‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 34 sur 110 · APOLOGUE · texte numérisé non relu

APOLOGUE

de ceux qui fait l'avoyent: mais les becquoit^ et picquoit, et poingnoit,^ et contrarioit. Lors les oiseaux se mirent ensemble; et parlèrent de celuy oisel, qu'ils avoyent empenné- et creu;^ et demandèrent l'un à l'autre quelle chose en estoit bonne de faire, car ils luy avoyent tant du leur donné, qu'ils l'avoyent tellement grandy* et enorgueilly, qu'il ne faisoit compte d'eux. Adonc respondit le Paon, il est trop grandement embelly de mes plumes. Je les reprendray. En nom Dieu (dit le Faucon) aussi feray-je les miennes. Et de tous les autres oiseaux, ainsi ensuyvans,^ chacun dît qu'il reprendroit ce que donné luy avoit;^ et luy commencèrent a retoUir^ et oster son plumage. Quand il veit ce, si s'humilia grandement: et recongnus adonc le bien et l'honneur qu'il avoit, et que le beau plumage ne luy venôit point de luy, car il estoit au monde venu nu, et povre de plumage: et bien luy pouvoyent ester des plumes ceux, qui données les luy avoyent, quand ils voudroyent. Adonc leur cria-il mercy:"^ et leur dît qu'il s'amenderoit , et que plus par orgueil ne par bobant^ il ne les perdroit. Encores de rechef les gentils oiseaux, qui emplumé l'avoyent, en eurent pitié, quand ils le voient humilier: et luy rendirent les plumes, qu'ostees luy avoyent: et luy dirent au rendre,^ Nous te voulons voulontiers veoir entre nous voler, tant que par humilité tu vueilles ouvrer, ^^ car moult bien y affiert. Mais saches, si tu orgueillis^i plus, nous osterons tout ton plumage: et te mettrons au point, ou nous te trouvasmes. — Ainsi beaux Seigneurs (disoit frère Jehan aux Cardinaux qui estoyent en sa présence) vous en adviendra, car l'Empereur de Komme et d'Allemagne, et les Roys Chrestiens, et les beaux Princes terriers, ^^ vous ont donné les biens, les possessions, et les richesses, pour servir Dieu: et vous les despensez et aliénez en orgueil, en bobant et en superfluités.

Apologue de la Corneille du Poëte Horace appliquée à la Papauté par frère Jehan de Rochetaillade.

Froissart, Chronologue.

I Aujourd'hui becqueter. 2 Aiguillonner, percer.

4 ^ . j I deux verbes employés transitivement.

5 Chacun à son tour, à la suite; participe présent du verbe ensuicre, signifiant alors venir après, sans idée de conséquence.

6 Enlever. '^ Pardon. 8 Orgueil, vanité, forfanterie.

9 L'infinitif était employé comme substantif beaucoup plus fréquemment alors que maintenant.

ïo Travailler. — Ce verbe est à peu près complètement hors d'usage; le J)articipe seul, devenu adjectif possessif, est demeuré.

II Enorgueillis. — Lequel est ici le plus logique, enorgueillis ou le mot du texte? (analyser exactement la particule en du composé). Nous avons perda beaucoup de verbes dont il ne nous est demeuré que des dérivés.

12 Terriere: 1" terrestre; 2" en terrier qui possède des terres.

Il serait bon, comme exercice de rédaction, de faire^transcrire ces trois extraits en français moderne — et de reprendre ensuite l'analyse des textes au point de vue de la construction.

ENGUEEEAND DE MONSTKELET.

Jjes détails biographiques qui nous sont parvenus sur cet historien, sont très -peu nombreux. On croit qu'il naquit vers l'an 1390, et qu'il commença ses chroniques à l'âge de 30 ans environ, c'est-à-dire en 1420.

— Il fut prévôt de Cambrai et bailli de Walincourt. — Ses chroniques embrassent un espace de 53 ans (1400 — 1453); elles contiennent le récit des événements contemporains: les guerres de France, d'Artois, de Picardie et d'Angleterre. Considéré comme historien Monstrelet a certaine qualité qui fait défaut à beaucoup, la fidélité ; néanmoins il est quelque peu partial à l'endroit de la maison de Bourgogne de laquelle il dépendait. — Le style de Monstrelet est lourd et diffus; le grand nombre de pièces justificatives qu'il insère dans son histoire, embarrasse son récit et le rend languissant. Eabelais, qui a une manière particulière de juger les gens, lui reproche d'être „ baveux comme un pot à moutarde" malgré cela, l'œuvre de ce chroniqueur renferme de précieux documents historiques que des hommes de talent ont su mettre à profit.

— On doit à M, Buchon la meilleure édition des Chroniques de Mon- 'strelet 1826 — 1827, 12 vol. in -8. Le premier volume contient un mémoire de M. Dacier sur la vie de l'auteur. (Voir la collection des chroniques nationales françaises).

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