‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 57 sur 110 · QUE SOUFFRIT LE ROY LOUIS · texte numérisé non relu

QUE SOUFFRIT LE ROY LOUIS

Il est vray qu'il avoit faict de rigoureuses prisons, comme cages de fer, et autres de boys, couvertes de pâtes ^ de fer par le dehors, et par le dedans, avec de terribles fermures,^ de huict pieds de large, de la haulteur d'un homme, et un pied plus. Le premier qui les devisa, fut l'Evesque de Verdun : qui en la première qui fut faicte, fut mis incontinent, et y a couché quatorze ans.. Plusieurs depuis l'ont mauldit, et moy aussi, qui en ay tasté, soubs le Eoy de présent, huict moys. Autresfois avoit fait faire à des Alemans , des fers trespesant et terribles, pour mettre aux pieds : et y estoit un anneau, pour mettre au pied, fort mal aisé à ouvrir, comme à un Carquan: la chaîne grosse et pesante; et une grosse boule de fer au bout, beaucoup plus pesante que n'estoit de raison: et les appeloit lors^ les Fillettes du Roy. Toutesfois j'ay veu beaucoup de gens de bien prisonniers les avoir aux pieds, qui depuis en sont saillis ^ à grand honneur, et qui depuis ont eu de grands biens de luy: et entre les autres un filx de Monseigneur de la Gruture de Flandres, prins e» bataille; lequel ledict Seigneur maria et feit son Chambelan, et seneschal d'Anjou; et luy bailla cent lances... Or cecy n'est pas nostre matière principale, mais fault revenir à dire qu'ainsi comme de son temps furent trouvées ces mauvaises et diverses prisons, tout ainsi, avant mourir, il se trouva en semblables, et plus grandes prisons, et aussi plus grand paour il eut que ceuJx qu'il avoit tenu. Laquelle chose je tien à tresgrand grâce pour luy, et pour partie de son Purgatoire ; et l'ay dit icy pour monstrer qu'il n'est nul homme de quelque dignité qu'il soit, qui (ne) souffre ou en secret, ou en public; et par especial ceulx qui font souffrir les autres. Ledict Seigneur, vers la fin de ses jours, feit clorre tout à l'entour, sa maison du Plessis-lez-Tours, de gros barreaux de fer, en forme de grosses grilles; et aux quatre coins de sa maison, quatre moineaux de fer,^ bons, grands, et espés; Les dictes grilles estoyent contre le mur, du costé de la place, de l'autre part du fossé : car il estoit à fons de cuve, et y feit mettre plusieurs broches de fer, massonnees au dedans le mur, qui avoyent chascunes trois ou quatre poibctes et les feit mettre fort près l'une de l'autre. Et davantage ordonna dix Arbalestriers , dedans lesdicts fossez, pour tirer à ceulx qui en approcheroyent , avant que la porte fust ouverte: et entendoit qu'ils couchassent ausdicts fossez, et se retirassent ausdicts moineaux de fer. Il entendoit bien que ceste fortification ne suffisoit pas contre grand nombre de gens, ne contre une armée: mais de cela il n'avoit point de paour; seulement craignoit que quelque seigneur, ou plusieurs ne feissent une entreprinse de prendre la place de nuict, demy par amour, et demy par force, avec quelque peu d'intelligence; et que ceulx là prinssent l'authorité, et le feissent vivre comme homme sans sens, et indigne de gouverner. La porte du Plessis ne s'ouvroit qu'il

1 Vieille expression pour plats. 2 vieille expression pour ferrures.

3 Voyez page 80, note 1. 4 ici simplement sortir,

5 En certaines localités l'on mettait, et l'on met encore contre les murs des pots de terre pour faire nicher les moineaux; ces pots ont reçu le nom de pots à passe, de moniau, moineau etc. suivant les localités. — Les quatre moineaux que fit construire Louis XI étaient quatre espèces de petites tourelles, ou bastions appliqués aux angles de son château, comme les pots à moineaux aux murailles des habitations de la campagne.

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