‹ Chrétiens et TurcsChapitre 10 sur 119 · I.— LES RELIGIONS ET LES RACES · texte numérisé non relu

I.— LES RELIGIONS ET LES RACES

ino6 avait fondée à Kidonie, dont cet homme émjnent avait fait, sous la protection de la Porte, une des villes les plus industrieuses, les plus commerçantes et les plus policées de l'Asie ottomane.

Ce fut un ambassadeur d'Angleterre qui dénonça à la Porte Ottomane Riga, le Tyrtée de la Grèce moderne, et Tauteur de plusieurs chants dont le plus fameux est le AftûTc iraîScc twv '£XXiivcov. Il s'était retiré à Vienne, d'où il avait envoyé des émissaires en Morée et à Parga, en Épîre. Les Turcs ne s'en inquiétaient guère, mais poussé . par l'ambassadeur d'Angleterre, le divan demanda au gouvernement autrichien son extradition, par l'entremise de Mavroyeoi, un Grec du Phanar, envoyé de Turquie près la cour de Vienne. Riga fut livré en 1778 et pendu à Belgrade. Mais son ami et son agent le plus actif, le docteur Eutimios, trouva un refuge en Turquie même, à Pergame, sous la domination paternelle et édairée des Cara Osman Oglou. On sait que la douceur du gouvernement de cette famille avait attiré dans la seconde moitié du siècle dernier, en Asie Mineure, des Grecs qui animèrent les vallées de l'Hermus et du Caicus par des villes nombreuses, et avaient presque rendu à ces contrées la fertilité dont elles avaient joui sous les rois de Pergame. Ce qui n'est pas moins curieux, c'est qu'à l'époque ou le sultam Sclim créa le Nizam Ujedid, cette milice qui fut cause de sa mort et amena la destruction des janissaires, les Grecs Phanarioles faisaient jouer par la musique des nouveaux régiments, à la grande satisfaction de Sélim III, tous les

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airs des odes de Riga. Moi -même, je les ai entendus chanter avec les paroles grecques devant le gouverneur albanais de Prévésa, qui me donnait à dîner dans ses jardins, et qui comprenait parfaitement le grec. Les musiciens étaient de Corfou. a Ces coquins de Grecs, me disait le musselim albanais, ne peuvent pas chanter ces airs dans les fies Ioniennes, où ils sont prohibés par les Anglais; ici, ils chantent tout ce qu'ils veulent, et ils se plaignent des Turcs ! »

L'islamisme n'a donc jamais été persécuteur comme le paganisme, ni même comme le christianisme à certaines époques, en ce sens qu'il n'a jamais essayé de déraciner violemment une religion dont il prévoyait le funeste ascendant, ou qu'il considérait comme une erreur criminelle.

Sa puissance, la foi dans cette puissance et l'absence de clergé l'ont préservé du crime de la persécution systématique. Aucun sultan n'a rappelé Dioclétien, et les annales d'une religion de mansuétude ont des pages dont l'islamisme n'a pas à rougir. Toutefois il est probable que s'il eût été laissé à lui-même, si l'intervention morale et matérielle des puissances européennes n'eût commencé, depuis longtemps et à l'époque même de la tonte-puissance des Turcs, et à cause de la sécurité que leur donnait cette toute-puissance, à pénétrer lentement et profondément dans l'empire, il est probable que Tislamisme, sentant sa faiblesse croissante et la force progressive du christianisme en Orient, serait devenu persécuteur , non par prosélytisme , mais, comme le

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