‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 7 sur 110 · DEPUIS SON ORIGINE JUSQU*AU COMMENCEMENT DU XVIÎ^ SIÈCLE. XIII · texte numérisé non relu

DEPUIS SON ORIGINE JUSQU*AU COMMENCEMENT DU XVIÎ^ SIÈCLE. XIII

Par ces quelques lîgiies, il est facile de se représenter l'espèce de chaos au seiu duquel germait la nouvelle langue. Ce n'est plus du latin, ce n'est pas encore du français , et pour comprendre les paroles de Louis le Germanique nous sommes obligés de les traduire. Deux cents ans plus tard, Guillaume le Conquérant s'exprime ainsi dans les lois qu'il promulgua en Angleterre vers 1069: Ces sount les leis et les eustûmes que le rei Willams grentat a tut le puple de Engleterre après le conquest de la terre ^ iceles mesmes que li reis Edv.'ard sun cosin tint devant lui. Ço est a saveir: y^Pais a saint Yglise etc.^i

Certes voilà qui est bien informe encore et qui ne paraît pas séparé par un intervalle de deux siècles de l'idiome du petit-fils de Charlemagne. — Toutefois, si l'on j regarde bien, l'on verra poindre dans ce court fragment les premiers linéaments caractéristiques du français. Le génie synthétique du latin commence à faire place à l'esprit d'analyse: les mots ont déposé leurs formes variables de flexion pour en revêtir de plus fixes: les particules se sont détachées des mots composés et commencent à jouer leur rôle: fa construction, bien qu'étrange encore, s'éloigne de la construction latine originelle, la décomposition du latin touche à son terme, la formation de la langue française commence.

Avec une cantilène de sainte Eulalie, les serments de 842 et les chartes de Guillaume sont tout ce que l'on possède de cette première période de la langue. Mais dès la fin du XP siècle, et sous l'impulsion que lui ipaprime l'église, l'érudition se réveille; le latin pâlissant de plus en plus et n'étant plus compris du peuple, la langue vulgaire est cultivée, et l'on voit paraître les traductions d'ouvrages importants. C'est à cette époque de première renaissance que l'on fait remonter les Quatre livres des Bois, et ceux des Macchabées, ouvrage dans lequel se trouvent réunis la prose et les vers, un commentaire sur le Psautier, le Cantique de 5. Athanase^ les Morales et les dialogues de S. Grégoire, le Sermon anonyme sur la sagesse etc. etc.

Le douzième siècle, à côté des traductions qui vont augmentant en nombre et en valeur, voit éclore ces immenses compositions à prétentions poétiques dont les vers se comptent par milliers. Les grands souvenirs de l'âge de Charlemagne , jusqu'alors à l'état de tradition orale, sont le premier sujet épique auquel s'essaie le génie des trouvères. La chronique dite de Turpin est la souche de laquelle se détachent ces romans chevaleresques où le grand empereur et les douze pairs sont les héros de merveilleuses aventures, mais où le rôle principal, au lieu d'être rempli par Charlemagne, est confié à ses barons. Puis, à ces éi^opées carlovingiennes s'opposent bientôt de l'autre côté de la Manche, les exploits non moins merveilleux du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde. Ces poëmes d'origine bretonne, où l'imagination de l'auteur, sous l'empire de l'esprit chevaleresque et l'exaltation du sentiment religieux, mêle et confond à plaisir le surnaturel de la légende chrétienne, le fantastique de la tradition Scandinave et le merveilleux de la rêverie orientale, forment la base première sur laquelle s'élèvera le monument littéraire des deux siècles suivants.

Parmi ces essais de la poésie épique du moyen âge, monotones pour

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XIV RÉSUME SUCCINCT DE l'HISTOIRE DE LA LITTERAT. FRANÇAISE

la plupart, il eu est quelques-uns qui offrent des traits d'une véritable grandeur; la chauson de Roland, par exemple, est peut-être ce que la France a produit de plus grandiose dans ce genre. Comme l'analyse de cette œuvre dépasserait le cadre de ce précis, nous n'en citerons qu'un court extrait pour donner une idée de la versification de l'époque.^

Charlemagne et son armée vont quitter l'Espagne et sont engagés dans les passages des Pyrénées ; Roland avec l'élite des chevaliers chrétiens forme l'arrière -garde, quand arrivent les Sarrasins. Le combat s'engage. Ici tout est homérique, et le champ de bataille et les héros. Les chrétiens tombent l'un après l'autre, Roland reste seul avec Olivier et l'archevêque Turpin, c'est alors seulement qu'il se- décide à sonner du cor. — Mais le combat continue et lorsqu'enfin l'on entend retentir les clairons de l'armée chrétienne, Olivier, le frère d'armes de Roland, a succombé, l'archevêque est atteint mortellement; Roland combat encore:

Paein s'en fuient curucus^ e irez,^

Envers* Espaigne tenden^ del espleiter.^

Li quens^ RoUans nes'^ ad^ dunc^ encalcer, lo

Perdut i ad Veillantif sun -destrer;!^

Voellet^^ 0 nun,i3 remes^* i est à piet.i^

Al arcevesque Turpin alat aider,

Sun eimei*^ ad or^^ li deslaçat del chef,i^

Si li toliti9 le blanc osberc léger, 20

E sun blialt^i li ad tut detrenchet, ^^

En ses granz plaies les pans li ad butet, ^3

Cuntre sun piz^* puis si l'ad enbracet.^»

Sur l'erbe verte puis l'ad suef^^ culchet, ^^

Mult dulcement li ad Rolland preiet;^^

„E! gentilz hom, car me dunez cunget. ^9

Noz cumpaignuns, que oumes^o t^nz chers,

Or sunt il morz; nés i devuns laiser.

Joës^i voell32 aler querre^^ e entercer,^*

Dedevant vos juster^^ e enrenger. "36 —

Dist l'arcevesque: „Alez e repairez.37

Cist camp est vostre, mercit Deu! e le mien.''

Rollans s'en turnet, par le camp vait tut suis,

Cercet^^ les vais e si cercet les munz,39

Iloec*^ truvat Gerin et Gérer sun cumpaignun,

E si truvat Berenger e Atuin,

Uoec truvat Anseis e SansuD,

Truvat Gérard le veilH^ de Russillun;

1 Voir dans la Revue de deux Mondes (1852) l'article de M. Vitet sur la Chanson de Roland.

2 courroucés. 3 irrités. * ^q côté de. ^ s'enfuient. 6 comte. " ne les. S a. 9 donc. 10 poursuivi. ^^ destrier. '2 qu'il. 13 veuille ou non. !•* resté. *^ à pied. 16 haubert, i? alors, ^s délaça de la tête. ^^ enlève. 20 casque. 21 bliaut (sorte de vêtement). 22 déchiré. 23 lui a mis. 24 poitrine. ^^ embrassé. 26 doucement. 27 couché. 28 pj-i^. 29 accordez moi. 30 eûmes. 3ï je les, 32 veux. 33 chercher. 34 reconnaître. 35 assembler, réunir. 36 arranger. 37 revenez. 38 cherche, fouille. 39 montagnes. 40 là. 44 vieux

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