JACQUES AMYOT
é d'une famille pauvre, en 1513, il dut à sa grande érudition une fortune des plus brillantes. Nommé professeur à Bourges, il y enseigna le grec pendant dix ans. Sa traduction des Amour de Théagène et de Chariclée d^Héliodore^ dédiée à François I, lui valut l'abbaye 'de Belle-, zanne. Le cardinal de Tournon ayant été à même d'apprécier les rares connaissances d'Amyot, le fit nommer précepteur des enfants du roi Henri II. C'est ainsi qu'il dirigea l'éducation de François II, de Charles IX, de Henri III, qui parvenus au trône n'oublièrent pas leur précepteur. Il fut nommé évêque d'Auxerre, conseiller d'Etat, grand aumônier de France, et commandeur du Saint-Esprit. Ces faveurs peu ordinaires excitèrent son ambition, et l'on cite, comme une de ses réponses, le fameux proverbe ,, l'appétit vient en mangeant." Il mourut en 1593.
Ses œuvres sont: Histoire œthiopique d' Héliodore , traduction du grec, 1599, in-fol. ; souvent réimprimé. — Sept livres de Diodore de Sicile^ réimprimé en 1587, in-fol. — Les Amours de Daphnis et Chloé de Longus^ dont les meilleurs éditions sont: celle dite du Eégent, Paris 1718; celle de Didot 1798, in -4; celle qui se trouve dans les œuvres de P. L. Courier. — Les œuvres complètes de Plutarque, édit. Brottier, 1782, 22 volumes in-8.; de Barthélémy Honorât, Paris 1586; de Clavier, Paris, Cussac 1801, 25 volumes in-8.
TRIOMPHE DE PAUL EMILE.i
Le peuple ayant dressé force eschaffaux, tant es lices où se font les ieux de course de chariots et chevaux, que les Latins appelent Circos, comme à l'entour de la place, et autres endroits de la ville par
1 Le roi de Macédoine, Philippe, après une guerre de quelques années, avait dû renoncer à empiéter sur les états circonvoisins. Son fils Persée, mécontant de l'espèce de tutèle en laquelle les Romains tenaient ses Etats, entra dans les vues de son père, et voulut secouer le joug. Après une suite de lâchetés et de tergiversations, il finit par déclarer la guerre à la république romaine. D'abord il fut heureux: il gagna sur le consul Licinius Crassus la bataille de Peluse, sur le Penée, mais Paul Emile, le défit à Pydna. Persée qui s'était réfugié à Pella se mit lui, sa femme et ses enfants, à la discrétion du vainqueur. (Cf. Tite-Live, livre XLIV, 30 et sq.) Le triomphe de Paul Emile effaça tous ceux que l'on avait vus auparavant: la victoire dont il était le couronnement fait époque dans les annales de Rome; le trésor public se trouva tellement enrichi par les dépouilles de la Macédoine, parmi lesquelles il faut compter le domaine royal réuni à ceux de la république, que les citoyens ne payèrent plus aucun tribut. (Cf. Plin. XXXIII, XXIII, 3.)
