IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE
Omer-Pacha^ était sous le coup d'une enquête, comme accusé d'aToir manqué à ses devoirs envers son suze-* rain. Il revint cependant peu de jours après pour être témoin d'actes qui lui firent toucher du doigt les écueils où il s'était brisé. Le gouvernement valaque fut réorganisé, à quelques exceptionsprès, avec les éléments qui le composaient dans le bon temps du protectorat. Il suffisait d'être soupçonné de tendances favorables aux puissances occidentales ou de dévouement à la Porte pour être éconduit et tenu en dehors des affaires actives. Le désappointement fut profond, et Omer-Pacha chercha vainement à élever une faible voix : il n'était plus écouté. Il ne put même pas mettre im terme aux exigences des généraux autrichiens, qui prétendaient, pour les officiers et les troupes placées sous leurs ordres, à un traitement hors de proportion avec les ressources du pays qu'ils occupaient. A ces exigences se joignirent, dès l'entrée des troupes impériales et royales, les excès, les violences, les meurtres, qui ont ensanglanté Bucharest, Craïova, Tirgovisht, Focchiani, presque toutes les villes et les villages occupés par les Autrichiens en Moido-Yalachie.
Omer-Pacha s'indignait, mais il n'osait faire aucune observation; il voulut cependant montrer qu'il était aussi en état de faire sentir sa puissance, et il demanda quelques explications au gouvernement valaque sur la rentrée en Valachie d'hommes notoirement compromis avec les Russes, et qui même les avaient suivis au delà des frontières. En même temps un de ses lieutenants
avait lait arrêter dans une petite Tille de Moldavie des individus qu'il soupçonnait d'espionnage. Le serdarfut vivement admonesté pour avoir agi de la torte, et le comte Coronini lui signifia^ dans des dépêches écrites avec le sentiment de la domination, que l'Autriche avait pris de fait^ en occupant les Principautés, le rMe de la puissance protectrice, et que les autorités ottomanes n'avaient nullement le droit de faire des arrestations ou d'ordonner des expulsions dans les provinces danubiennes pendant que les troupes impériales et royales les occupaient. Le serdar se le tint pour dit. Malgré des réponses où il cherchait à sauvegarder la dignité de son souverain et la sienne^ il accepta le rôle qu'on lui assignait. Toutefois sa longanimité ne put le soustraire à une vive remontrance qui lui vint de Vienne^ où la diplomatie, prenant , par une étrange et inexplicable ignorance, les violences et les crimes commis par les Autrichiens sur les infortunés Valaques pour djes crimes commis par les barbares Ottomans, s'émut et demanda au corps consulaire à Buebarest des explications en termes sévères pour les Turcs, qui assistaient l'arme au bras et assez humiliés aux exploits des Croates et des soldats du Banat. On crut même un instant à Vienne que c'étaient les malheureux soldats autrichiens qui tombaient sous le couteau des féroces Valaques^ tandis que ceux-ci, battus > foulés, égorgés, n'avaient pas en Europe une voix qui s'élevftt en leur faveur.
C'est au milieu des difficultés de cette situation into* lérable que des dépêches de l'armée anglo-française