IV.—LA GUERRE SUR LE DANUBE
par celte femme; elle assurait avoir vu dans les rangs des insurgés plus de six cents jeunes filles du peuple et seize femmes du monde qui servaient "comme officiers. La passion et le patriotisme donnaient à son langage de la couleur et de Télévation.
Malgré l'intérêt qui s'attachait aux volontaires de toute nation réunis sous les drapeaux d'Omer-Pacba^ le serdar ne pouvait fermer les yeux sur les violences qu'ils commettaient chaque jour. En vain il écrivit plusieurs fois à Constantinople pour qu'on ne lui envoyât plus des auxiliaires aussi incommodes; en vain, à la demande de lord Stratford de Redcliffe> un firman du sultan menaça des punitions les plus sévères les auteurs des désordres commis en Bulgarie : Omer-Pacha ne pouvait parvenir à discipliner ces bandes sauvages^ quî^ au printemps de 1854^ atteignaient le chiffre de cinquante mille hommes.
Les ridifs S convoqués de tous les points de Tempire^ venaient aussi renforcer Tarmée d'Omer-Pacha. Depuis rouverture de la guerre jusqu'à l'entrée des Russes en Bulgarie^ au mois de mars i85i^ Omer-Pacha avait reçu successivement soixante-dix mille hommes de troupes régulières, soixante mille rédifs et cinquante mille bachi-bouzouks, en tout cent quatre-vingt mille combattants. Mais quel était l'état de cette armée? Les hommes étaient sans solde, les uns depuis six mois, les
i On appelle ainsi la réserve, qui se compose de soldats ayanl déjà servi sous les drapeaus, et qui, retirés dans leurs foyers, peuvent être convoqués en temps de guerre.
autres depuis dix; ils étaient dcplorablemeot mal Têtus, et Omer-Pacba demandait inutilement à Gonstantinople de nouveaux habillements pour ses troupes. Riza- Pacha, qui avait succédé comme séraskier à Mébémet- Ali-Pacba, et qui s'était fait une grande réputation comme organisateur de Tarmée ottomane, passait pour un ennemi d'Omer-Pacha, et lui répondait froidement que le drap ne manquait pas en Bulgarie. Les escarmouches avec les Russes sur le Dauube et les campements pendant un hiver rigoureux dans la neige^ sur les bords du fleuve, avaient occasionné un grand nombre de maladies parmi les Turcs. On avait établi des hôpitaux, des médecins étaient venus de tous les points de l^uropej mais les médicaments manquaient ou étaient pour la plupart falsiQés ^ Le général en chef voyait avec effroi son armée dépérir sous ses jeux« Il se décida donc à écrire directement au sultan, pour lui exposer, dans son affreuse vérilé, le triste état de cette armée, et le conjurer de prendre des mesures sérieuses afin d'y remédier, ou de daigner accepter sa démission. Sans se concerter avec ses ministres, sans prendre oon*
i Lorsque le minifitère de la guerre d* Angleterre envoya n médecin en chef des armées en Bulgarie pour étudier les msbdics de ce pays en prévision de la campagne que les Anglais se préparaient à faire, ce médecin demanda ^ Orner -Pacha : c Quelle est donc la maladie qui rarage vos troupes? — C^est, répondit le serdar, Deila Sticfa.— Quel est ce nom ? dit TAnglais étonné. — C*est celui du pharmacien fournisseur des médicaments poar nos hôpî* taux. » Nous laissons au serdar la responsabilité de ce jugement , nous ne faisons que raconter.