AU ROI D'ANGLETERRE
veraine noblesse. Or ne vueillez faire chose, parquoy elle soit amendrie,^ ne qu'on puisse parler sur vous en nulle villenie.2 Toutes gens diroyent que ce seroit cruauté, si vous faisiez mourir si honnestes bourgeois: qui de leur voulonté se sont mis en vostre mercy, pour les autres sauver. Adonc guigna^ le Eoy: et dît. Soit fait venir le coupe teste. Ceux de Calais ont fait mourir tant de mes hommes, qu'il convient ceux-cy mourir aussi. Adonc la Eoyne d'Angleterre (qui estoit moult enceinte) se mest a genoux en plorant, et dît: Haa, gentil Sire, depuis que je rappassay^ la mer, en grand péril, je ne vous ay riens ^ requis. Or vous prie humblement en don que, pour le Fils, Saincte-Marie, et pour l'amour de moy, vous veuillez avoir de ces six hommes mercy. Le Roy la regarda : et se teut une pièce ;^ puis dît. Haa, Dame, j'aimasse"^ mieux que vous fussiez autre part que cy, vous me priez cy acertes, que je ne vous puis éconduire, si vous les donne à vostre plaisir. Lors la Eoyne emmena ces six Bourgeois eu sa chambre, si leur fit oster les chevestres^ d'entour le col: et les fit revertir et disner tout à leur aise. Puis donna à chacun six Nobles: et les fit conduire hors de l'ost, à sauveté. ^