DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'AU COMMENCEMENT DE XVII^ SIÈCLE. XV
Par uns e uns^ les ad pris le barun,
Al arcevesqiie en est venuz atut,^
Sis mist en reng dedevant ses gennilz.^
Li arceves.que ne poet muer n'en plurt^
Lievet^ sa main, fait sa beneiçun,^
Apres ad dit: ,,Mare'^ fustes, Seignurs!
Tûtes voz anmes^ ait Deus li glorius!
En pareis^ les metet^^ en seintes flurs!
La meie^^ mort me rent si anguissus, ^^ "
Ja^3 ne verrai le riche empereur."
Par ce peu de vers on peut juger du reste, mais ce qu'il est difficile de se figurer c'est l'ensemble imposant de cette œuvre remarquable.
Cependant, le trouvère français ne pouvait s'en tenir à l'épopée pure, pas plus que le troubadour provençal ne s'était contenté ' de l'églogue. Aussi, dès la fin du 12 siècle, voit-on apparaître des poëmes didactiques, moraux, allégoriques, satiriques. L'esprit gaulois manifesta de bonne heure sa tendance naturelle à la raillerie mordante et au raisonnement. La Bible Guyot , le roman, du Renart , jusqu'aux pieux mystères , sont autant de satires dirigées, aussi bien contre les vices du haut clergé et de la noblesse, que contre les ridicules de la bourgeoisie ou l'abus du pouvoir. A côté de ces grandes compositions dont les unes comptent jusqu'à 50,000 vers, il en est d'autres d'une importance relativement secondaire, mais qui font prévoir ce que sera un jour, dans le domaine de la narration, cette langue française qui se traîne encore si péniblement: ce sont les contes et fabliaux. Leur nombre est considérable, et quant au sujet c'est toujours quelque histoire un peu leste où sont tournés en ridicule certains personnages connus.
A partir du XIII*^ siècle, le langage se nationalise tout à fait. Ce siècle fut un siècle de prodigieuse activité littéraire. Le mouvement des esprits, secondé par de hauts personnages politiques comme Innocent III, Philippe -Auguste, et tout particulièrement saint Louis; dirigé par des hommes éminents tels que Vincent de Bauvais, St. Thomas d'Aquiu, Roger Bacon, Alexandre de Haies, fut un grand pas pour les lettres. Indépendamment des romans et poëmes de chevalerie qui forment encore le gros du bagage littéraire du temps, l'on écrit en langue vulgaire des traités de théologie, de médecine., de jurisprudence, et l'on tente le genre historique.
Précieuse entre toutes à ce dernier point de vue, la chronique de Villehardouin, le croisé Champenois est d'une haute importance dès qu'il s'agit de constater le point où en était alors la prose française. Homme d'action plutôt que de pensée, le bon maréchal de Champagne n'écrit pas pour écrire, il écrit pour conter. Aussi son style a-t-il à un haut degré les qualités du style narratif: concis, bref, rapide. Parfaitement simple, décrivant ce qu'il a vu, disant ce qu'il a fait, ne s'égarant jamais dans des digressions oiseuses, et toujours à la hauteur des événements qu'il raconte, Villehardouin peut à quelques égards trouver sa
^ un à un. ^ à l'archevêque il est venu avec tous. ^ genoux. ^ ne peut s'empêcher de pleurer. ^ lève. ^ bénédiction. "^ à tort. § âmes. ^ paradis. lo mette. " mienne. ^^ angoissé. ^^ plus, jamais.