‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 62 sur 110 · CE NOM, SON PRINCE ET SOUVERAIN SEIGNEUR · texte numérisé non relu

CE NOM, SON PRINCE ET SOUVERAIN SEIGNEUR

Jean Calvin paix et salut en Dieu.

Au commencement que je m'appliquay à escrire ce présent livre: je ne pensoye rien moins, Sire, que d'escrire choses qui fussent présentées à vostre Maiesté. Seulement mon propos ^ estoit d'enseigner quelques rudimens : par lesquelz, ceux qui seroyent touchez d'aucune bonne affection de Dieu , fussent instruictz à vraye piété. Et principalement vouloye, par ce mien labeur, servir à nos François , desquelz i'en voyois plusieurs avoir fain et soif de Jésus Christ: et bien peu, qui en eussent receu droicte congnoissance. Laquelle mienne délibération on pourra facilement appercevoir du livre: entant que l'ay accommodé à la plus simple forme d'enseigner, qu'il ma esté possible. Mais voyant que la fureur d'aucuns ^ iniques s'estoit tant eslevée en vostre Royaume, qu'elle n'avoit laissé lieu aucun à toute saine doctrine: il m'a semblé estre expédient, 3 de faire servir ce présent livre tant d'instruction à ceux, que premièrement j'avoye délibéré d'enseigner, que aussi de confession de Foy envers vous: dont^ vous cognoissiez, quelle est la doctrine, contre laquelle, d'une telle rage, furieusement sont enflambez^ ceux, qui par feu et par glaive troublent auiourdhuy vostre Royaume. Car ie n'auray nulle honte de confesser, que i'ay icy compris quasi une somme ^ de ceste mesme doctrine , laquelle ils estiment devoir estre punie par prison, bannissement, proscription et feu : et laquelle ils crient devoir estre deschassée "^ hors de terre et de mer . . .

Calvin continue par l'exposition de cette doctrine puis il termine ainsi: " Mais je retourne à vous , Sire. Vous ne vous devez esmouvoîr de ces faux rapportz, par lesquelz noz adversaires s'efforcent de vous ietter en quelque crainte et terreur: c'est assavoir, que ce nouvel Evangile, ainsi l'appellent -ils, ne cercher autre chose qu'occasion de séditions, et toute impunité de mal faire. Car Dieu n'est point Dieu de division, mais de paix ... Et quant à nous, nous sommes injustement accusez de cupiditez:^ desquelles nous ne donnasmes iamais la moindre suspicion du monde. Il est bien vray- semblable , que nous, desquelz iamais n'a esté ouye une seule parolle séditieuse, et desquelz la vie a tousiours esté cogneuë simple et paisible, quand nous vivions souz vous, Sire, machinions de renverser les Royaumes. Que plus est, maintenant estant chassez de noz maisons , nous ne laissons point de prier Dieu pour vostre prospérité, et celle de vostre Règne. Il est bien à croire, que nous pourchassions un congé ^ de tout mal faire, sans estre reprins:

* Intention, objet. 2 Affirmatif ou négatif? 3 Latinisme.

4 Par où, parqiioi. ^ Enflammé,

6 Abrégé de toutes les parties d'une science.

"^ Chassée entièrement hors de.

** Si ce mot ne s'emploie plus au pluriel, c'est que son acception n'est plus la même. Aujourd'hui, nous lui faisons exprimer d'une manière abstraite et absolue le dèair ^ dans toute son étendue et sa généralité, tandisqu'alors, plus restreint dans sa signification, il pouvait s'entendre de chaque désir en particulier, les représenter individuellement, et prendre ainsi la flexion du nombre. ^ Permission.

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