I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
rait dans tous les actes de leur vie. On peut dire qu'elle en est inséparable. J'ai vu des musulmans descendre de cheval pendant la^promenade et se prosterner pour prier^ ou quitter la table au milieu de la conversation la plus animée, à la voix du muezzin, et reprendre leur place avec beaucoup de naturel et de dignité. Les ulémas ne sont que les bommes qui expliquent la lot'j; on ne peut à aucun titre leur appliquer la qualification de prêtres remplissant un sacerdoce; ils n'exercent aucune influence sur les consciences. Les imans, qui sont les ministres qui desservent les autels, ne i)euvent ni remettre les fautes ni bénir. Le Coran luimême n'est lu dans les mosquées qu'à titre d'instruction, et l'assistance des imans n'est obligatoire dans aucun des actes de la vie des musulmans ; c'est un barbier qui pratique la circoncision. Le mariage est un acte purement civil, et jamais un musulman mort n'est porté à la mosquée ou assisté à sa dernière heure par un iman ou un uléma, autrement que comme un ami. Toutes ces cérémonies se font sans prières, sans aucun chant, sans aucune solennité. La circoncision est une fête comme le baptême, et l'enterrement a lieu avec une tristesse grave, mais sans éclat et sans pompe. Le seul devoir d'un Turc envers un mort est de porter son cercueil pendant quelques instants. Un mort est pris à sa porte par les premiers venus qui le déposent au bout de cinquante pas. Là ils sont relayés par d'autres porteurs de bonne volonté jusqu'au champ des morts. Tout cela se fait avec beaucoup de dignité simple, quoiqu'avec
beaucoup de rapidité. Si le musulman qui meurt à Constantinople a témoigné le désir d'être enterré en Asie, dans le gigantesque champ des morts de Scutari, où une forêt de pierres tumulaires apparaît debout ou couchée aux pieds d'une forêt de cyprès aussi vieux que les premiers minarets élèves par les Turcs, il est remis à un batelier qui le dépose sur la rive opposée, où des fidi les s'empressent de l'enlever. Les ulémas, dont le nom signifie proprement lettrés, ne sont que des hommes de loi, et ne sont nullement des ecclésiastiques. On en rencontre de très-instruils, mais il y en a bien peu d'initiés aux sciences modernes |iour lesquelles les Turcs ont cependant beaucoup d aptitude; ils connaissent les auteurs turcs, ()ersans et arabes, mais en général le monde occidental n'est pas l'objet de leurs études. Il y a des ulémas fort riches, mais il y en a, et c'est le plus grand nombre, qui sont fort pauvres; presque tous les softas ou élèves qui étudient la loi sont pauvres et reçoivent même du gouvernement des secours en argent ou de petits appointements; les mosquées leur donnent leur nourriture qu'ils partagent avec ceux qui se présentent aux heures des distributions. Ce sont des étudiants, dont quelques-uns sont de dixième année, se contentant de peu, bons enfants pour la plupart, et qui ne sont pas bien efi'rayants de près. J'étais à cheval dans le quartier où ils sont en plus grand nombre, au printemps de 1854, au moment de l'émotion qui avait effrayé les Pérotes, de tout temps fameux pour leur couardise, et inquiété môme quelques vieux diplo~