DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU COMMENCEMENT DU XYII^ SIÈCLE. XVII
flum le glaive traînant; et il descendirent la jus à uou^ et le vinrent occire au flum, assez près de nostre galie,^ là où nous estions. L'un des chevaliers de la Halequa, qui avoit nom Haraquetaye, le fendist de l'espée et 11 osta le cuer du ventre; et lors il en vint au voj (St. Louis), sa main toute ensanglantée et li dist: Que me donras tu, que je t'ai occis ton ennemi qui t'eust mort se il eust vescu? Et le roy ne 11 respondist onques rien."
Le style de Joinville comme on voit, a perdu la rudesse, mais aussi la grandeur de celui de Villehardouin. La prose sous sa plume est devenue plus facile, les tournures sont plus variées, un nouveau caractère est acquis à la langue, la flexibilité.
Le mouvement un peu fiévreux qui avait signalé le XIIP siècle, s'éteint dans les troubles qui agitèrent le suivant. L'érudition se réfugie dans les cloîtres, et c'est à peine si quelques noms ont survécu. Dans le silence des monastères, on ne compose pas, on copie d'anciens textes. Nicol&s Oresme traduit Aristote, Pierre Berchoire Tite-Live, Eaoul de Presle la Cité de Dieu. Le nom qui résume à lui seul cette époque d'assoupissement et de sombres souvenirs c'est Froissart.
Son r)ère, pauvre peintre d'armoiries, le destinait à l'Église. Mais doué d'une imagination brillante, d'un caractère hardi et aventureux, le jeune homme se sentait une tout autre vocation.
Voir danses et carolies, Oïr ménestrels et paroles Qui s'apertiennent à déduit,
telles étaient, à 12 ans, les inclinations prononcées de Maistre Jean Froissart. Aussi, après avoir été chanoine de Lille, curé de Lestines, trésorier de l'Eglise de Chimay, il abandonne la carrière ecclésiastique, et „se fait historien" — ce sont ses propres paroles. Alors il se met à courir le monde, recueillant à droite et à gauche tout ce qu'il peut rencontrer de faits sur les gens et sur les choses , et compose ainsi son livre des Chro7iiques.
Sous le rapport de la composition, cet ouvrage est loin d'être parfait. La méthode manque, il n'y a point de plan, jjoint d'unité; les vues politiques n'ont pas de profondeur et le sens moral fait totalement défaut. Mais si Froissart n'est pas, malgré sou titre, un historien de premier ordre, c'est un conteur inimitable. Il peint plutôt qu'il n'écrit et son coloris tantôt brillant et léger tantôt sombre et sévère fait ressortir à merveille les hommes et les choses. Sa langue a vieilli, mais ses récits ont conservé une fraîcheur, une vie juvénile qui en font encore une lecture charm.ante. Si l'histoire ne lui dut pas sa régénération comme science exacte et philosophique, la prose lui est redevable d'une élégance, d'une harmonie, d'une facilité à laquelle n'atteignait pas encore la prose, si animée déjà, de l'historien de saint Louis.
L'œuvre de Froissart fut continuée par Enguerrand de Monstrelet. — Un seul trait le distingue des chroniqueurs qui le précédèrent, c'est la part qu'il fait au peuple: jusqu'alors, les grands, les nobles, les hauts
^ à la nage. 2 galère, vaisseau. 3 branle, sorte de danse avec accompagnement de chansonnettes. ■* plaisir.
XVIII RÉSUMÉ SUCCINCT DE L'HîSTOIRE DE LA LI TTÉRAT. FRANÇAISE
dignitaires de l'église avaient seuls pré-occupé les historiens. L'œuvre de Monstrelet n'offre du reste rien de remarquable au point de vue du style qui est lourd, diffus, d'une sécheresse rebutante; il sent son greffier. Juvénal des Ursins, Georges Chastelain, Olivier de la Marche, écrivent aussi l'histoire de leur temps, mais leurs écrits ne marquent que comme documents historiques et rien de plus.
Il est pourtant un ouvrage du XIY^ siècle, où la pensée historique tente de se faire jour c'est celui d'une femme, Christine de Pisan. Son livre de l'Histoire du règne de Charles le Sage, renferme des vues politiques élevées, et ses jugements ont plus de portée que ceux de ses devanciers: on y sent une âme trempée à l'antique, et nourrie de la lecture des anciens. Le style, abondant et fleuri, manque de naturel; un étalage pédantesque d'érudition iui enlève tout le charme que l'imagination méridionale de Christine aurait pu lui donner.
A la sombre torpeur dans laquelle les malheurs publics avaient plongé les lettres, succède enfin un réveil nouveau plus général et plus complet que celui qui signala le XIIP siècle. — Alors un immense et profond travail remue la société tout entière. Depuis les classes les plus infimes jusqu'aux plus élevées tout ce qui pense veut écrire et tout ce qui écrit se remet à penser. Néanmoins ce prodigieux mouvement des. esprits ne produisit rien immédiatement: e-'-est plutôt des tentatives que des œuvres qui m.arquent cette nouvelle période.
Le conte facétieux remplace alors le fabliau naïf. Sur les tréteaux des Bazochiens , dans les farces et les moralités en action se développent les germes de la comédie française. L'on donne pour ainsi parler, de nouvelles éditions des vieux romans, éditions où le langage subit une transformation nouvelle et revêt un caractère que le XVI^ siècle achèvera de lui imprimer.
L'art des vers fait des progrès, mais non la poésie. Deux noms au plus peuvent être cités de la longue liste des soi-disant poètes de l'époque. L'un c'est Villon, surnom que lui a valu son habileté dans l'art de friponnerie, l'autre, Charles d'Orléans, le père de Louis XII. — Spirituel et grossier, hardi et narquois, le premier a en lui toute l'étoffe de la future Bohème parisienne : il a des vers qui brûlent et des mots qui font rêver. Ses œuvres sont le miroir de la société du temps: mélange de cynisme, de bon sens, et de raillerie. Les poésies de Villon sont piquantes d'originalité. Quant au poëte royal , ses vers ont un cachet d'élégance et de bon goût qui contraste d'une façon étrange avec la trivialité de son contemporain. Les ballades et rondeaux qu'il écrivit en Angleterre pendant sa captivité (il avait été fait prisonnier à la bataille d'Azincourt) , sont de petits chefs-d'œuvre du genre. -Ils respirent une certaine tristesse vague et douce comme le souvenir des joies passées, mais rien de grand. De la France que l'étranger ravage, Charles ne regrette que les belles dames, les fêtes splendides et le brillant soleil. — Les malheurs publics qui avaient trouvé insensible Charles d'Orléans, inspirèrent à Alain Chartier son Quadrilogue invectif. — Un ardent patriotisme est l'esprit de ce livre et malgré la pompe un peu emphatique qu'on lui reproche généralement, il renferme des pages d'une éloquence véritable: c'est la première fois que l'amour de la patrie trouve d'aussi beaux accents. Pour Chartier comme pour Christine de