OÙ l'appareil du triomphe avoit à passer, tous se trouvèrent avec leurs belles robbes, pour en voir la magnificence. Si estoyent tous les temples des dieux ouvers et pleins de festons et de perfums: et y avoit par tous les quartiers de la ville des sergens et autres officiers tenans des bastons en leurs mains pour faire retirer la presse et serrer ceux, que se ietteroyent à la foule trop en avant par les carrefours, et qui irroyent et viendroyent par la ville, à fin que toutes les rues fussent vuides et netes. Au demeurant, la monstre de tout le triomphe fut departie en trois iours,i^ dont le premier à peine peut suffire à voir passer les images, tableaux* et peintures, et statues d'excessive grandeur, le tout pris et gaigné sur les ennemis et trainé à ceste monstre sur deux cens cinquante chariots. Le second iour furent aussi portez sur grand nombre de charriage, toutes les plus belles et plus riches armes des Macédoniens, tant de cuyvre que de fer et acier, toutes reluisantes pour avoir esté freschement fourbies et arrangées par artifice, en manière toutefois qu'il sembloit qu'elles eussent esté iettees pesle mesle à monceaux, sans autrement prendre garde à les disposer, des armets sur des boucliers, des halecrets^ et corps de cuirasse sur des grèves, ^ des pavoys Candiots^ et targes Tracienes,^ des quarquois et trousses de flesches parmy des mors et brides de cheval des espees nues, dont les pointes sortoyent au dehors entrelassees parmy des piques : estans toutes ces armes entassées et liées les unes sur les autres, si à propos pour n estre ne trop ne peu serrées, qu'en se froissant les unes les autres, ainsi qu on les charrioit par la ville, elles rendoyent un son, qui donnoit quelque frayeur à l'ouyr, de manière que la veuë seulement des despouilles captives des vaincus, donnoit encore quelque effroy à les regarder. Apres les chariots où estoyent toutes ces armures, suyvoyent trois mille hommes, qui portoyent l'argent monnoyé en sept cens cinquante vases, qui pesoyent environ trois talens chacun,^ et estoyent portez par quatre hommes, et y en avoit d'autres qui portoyent des couppes d'argent, des tasses et gobelets faits en forme des cors'^ d'abondance, et autres pots à boire, tous fort beaux à voir, tant pour leur grandeur que pour 1^ singularité et grosseur de l'entailleure, et des ouvrages relevez en bosse, qui estoyent à l'entour. Le troisième iour au plus matin, commencèrent à marcher les trompettes sonnans un son, non point tel, qu'on le sonne pour marcher quand^ les champs, ny pour faire une monstre, mais celuy propre qu'on sonne à un alarme, ou un assaut pour donner courage aux soldats quand on est sur le poinct de combatre. Apres lesquels suivoyent six vingts boeufs^ gras et refais, ^^ ayans tous les cornes dorées et les testes coronnees de festons et de chappeaux de fleurs; et y avoit des ieunes hommes ceincts à travers le fond du corps de beaux devautez
1 Pline (XXXV, 11) parle d'un certain Métrodore, Grec, excellent peintre et grand philosophe, que Paul Emile fit venir pour lui confier l'ordonnance de son triomphe.
'■^ Armure de fer battu qui couvrait la poitrine et les épaules.
3 Sorte d'arme défensive. Bottines de fer, selon Ducange.
4 De 'l'île de Crète ou Candie. ^ Boucliers carrés.
6 15,650 francs (pour les 750 vases 11,737,500 francs). 7 Cornes. ^ Pour marcher aux champs. ^120 bœufs. ^^ Gros.
1^ Devante, espèce de tablier.
ouvrez à l'esgueille,! qui les conduisoyent au sacrifice, et de ieunes garçons quant 2 et eux, qui portoyent de beaux vases d'or et d'argent pour faire les aspergemens et effusions, qui se font es sacrifices: après lesquels snyvojent ceux, qui portoyent l'or monnoyé departy par vases pesans chacun trois talens, comme ceux où on portoit l'argent: et y avoit de ces vases au nombre et soixante et dix sept: puis marchoyent ceux, qui portoyent la grande couppe sacrée q'Aemylius avoit fait faire d'or massif, enrichie de pierres précieuses, pesant le poix de dix talens,^ pour en faire une offrande aux dieux: ioignant lesquels marchcyeut d'autres, qui portoyent certains vases faits et ouvrez à l'antique et couppes magnifiques des anciens Roys de Macédoine , comme celle .qu'on appelloit l'Antia-onide, et une autre la Seleucide, et généralement tout le buffet et toute la vaisselle d'or du Eoy Perseus: ausquels ioignoit tout d'un tenant 4 son chariot d'armes, dedans lequel estoit tout son harnoys^ et son bandeau royal, qu'on appelle diadème dessus ses armes. Puis bien peu d'intervalle après, les enfans du Eoy qu'on menoit prisonniers avec la suite de leurs gouverneurs, leurs maistres d'eschole et officiers, tous esplorez, qui tendoyent les mains au peuple regardant,*^ et enseignoient^ aux petis enfans à faire le semblable pour requérir et demander grâce au peuple. H y avoit deux fils et une