L— LES RELIGIONS ET LES RACES
mates ottomans et occidentaux, et j'avoue que ces turbans blancs ou verts, ces barbes et ces physionomies plus graves qu'audacieuses, ne m'ins])iraient aucune inquiétude. Je me rendais alors au seraskierat et je poussai mon cheval à travers la masse des softas sans rencontrer plus d'obstacles que si j'eusse eu affaire à une foule de bons paysans bulgares.
Le culte musulman n'est nullement entretenu aux frais de l'État, aucun de ses ministres n'est salarié par le budget Mais si TÉtat ottoman ne salarie pas son propre culte, comment, au moyen de quelles allocations sont rétribués les ministres de la religion ? En Turquie, toutes les mosquées, toutes les fondations pieuses ou philanthropiques sont dues à la piété individuelle. Un simple particulier, un grand dignitaire, un fils ou un frère de sultan, le sultan lui-même, peuvent élever, sans le concours de l'État, sur un terrain qu'ils possèdent en toute propriété, une mosquée à laquelle est assuré un revenu qui varie suivant l'importance de la fondation et la richesse du fondateur. Ce revenu est pris sur des biens-fonds appelés vacoufs et qui sont inaliénables; le fondateur seul ou ses héritiers peuvent en disposer. C'est le fondateur qui doit assurer, dans le présent et dans l'avenir, les salaires des desservants de la mosquée. Les ministres du culte dans Tislamisme ne sont donc en réalité que des serviteurs à gages, imans tant qu'ik desservent la mosquée, et pouvant pratiquer toute autre fonction s'ils la quittent. Un iman peut devenir officier, employé d'une administration, mar-
cband. On le voit, une pareille organisation ne fournit pas des armes faciles et prêtes à la persécution ; il n'y a là ni reUgion d'État, ni clergé, ni propagande spirituelle. Je ne nie fais point l'apologiste de cet état de choses, je le constate, et je n'hésite pas à dire que dans ma conviction, une rcUgion qui ne sent plus le besoin de la prédication, qui n'a pas d'expansion spirituelle, qui ne cherche pas à se répandre par l'intelligence et par l'amour, qui n'est pas remuante, est une religion condamnée à l'infériorité comme ailte et plus encore comme instrument de civilisation. C'est une philosophie, et la philosophie ne peut faire vivre que des indi* vidus, elle ne saurait seule être le ciment des masses.
Les mariages mixtes sont fréquents en Turquie, en ce sens que beaucoup de maris musulmans ont des femmes chrétiennes, qui ont le Ubre exercice de leur culte et suspendent jusque dans la maison d'un ûdèle croyant une image de la Sainte Vierge et de saint Nicolas. Tous les enfants sont élevés dans la religion mahométane. En Angleterre, non-seulement on agit d'une manière analogue, mais presque toutes les catholiques mariées à des anglicans embrassent la religion du mari. En Russie, les enfants doivent être baptisés dans la religion de celui des époux qui est grec. J'ai connu à Janina une dame Rrecque^ d'une intelligence supérieure et qui avait été d'une grande beauté ; elle était veuve de deux personnages qui étaient tous deux morts de mort violente ; l'un deux était Moukiar-Pacha, fils aine d'Ali- Pacha de Tepelen, qui fut tué à Angora par ordre du