XVI RÉSUMÉ SUCCINCT DE L'HISTOIRE DE LA LITTÉRAT. FRANÇAISE
place aniDi'ès de Xénophon. Le sujet de son livre est l'histoire de la quatrième croisade contre Constantinople.
„Adonc assembla tous li pueples de Venise à un dimeuche qu'il fut moult grans feste de St. Marc. Et i furent li plusieur des barons de la terre et de nos pèlerins. Ains que l'on commençast à chanter la grant messe, li dus de Venise monta el letrin^ pour parler au pueple, et leur dist: ^Seigneur, accompaignié estes alla meillor gent du monde ^ et por le plus hait 3 affaire que oncques gens entrepreïssent; et je suis uns vîeils homs et foibles de cors, et mehaigniés.^ Si aurois dès ores en avant ^ mestier^ de reposer; mais je ne voi orendroie' nul home en nostre comun, qui avant moi, vous seust conduire ne guerroier. Se vos voliez otroier que mes fils^ demorast en la terre en mon lieu pour garder la et gouverner, je prendroie maintenant la croix et iroie avec vos vivre ou mourir, lequel que Dex m'aura destiné." Et quant li communs^ l'oï si s!escria communalment : „Nous l'otroions einsi, et noù^ vos prions "por Dieu, chiers sire, que vous preigniez la crois et que vous en vengniez avec nous."
„Moult ot illec grant pitié au pueple de la terre et as pèlerins, et mainte larme i ot plorée, por ce que li dus eust droite ochoisoni^ de demorer s'il vosist; car il estoit vieils homs, et si beaux iels^^ avoit en la teste, si n'en véoit il goûte; car perdue avoit la vue par une plaie qu'il avoit eue el chef. ^^ Mais il etoit de moult grant cuer, Ha Dex! com mar^^ le ressambloient cil qui as autres pors^^ ierent aies eschiver^^ le péril! Ensi li dus avala ^^ le^'' leterin et s'ala agenoiller devant l'autel St. Marc, moult plorant; et li attachierent la croix en un grant chapel de coton par devant, pour ce qu'il voloit que tous le veïssent. Dont se commencèrent li Vénitien à croisier à moult grant foison."
Que l'on compare maintenant ce langage un peu monotone de tournures, mais parfaitement clair, à l'idiome informe de Charles le Chauve, et l'on au'ra la mesure du progrès accompli par la langue. Ce progrès est encore mieux marqué à quelque cinquante ans de là dans la prose à la fois simple et expressive d'un autre Champenois, croisé comme Villehardouin, mais d'humeur plus badine, de Joinville :
„Cil de la Haleca qui estoient cinq cens à cheval, dit Sire Jean quelque part dans ses mémoires, abattirent les pavillons au soudauc et l'assiégèrent entour et environ dedans la tour avec trois de ses evesques et li escrierent qu'il descendist. Et lors dist que si feroit il, mes que il l'asseurassent. Et il distrent que il le feroient descendre à force et que il n'estoit mie dedans Damiete. Il li lancèrent le feu grijois qui se prist en la tour, qui estoit faite de planches de sapin et de tellei^ de coton. La tour s'esprist hastivement que onques si beau feu ne vi, ne se di*oit. Quant le soudanc vit ce il descendit hastivement et s'en vint fuiant vers le flum.^^ Ceulz de la Halequa avoient toute la voie rompue a leurs espées; et au passer que le soudanc fist pour aler vers le flum, l'un d'euîz li dona d'un glaive parmi les costes, et le soudanc s'enfuit au
^ Lutrin. 2 vons êtes en compagnie de. 3 important. 4 malade, souffrant. 5 dorénavant. 6 besoin. " à présent. 8 mon fils. ^ la foule. *^ sujet, motif, occasion. '^ yeux. ^2 tète. ^3 mal. ^^ ports. ^^ esquiver. ^6 descendit. ^^ du. ^^ toile. ^9 fleuve.