L'INQUISITION
L'acte de La Foy, le jour du jugement.
. . . Sur ce vient le jour solennel, auquel ils prononcent et exécutent leurs jugemens, ils le nomment l'Acte de la Foy. Deux jours devant ils appellent les prisonniers, ausquels ils font confesser tout ce qu'ils ont de bien en ce monde, adjurez de n'en celer rien: afin que ceux, au logis desquels ils seroient trouvez, ne soient punis comme larrons, et qu'eux mesmes par punition divine ne tombent roides morts, comme Ananie et Saphire firent aux pieds des Apostres, pour avoir caché leur bien. Sur le poinct du jour destiné , après que dés le soir chacun s'est confessé, les Officiers de l'Inquisition leur apportent la Sambenite, qui est une robbe jaune sans manches: comme les Paludamens Romains, toute couverte et distinguée ^ de diables noirs (car les Neigres les peignent blancs). Sur la teste ils portent une haute mistre de papier en forme de tour, sur laquelle est tire^ un homme bruslant, et les diables autour qui luy attisent le feu : portans au reste le Baglon ^ en bouche, qu'ils nomment Mordazes, pour leur presser la langue. Puis une longue corde de forte chanvre,^ qui leur serre le col et les mains devant l'estomach. Ainsi vont au Théâtre puis au feu. Ceux qui se sont desdis, ne sont autrement parez : qu'au lieu des diables ils portent les croix en main. Les clercs chantans marchent les premiers, suyvis des Pénitenciers (ce sont les condamnez à quelque amende corporelle ou pécuniaire, hors la mort). Ceux-ci vont après costoyez des familiers de l'inquisition et de deux moines ou Theatins (nous les appelons Je-
^ Transformé.
'^ Ce seigneur joua un assez grand rôle dans les guerres de religion; il tailla en pièces les catholiques dans l'île de Ré (1574), rédigea la protestation contre la décision des États de Blois (1576). Il a laissé une Histoire de France de 1550 — 1577. Il est peut être l'auteur du livre anonyme dont cet extrait est tiré.
3 Semée de diables — latinisme. * Figuré. ^ Bâillon.
^ Chez La Fontaine ce mot est encore féminin.
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suites) pour les consoler et confesser. La ville suit: puis lés Alguazils et Officiers, les Jurez, les Juges, les Presidens, le Gouverneur et Vice- Roy de la Province, accompagné de plusieurs Seigneurs et Gentilshommes. Le Clergé marche après, suyvi du Cabilde (c'est le chapitre de l'Eglise principale). Les Abbez, Prieurs, et leur suite, vont après: laissant une espace pour le Fiscal et Procureur du Roy, avec l'enseigne et estendart de velours cramoisi, fort riche et magnifique, portant d'un costé la figure du pape qui confirma l'Inquisition, avec son nom et armes: de l'autre celle de Ferdinand, et sur le haut une croix d'argent, qui soustient le crucifix. Les pères de la Foy, assistez de leurs officiers (tous à cheval) suyvent, que le peuple ramassé de plus de vingt lieues, talonne jusques à la grande place où il y a deux grans Théâtres : l'un pour les Accusez, l'autre vis-à-vis pour les Pères, ou l'un deux fait la harangue à l'honneur de l'inquisition, et confutation^ des hérésies. Puis on lit les sentences, commençans aux moins chargez. Cela fait, le premier Inquisiteur prie les Convers, qu'ils ayent la grâce de persévérer jusques à la mort. Apres on chante le Pseaume cinquante et un: Miserere mei Deus. Sur ce, ayant le premier chanté quelques versets : auxquels le cORur respond, il leur prononce l'Absolution, c'est assavoir de la faute, non de la peine. Puis fait jurer tout le peuple, de mourir en la dévotion de l'église Romaine, la défendre et maintenir contre tous, et l'Inquisition pareillement. Si entre les Convers ou obstinez se trouve un Ecclesiastic, le dégradent, en laissant l'Acte à l'Evesque qui l'a initié. La forme est telle, l'avoir habillé comme pour dire la Messe, luy ostent ses habits l'un après l'autre, avec certains mots et façons contraires à celles qu'ils