DU GAGE DE BATAILLE DONT VSERENT ANCIENN. LES FRANÇOIS
fois ceîuy qui s'estoit rendu fuitif^ d'estre proclamé à son de trompe et
cry public, et à faute de comparoir estoit déclaré ou faux dénonciateur,
ou attaint , et convaincu du cas que l'on luy, imputoit. Au demourant
le jour du combat se dévoient les deux champions représenter devant le
Juge avant l'heure de midy, armez à la légère, et falloit qu'ils eussent
les cheveux couppez tous ronds au dessus les oreilles; se pouvoient oindre
devant qu'entrer en jeu pour avoir les membres plus souples. La re-
voyoient ils leurs demandes et deffenses, y adjoustans ou diminuans,
selon ce qu'ils pensoient avoir plus ou moins dit. Puis entroient au
camp clos, auquel y avoit quatre Chevaliers par eux esleus pour la garde
d'iceluy. Le surplus du peuple estoit hors la lice. Adonc se faisoit le
cry du Duc, afin qu'aucun n'eust à nuire en dit, fait, ou signe, à aucuns
d'eux. Les deux champions entrez au camp s'entretenants par les mains,
s'agenoiiilloient, et juroient chacun en son endroit avoir bonne cause.
Lors leur estoient demandez leurs noms, et s'ils croyoient pas en Dieu
le Père, le Fils et Sainct Esprit: et après avoir dit réciproquement que
ouy, le deffendeur disoit; Escoute homme que je tiens (l'appelant par
son nom) ce Dieu m'aist, je n'ay point commis le forfait, duquel tu
m'accuses: l'autre luy respondant par son nom luy disoit qu'il avoit
menty. Puis juroient de n'user sur soy d'aucunes sorcelleries. Alors l'on
bailloit à tous deux leurs armes, et se separoient les quatre Mareschaux
du camp, se mettans à l'heure entre eux deux, pendant lequel temps
se mettoient tous deux dévotement en oraison. Quoy fait, les quatre
Mareschaux se retiroient aux quatre coing du camp, et lors crioit-on
par le Duc. Laissez les aller. A laquelle parole decochoient l'un Qontre
l'autre, joiioient qui mieux mieux de leurs cousteaux. Le vaincu estoit
ignominieusement trainé hors du camp, pendu à un gibet, ou bruslé,
selon l'exigence du cas. ^
Pasquier.2
1 Avait fui.
2 Si l'on a suivi attentivement le développement du matériel de la langue, du mot, l'on a dû remarquer, outre la variation du sens, une oscillation constante entre la forme radicale primitive, soit latine, soit grecque, soit allemande, et un certain besoin de faire concorder cette forme que l'écriture rendait visible en la fixant sur le papier, et le son de cette même forme qui venait frapper l'oreille, en d'autres termes, les efîorts des écrivains de l'époque pour rendre l'orthographe conforme à la prononciation. Cette question a été longtemps débattue et Ton ne peut dire qu'elle soit vidée à l'heure qu'il est.
— Au XVIe siècle, le grand Ramus, le réformateur des fortes études, se demande, dans sa grammaire française: „Si nous debvons totallement escripre , ainsi que nous parlons." — ^Touchant ceste demande, ajoute-t-il, qu'il faille „escripre comme Ion parle, cest le jugement des Grecs et Latins fondé sur ^la cause finalle de lescripture, qui est messagère et truchemande de la voix, „comme la voix est de la pensée: et tout ainsi que la parolle est menteuse, „qui ne respond a la pensée, ainsi lescripture est trompeuse, qui ne respond „a la voix. A ceste cause, ceste façon descripre maùtre^ monstroient^ royaulx, „que nous proferons mètre, montroet, royaus, et généralement toute semblable ,escripture ne respondante a la voix, se doibt corriger et réduire a la vérité."
— Tel est l'avis de Ramus. Quant à Pasquier, homme fort instruit et d'un grand bon sens, son opinion est différente, aussi répond -il à Ramus: „Plus „vous fourvoyez de nostre ancienne orthographe, et moins je vous puis lire; „ je sçay que vostre proposition est très spesieuse de prime rencontre. Car