fille, qui n'avoyent pas grand sentiment, ni gueres de cognoissance de leur calamité, pour le bas aage auquel ils estoyent: ce qui faisoit que les regardans^ en avoyent tant plus de pitié, en voyant ces povres petis enfants, qui ne cognoissoyent pas le changement de leur fortune, tellement que pour la compassion qu'on avoit d'eux, on laissoit presque passer le père sans le regarder-, et y en eut plusieurs, à qui de pitié les larmes en vindrent aux yeux, et fut à tous les regardans un spectacle meslé de plaisir et de douleur tout ensemble, iusques à ce qu'ils fussent bien loin de la veuë. Perseus le père suyvoit après ses enfans et leur famille, et estoit vestu d'une robbe noyre, et ayant des pantoufles aux pieds à la guise de son pays, moustroit bien à sa contenance, qu'il estoit tout esperdu et troublé de sens et d'entendement pour la pesanteur des maux et malheurs,9 dont il se sentoit accablé. H^estoit suyvi de ceux de sa maison, ses amis familiers, officiers et serviteurs domestiques, tous ayans les visages decolourez et desfaits, donnans assez à cognoistre, par ce qu'ils avoyent tousiours les yeux fichez sur leur maistre en larmoyant fort chaudement , qu'ils lamentoyent et deploroyent principalement^ sa malheureuse fortune, faisans peu de conte de la leur. On dit bien, que Perseus envoya devers Aemylius le requérir et supplier, qu'il ne fust point ainsi mené par la ville en la monstre du triomphe : mais Aemylius se moquant, comme il meritoit, de sa lascheté et foiblesse de cœur, respondit. Cela paravant estoit, et encore est en sa puissance, s'il veut: luy donnant assez entendre, qu'il devoit plustost choisir la mort, que de souffrir luy vivant une telle ignominie : mais il n'eust onques le cœur
1 Travaillés, l'aiguille. 2 e^ même temps, avec eux. ^ 52,167 francs.
4 Tout près. 5 Armm-es, ajoutements.
6 Latinisme, en {ra.nçsiis qui 7'egardait. "^ Montraient.-''^ Manière, mode.
9 Mal -heur — le mot mal, mauvais était d'un emploi fréquent encore au temps d'Amyot, surtout dans les imprécations maie faim, maie perte, maie rage etc.
de ce faire, tant il estoit lasche, ains àttendry par ie ne scay quelle espérance, aima mieux estre luy-mesme partie de ses propres despouilles. Apres tout cela suyvoyent quatre cens coronnes d'or, que les villes et citez de la Grèce avoyent envoyées par ambassadeurs exprès à Aemylius pour honorer sa victoire: et puis tout d'une suite, i luy-mesme, venoit après, monté dessus son char triomphant ,2 lequel estoit accoustré et orné tresmagnifiquement. Si estoit chose très-belle à voir: car outre ce que de luy mesme il estoit tres-digne d'estre regardé, quand il n'y eust eu que sa seule personne sans toute celle ^ grande pompe, et tant de magnificence, il estoit vestu d'une robbe de pourpre rayée d'or, et portoit en sa main droite un rameau de laurier, comme aussi faisoit toute son armée, laquelle départie par bendes et compagnies suyvoit le chariot triomphal de son Capitaine, où aucuns des soldats alloyent chantans quelques chansons de victoire, que les Romains ont accoustumé de chanter en tel cas, meslans parmy quelques brocards et traits de risée sur leur Capitaine; et les autres disoyent des chants de triomphe à l'exaltation et louange des faits victorieux d'Aemylius, lequel estoit publiquement loué, bénit et honoré de tout le monde, et de nul homme de bien hay, ny envié, si ce n'est qu'il n'y ait quelque dieu, duquel le propre office soit, oster tousiours et retrencher quelque chose des trop grandes et excessives prosperitez humaines, en meslant et diversifiant la vie de l'homme du sentiment de bien et de mal, à fin qu'il n'y en ait pas un, qui la passe entièrement pure et nete de tout mal -heur, ains que, comme dit Homère, ceux la soyent reputez bien -heureux, ausquels la fortune a contrepesé le bien avec le mal. Ce que je dis, pour autant qu'Aemylius avoit quatre fils, deux qu'il avoit donnez à adopter* en autres familles et maisons, Scipion et Fabius, comme nous avons ia dit ailleurs auparavant: et deux autres qu'il avoit eus d'une seconde femme, lesquels il retenoit pour luy en sa maison, et estoyent encores tous deux fort jeunes , dont l'un mourut en l'aage de quatorze ans, cinq jours avant le triomphe de son père, et l'autre mourut aussi trois iours après la pompe du triomphe, en l'aage de douze ans: tellement qu'il n'y eut si dur cœur en toute la ville de Rome, à qui ce grand accident ne fit pitié, et a qui ceste cruauté de la fortune ne fit frayeur et horreur, ayant esté si importune, que* de mettre en une maison triomphale, ^'^ pleine d'honneur et de gloire, de sacrifices et de liesse,^ un si piteux^ dueil, et mesler des regrets et des lamentations de mort parmy des cantiques de triomphe et de victoire. Ce neantmoins Aemylius prenant les choses au droit poinct de la raison, estima, qu'il ne