ont tenu en l'habillant: et avec un morceau de verre ou couteau tranchant luy raclent le sommet de la teste, les lèvres, et les mains, pour luy oster l'huile ^ presbiteral duquel il fut oingt. S'il n'est voué à la mort, le dégradent verbalement: qui est le suspendre de Testât et office, iusques à ce que le Pape en ait autrement ordonné. Sur la .fin de la sentence du convers, qui doit mourir: pour l'exécution d'icelle, prononcent que d'autant qu'ils doutent qu'il ne se soit saintement converti, crainte de laisser le loup sous la peau d'une brebis: nonobstant sa conversion le laissent entre les mains du bras séculier (car la punition Ecclesiastigwe ne s'estend qu'a l'Anatheme et irrégularité) qu'ils prient de luy estre miséricordieux, ne luy rompre aucun membre, et ne tirer aucune goûte de sang. Et pour les obstinez disent. Que puisqu'ainsi est, que leur peine n'a de rien servi à /ê^ convertir, le donnent au bras séculier pour le punir selon le droit: lequel ils prient toutesfois, s'ils se recognoist, de luy estre miséricordieux. Les non vouez à la mort, sont renvoyez en prison, puis au fouet, ou es galleres, ou en prison perpétuelle, ou temporelle, et à porter le sambenit certain temps.
1 Réfutation. ^ Masculin. 3 Pourquoi le et non pas /es?
SATIEE MENIPPEE.
Jj'opportunité de cet admirable pamphlet dont l'influence fut immense, ne peut être bien comprise sans quelques développements historiques; nous les empruntons à l'excellent ouvrage de M. Bouillet. ,,La lÂgue^ dite aussi la Sainte Union, fut formée par Henri, duc de Guise, à l'instigation du cardinal de Lorraine, en 1576, dans le but de défendre la religion catholique contre les réformés, ou plutôt de renverser Henri HI. Elle eut pour occasion un édit de pacification que Henri HI venait de rendre en faveur des Protestants. Le formulaire qui la constituait (la ligue) fut signé à Peronne le 12 février 1577. Le roi eut la faiblesse d'adhérer à la Ligue, et s'en déclara le chef, croyant par là déjouer les projets des Ligueurs: mais toute l'autorité appartenait de fait au duc de Guise; à la tête des Calvinistes étaient le prince de Condé et le roi de Navarre. Henri IH tenta vainement de concilier les deux partis; il ne sut que se faire détester des Catholiques, qui dès ce moment voulurent mettre sur le trône le duc de Guise. Celui-ci, encore plus ambitieux que fervent, traita avec Philippe H, roi d'Espagne, avec le pape Grégoire XHI, et s'empara de plusieurs villes, en sorte que le faible roi, pour sauver sa couronne, fut contraint de s'unir plus étroitement à la Ligue; il ordonna aux Protestants de sortir de France, et, d'accord avec le pape Sixte V, îl déclara Henri de Navarre , qui était son légitime héritier, déchu de tous ses droits à la couronne (1585). Henri HI n'en fut pas moins l'objet de la haine des catholiques, et après avoir été battu à Centras (1587) par les Protestants, il se vit chassé de Paris en 1588 par le duc de Guise, à la tête des Ligueurs, dans la journée des Barricades. Les Parisiens avaient pour chefs 40 bourgeois, catholiques fervents, établis par le duc de Guise dans les Seize quartiers de la ville, et appelés pour cela les Seize. Cependant Henri III feignit encore de se réconcilier avec les Ligueurs, et ayant assemblé les Etats généraux à Blois, il y fit assassiner leur chef, le duc de Guise (23 décembre 1588). Ce crime souleva toute la France contre Henri: il fut excommunié par le pape Sixte V, déclaré déchu par la Sorbonne; et Mayenne, frère du duc de Guise, fut proclamé chef de la Ligue, avec le titre de lieutenant-général du royaume. Henri III n'eut plus d'autres ressources que de se jeter dans les bras du roi de Navarre; il battit avec lui les Ligueurs dans plusieurs rencontres, et il allait entrer dans Paris, lorsqu'il fut assassiné par un dominicain fanatique, Jacques Clément (2 août 1589). Henri de Navarre prit alors le titre de roi de