‹ Chrétiens et TurcsChapitre 112 sur 119 · IV.-LA GUERRE SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

IV.-LA GUERRE SUR LE DANUBE

lagnes du Kurdistan^ de l'Asie Mineure et dans les sables de TArabie. Après cette sanglante exécution^ ' Omer-Pacha ât son entrée à Bucharest^ où il fut reçu avec le plus vif enthousiasme, sous une pluie de fleurs; les Yalaques fraternisèrent avec les soldats turcs^ accueillis en libérateurs. Un détachement de pontonniers français et anglais qui avaient établi le pont de radeaux entre Routschouk et Tlle de Ramadan fui Tobjet d'une véritable ovation.

La campagne était terminée^ mais une difflculté assez grave allait surgir. Il s'agissait pour le général victorieux de laisser l'armée autrichienne occuper les Principautés à la place de l'armée turque. Le serdar avait déjà reçd à Giurgevo la visite des colonels autrichiens Lowentbal et Kalik^ aides de camp du feldzeugmestre baron de Hess^ commandant en chef des troisième et quatrième corps d'armée. Ces officiers^ qui jouissaient d'une réputation distinguée dans l'armée impériale et royale^ étaient venus annoncer à Omer-Pacha la prochaine entrée des forces de leur empereur sur le territoire des Principautés^ et l'inviter^ d'une façon qui ressemblait fort à une sommation, à ne pas aller plus loin^ à s'interdire l'occupation d'un territoire dont l'Autriche devait prendre militairement possession en vertu de la convention du 14 juin, et à repasser le Danube avec son

armée. Le serdar ne tint aucun compte de ces ob^rva* tions^ et fit son entrée à Bucbarest. Jamais comman* dant militaire ne fut à même d'exercer une action plus * grande et plus utile a son pays et aux provinces occupées que celle que semblait indiquer à Omer-Pacba un rare concours de circonstances. Les Russes se retiraient devant lui, et surtout devant les Autricbiens» qu'ils étaient très-heureux de voir entrer dans les Principau* tés à la place des armées alliées; la population Taccueil* lait comme un sauveur. Tout ce qu'il y avait de patriotes et d'bonnétes gens parmi les boyards le saluait avec acclamation et lui offrait de coopérer à l'organisation d'une milice nationale dont l'entbousiasme aurait rapidement grossi les rangs, qui non*seulement aurait ea le grand avantage de maintenir l'ordre dans les Principautés au moyen des forces mêmes de la nation, mais aurait puissamment coopéré à proléger le territoire contre les invasions ennemies. Une adresse formelle fut remise à ce siyet à Omer-Pacba, et parmi les signataires de cette adresse les Principautés comptaient quelques-uns de leurs citoyens les plus justement estimés à côté des représentants de leurs plus anciennes familles. Le serdar accueillit avec bienveillance les auteurs de Tadresse, mais il ne sut pas se résoudre à (agir. Bien mieux, il laissa le gouvernement et radministraUon aux hommes à qui les Russes les avaient confiés, quand il était le maître d'établir immédiatement, sans effort et sans violence, un gouvernement qui eût été dévoué à la Porte Ottomane et aux puissances occidentales. Orner-

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Pacha ne sutni organiser une force publique nationale^ ni installer un gouvernement nouveau conforme aux vœux et aux intérêts du pays et de l'alliance. Après la victoire, Omer-Pacha tomba dans une inaction funeste^ et son impuissance à rien fonder au milieu des circonstances les plus favorables^ éclatant à tous les yeux, lui fil perdre, ainsi qu'à la Porte Ottomane, en très-peu de joursj rimmense influence dont on se plaisait à l'investir, et qu'il ne tenait qu'à lui d'exercer.

On chercha à pénétrer les raisons de cette conduite étrange. Les uns crurent qu'Omer-Pacha, entouré de flatteurs subalternes qui s'étaient emparés de son esprit, plein d'illusions sur sa situation personnelle, avait rêvé, dans les Principautés réunies sous sa main, un pouvoir quiaurait eu Tassentiment des puissances européennes, l'acclamation des Roumains, l'éclat d'une vice-royauté et la durée que Dieu réservait à son existence. De là une tendance systématique à ménager tous les partis. D'autres pensèrent qu'Omer-Pacha n'agissait que d'après les instructions de la Porte Ottomane, préoccupée de complaire à l'Autriche, quicraignait elle-même le réveil d'une nationalité qu'elle voulait contenir dans les lisières d\ine longue enfance; mais alors pourquoi Omer- Pacha s'étaitril tant hâté de faire flotter le drapeau turc dans les Principautés, si ce n^était que pour en montrer l'impuissance? Quoi qu'il en soit, ie serdar, maître un moment de la situation, put bientôt voir que son heure était passée, que le premier rôle ne lui appartenait plus, et qu'il allait avoir tous les inconvé-

nients et tous les ennuisd'une position secondaire, après avoir hésité à s'emparer de celle qui s'était d'abord offeiie à lui. Les Autrichiens, en vertu de la convention du 14 juin, occupèrent les Principautés, et le feMzeugmestre baron de Hess débuta par une proclamation qui blessa les Turcs, provoqua les vaines et tardives réclamations de la Porte Ottomane, et répandit le découragement parmi les Moldo-Valaques. Tandis que tes populations et les boyards patriotes s'attristaient d'une occupation militaire qui s'annonçait sous de tels auspices, les boyards rétrogrades, les amis des abus et de la corruption se réjouissaient instinctivement de l'entrée des Autrichiens, et chaque jour faisait croître leur sécurité, leur insolence, leur audace même en face des Turcs. Cette audace grandit encore lorsque l'hospodar Stirbey rentra à Bucharest malgré une opposition pron<Micée et malgré une enquête sur sa conduite politique et administrative commencée par le commissaire ottoman Der^ vich-Pacha, arrivé peu de temps après Omer-Pacha k Bucharest, à la suite desplaintesportées parles boyards contre Tbospodar, plaintes que le serdar avait fait parvenir au divan. Omer-Pacba chercha, mais trop tard, à lutter contre le courant qu'il aurait pu si aisément arrêter dès l'origme par la digue la plus faible; il s'absenta au moment de l'arrivée de l'hospodar, et refusa, malgré la demande du général comte Coronini,qui avait pris le commandement des troupes autrichiennes après le départ du baron de. Hess, de rendre des honneurs militaires au prince Stirbey, parce que l'hospodar, disait

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