1 Immédiatement après. ^ Triomphal,
3 Celle et ceste s'employaient indifféremment devant les substantifs.
4 L'adoption conférait tous les avantages de la filiation naturelle; le droit de succéder au nom, aux biens, ainsi qu'aux sacrifices de la famille de l'adoptant. — Il y avait deux espèces d'adoptions: l'adoption proprement dite et Vadrogation. La première pour les enfants encore au pouvoir de leur père: la seconde pour les citoyens maîtres d'eux-mêmes et qui avaient reçu la toge virile. — L'adopté n'étant lié de parenté, dans sa nouvelle famille, qu'avec les membres mêmes de cette famille, les alliés de ses parents selon la loi lui demeuraient totalement étrangers.
^ Expression singulière mais énergique. ^ Joie. ''Pitoyable.
falloit pas user de la constance et magnanimité contre les espees et les picques des ennemis seulement, ains aussi contre toute adversité et hostilité de la fortune également. Si compensa et contrepesa si sagement la meslange de ses adventures présentes avec les prosperitez passées, que trouvant le mal effacé par le bien, et le privé par le public, il n'abaissa point la grandeur, ny ne macula point la dignité de son triomphe et de sa victoire: car ayant ensevely le premier de ses enfans il ne laissa point pour cela de faire sa triomphale entrée, comme nous avons escrit: et le second estant aussi decedé après son triomphe, il fit assembler le peuple Eomain, et en pleine assemblée de toute la ville, fit une harangue, non point de homme qui eust besoin d'estre consolé, ny reconforté mais plustost qui reconforfoit ses citoyens passionnez et dolens pour le mal -heur qui luy estoit advenu. Car il leur dit, „Que „des choses pures humaines , il n'en avoit iamais craint pas une ; mais „des divines qu'il avoit tousiours fort redouté la fortune comme celle, „où il y avoit bien peu de fiance, ^ à cause de son inconstance et de „sa muable variété , ^ mesmement en ceste .dernière guerre , en laquelle „!' ayant continuellement eue favorable , comme quand on a le vent en „pouppe, il attendoit tousiours quelque reflux, par manière de parler, et „quelque mutation de sa faveur. Car ie traversay, dit-il, en allant, le „golfe de la mer Adriatique, depuis Brindes iusques à Corfou en un „seul iour, et de là en cinq iours me trouvay en la ville de Delphes, „où ie sacrifiay à Apollon, et dedans cinq autres iours i'arrivay en mon „camp , où ie trouvay mon armée en la Macédoine, et après avoir fait „les sacrifices et cérémonies ordinaires pour la purification d'icelle, ie „commençay incontinent à mettre la main à l'œuvre, si bien qu'en quinze ^autres iours suyvans ie mis fin très honorable à toute ceste guère. ^Mais me desfiant tousiours de la fortune, voyant une si grande pros- „perité en tout le cours de mes affaires, et considérant qu'il n'y avoit ^plus d'ennemis, ny d'autres périls par de la, que ie deusse craindre, „ie craignoye fort, qu'elle ne se changeast à mon retour, quand ie seroye „sur la mer en ramenant une si belle armée victorieuse , avec tant de ,,despouilles et tant de princes et de Roys prisonniers: et neautmoins „estant arrivé à port de salut, et voyant toute ceste ville à mon retour ^pleine de resiouyssance, de feste et de sacrifices, i'avoye encore tous- „iours la fortune suspecte, scachant très -bien qu'elle n'a point accous- ,,tumé de gratifier si libéralement aux hommes, ny