première
GÉRALD, BERTHE, LE DUC NAYME, RAGENHARDT, AMAURY, GEOFFROY, HARDRÉ, jextkes filles, jeunes seigneurs
LE DUC NAYME, debout à gauche.
Approchez tbus les deux, jeune fille et jeune homme ; C'est Gérald de Montblois et Berthe qu'on vous nomme?
GÉRALD ET B]p»THE
.Oui, sire.
LE DUC NAYME
L'Empereur m'ayant commis ce soin, Moi, duc Nayme, prenant cette foule à témoin,
* Le public de 1875 voyait dans ce vers une allusion à TAlsace-Lorraine, et, quand le grand acteur Mounet-SuUy le disait avec sa voix admirable, la salle semblait prête à crouler sous les applaudissements.
' Il n'est pas inutile de rappeler que cette pièce, jouée en 1875, fut composée en 1863, bien antérieurement aux événements de l'Année terrible. Les allusions qui s'y trouvent aux malheurs et aux espoirs de la France proviennent donc des analogies historiques et non de la volonté même de Tauteur. — Avant d'aborder cette pièce, lire Le Cor d'Alfred de Vigny, page 90. Pour une étude plus complète, consulter la Chanson de Roland, édition Léon Gautier.
Ici du dizainier ^ je remplirai la charge ; L'Empereur veut ainsi d'une façon plus large Honorer cet hymen... Venez donc devant moi Echanger les présents, comme le veut la loi. Mais, d'après cette loi dont aucun ne s'exempte. Je dois interroger l'époux qui se présente, Afin qu'il puisse encore, ayant mieux réfléchi, Revenir sur ses pas avant le seuil franchi. — Gérald, un homme fut, dans les temps héroïques. Grand parmi les plus grands, parmi les plus stoïques; Vingt ans nous l'avons vu, marchant au doigt de Dieu Sous son hlanc gonfanon ^ et son cimier de feu; Son courage était fait de sa haine du crime. Il était généreux surtout et magnanime; Le soir de Boncevaux, dans le fatal vallon. Quand XDlivier mourant maudissait Ganelon : « Tais-toi, lui dit Roland, plus de parole amère ; » Epargne devant moi le mari de ma mère! » L'univers, où son nom vient toujours retentir, Vénère maintenant le chevalier martyr.
Si bien que, nous offrant ce rare et noble exemple, La tombe de Roland lui peut servir de temple! Tel fut Roland. — Voici sa fille près de toi, Sire Gérald ; avant de recevoir sa foi, Cherche si dans ton cœur ferme, loyal, fidèle, On.ne peut rien trouver qui soit indigne d'elle.
GÉRALD
Rien ! — Je peux donc offrir, messire dizainier, Sur ce bouclier d'or le sel et le denier
Il présente à Berthe le bouclier qu'elle reçoit et reme à une
des suivantes.
LE DUC NAYME
Dame Berthe, a présent, selon le même usage^ Offrez au fiancé les dons du mariage.
BERTHE
Messire dizainier, j'offre donc devant vous Le manteau, puis Tépée, à mon futur époux.
Une des suivantes remet à Gérald l'épée et le manteau qu'il fait passer à un seigneur de sa suite.
* Et mieux dizenier (dérivé de la forme dizeine), anciennement chef m^nicipal d'une dizaine, subdivision de quartier.
' De l'ancien haut allemand guntfano; bannière de combat.