‹ Chrétiens et TurcsChapitre 99 sur 119 · IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE

et de gibernes. Faute de chevaux^ ils ne purent enle\er les pièces russes^ qu'ils enclouèrent. C'était la première fois que les Turcs se battaient à Tarme blanche contre les Russes et avec une vigueur qu'aiguillonnait la certitude d'une destruction totale, s'ils n'avaient pas réussi à passer au travers des rangs ennemis. Les Russes eurent dans cette journée près de cinq mille hommes hors de combat, et de ce jour-là ils se bornèrent à des démonstrations qui ne furent pas suivies d'attaques, bien que le prince Gortchakof eût annoncé publique-* ment à Bucharest qu'il avait ordre de prendre Kalafat coûte que coûte, et de jeter les Turcs dans le Danube. En Bulgarie cependant, Omer-Pacha avait à lutter avec des difficultés intérieures plus redoutables peut* être que les attaques des Russes. Le ministre de la guerre Méhémet-Ali-Pacha excitait le fanatisme musulman. Des volontaires arrivaient par milliers du fond de TAsie et des déserts de l'Arabie. Chaque Jour, on pouvait voir ces hordes barbares, avec leurs coiffures étranges, armées de vieux tremblons ou d'énormes pistolets, la ceinture chargée de larges poignards, de yatagans d'une longueur démesurée, traverser les rues de Constantinople, défiler sous les yeux du ministre de la guerre, sur la vaste place du séraskiérat, et se rendre aussitôt à Farmée d'Omer-Pacha. Sans solde, ne recevant qu'un pain par jour pour toute nourriture, n'obéissant qu'aux ordres du chef de leur tribu, ces volontaires infestaient toute la Bulgarie et étaient de* venus la terreur des musulmans comme des chrétiens

de cette vaste province. Parmi leurs chefs se distinguait une princesse kurde à la fête de sa tribu. Elle était vêtue et armée comme un homme^ et aucun voUe ne cachait des traits qui malheureusement ne gagnaient rien à se montrer^ el où ne se peignait que rintrépidité. Celait une Clorinde presque noire, sans beauté et sans distinction. Elle n'attirait guère que les regards des Européens, les Orientaux affectant de ne témoigner ni surprise ni curiosité. Le correspondant du Times s'étant approché pour la lorgner, elle cracha sur lui. En 4850, j'avais connu à Bucharest une héroïne magyare plus poétique que cette princesse kurde : elle s'appelait ^Ferroh ; elle avait servi comme officier dans Tannée insurrectionnelle hongroise et avait reçu plusieurs blessures. Elle avait suivi dans les rangs son père et son frère, qui passèrent ensuite dans l'armée ottomane en Bulgarie. Son courage, sa beauté mâle, bien qu'un peu commune, avaient frappé l'imagination des Turcs, et plusieurs pachas avaient cherché, par des offres considérables, à la faire entrer dans leur suite. Omer-Pacha lui avait fait offrir à plusieurs reprises de prendre du service avec le grade et la paye d'officier . U avait aussi vivement pressé l'intrépide magyare de quitter au moins momentanément le sabre pour des ornements plus appropriés à son sexe ; mais elle avait toi^urs énergiquement re|)oussé toutes les offres. Le mari de cette héroïne servait dans l'armée autrichienne; il avait peut-être contribué à en faire une rebelle. 11 était inléresSfint d'entendre raconter la guerre de Hongrie

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