leur otroyer choses ^si grandes netement, sans qu'il y ait, ne scay quoy d'envie meslé parmy ; ,;ny iamais mon esprit estant tousiours en transe aux escoutes de l'ad- „venir pour le regard du bien public, n'a ietté ceste crainte arrière de „soy, que ie ne me soye veu tombé en ce mal-heur et calamité domes- „tique, qu'il m'a fallu es jours sacrez de mon triomphe ensevelir coup „sur coup, de mes propres mains, mes deux ieunes enfans, que j'avoye „seuls retenus pour la succession de mon nom et de ma maison. Pour- „tant me semble il maintenant que ie suis hors de tout danger au moins „quant au regard de ce qui m'est le principal, et commence à m'asseu- ,,rer et me confirmer en ceste espérance que ceste bonne fortune nous
1 Sûreté. 2 Variété changeante — pléonasme que nous ferions disparaître en disant simplement instabilité.
^demeurera ferme désormais sans crainte d'aucun sinistre accident pource ^qu'elle a assez contrepesé la faveur de la victoire, qu'elle vous a don- ^nee, par l'envie du mal-heur dont elle a affligé moy et les miens , en ^rendant le vainqueur et triomphateur non moins notable exemple de la ^misère et de Timbecilité^ humaine, que le vaincu qui a esté mené en ^triomphe, excepté que Perseus tout vaincu qu'il est, à tout le moins^ „a ce reconfort de voir encore ses enfans, et le vainqueur Aemylius a ^perdu les siens." Tel fut le sommaire de la harangue generpuse, et procédante d'une vraye et non feinte magnanimité que prononça lors Aemylius devant le peuple Eomain. Et combien qu'il eust compassion en son cœur de voir l'estrange changement de la fortune du Roy Perseus, et qu'il desirast fort de «luy pouvoir aider, il ne peut oncques faire autre chose pour luy, que de le faire transporter de la prison publique, que les Romains appellent Carcer, en une maison plus nete et plus douce et gracieuse demeure: là où estant estroitement gardé, il se fit luy mesme mourir en s'abstenant de manger, ainsi que la pluspart des historiens Vecrit.^ Toutesfois il y en a quelques uns qui escrivent une bien nouvelle et estrange sorte de sa mort: car ils disent, que les soldats, qui le gardoyent, ayans conceu quelque despit et quelque haine à l'encontre de luy, et voyans qu'ils ne luy pouvoyent faire autre mal, ny autre desplaisir l'empescherent de dormir, prenans songneusement* garde quand le sommeil luy venoit, et le gardans-^ de pouvoir clorre l'œil, en le contraignant par toute voye et tout moyen de veiller et demourer sans dormir, iusques à ce que ne pouvant plus durer en tel estât il y mourut. Aussi moururent deux de ses enfans: mais le troisième nommé Alexandre, devint bon ouvrier à besongner du tour^ et de menuiserie, et apprit les lettres et la langue Romaine, laquelle il sceut si bien escrire, que depuis il servit de scribe et de greffier aux magistrats de Rome, et se porta ''^ fort sagement et dextrement en cest office.
Vies de Plutarque — Jacques Amyot.
1 Faiblesse. ^ à du moins.
3 La plupart, à moins d'être suivi d'un singulier veut toujours le verbe au pluriel. — Selon que l'idée générale d'un tout, ou le contraire, l'idée des individualités composant ce tout, les frappait, les écrivains des premiers âges mettaient leur verbe au singulier ou au pluriel. Les textes du XV« siècle fourmillent d'exemples de ce genre.
4 Soigneusement. 5 L'empêchant. ^ Tourneur. ■^ Aujourd'hui se comporta.